Fin de la mission des Casques bleus en Haïti d’ici le 15 octobre 2017

Les soldats canadiens vont se déployer en Afrique dans le courant des prochains mois. (Archives/Nicolas Laffont/45eNord.ca)
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(Archives/Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Le Conseil de sécurité de l’ONU a décidé jeudi de mettre fin à treize ans de présence des Casques bleus en Haïti, pour les remplacer par une force de police plus restreinte.

La résolution adoptée à l’unanimité par le Conseil prévoit la fin de la mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah), d’ici au 15 octobre, mission au sein de laquelle œuvrent encore les Forces armées canadiennes dans le cadre de l’opération HAMLET. Le Conseil a convenu de retirer progressivement les 2.370 soldats de la Minustah au cours des six prochains mois.

Cette décision répond également aux vœux de la nouvelle administration Trump de réduire les opérations de maintien de la paix de l’ONU afin de faire baisser les contributions financières américaines.

L’ambassadrice des États-Unis, Nikki Haley, a lancé un réexamen de toutes les missions de maintien de la paix avec l’intention de réduire les coûts et d’améliorer ces opérations, souvent entachées par des scandales d’abus sexuels et de corruption.

La Minustah sera remplacée par une nouvelle force de police chargée de former les forces haïtiennes, baptisée Mission des Nations unies pour le soutien de la justice en Haïti (Minujusth). Cette nouvelle mission onusienne disposera de sept unités d’environ 1.275 policiers au total. Et cette force de police est également destinée à être graduellement réduite, sur deux ans, à mesure que la police haïtienne sera formée.

Abus sexuels

La Minustah avait été déployée en 2004 après le départ du président Jean-Bertrand Aristide pour aider à endiguer la violence dans cette nation pauvre des Caraïbes, mais elle n’a jamais su gagner la confiance des Haïtiens. Une épidémie de choléra introduite en 2010 par des Casques bleus népalais a fait plus de 9.000 morts. La Minustah a également été accusée d’abus sexuels.

Nikki Haley a évoqué des allégations d’abus sexuels d’enfants par des Casques bleus en Haïti et martelé que ces comportements devaient « cesser ». »Que disons-nous à ces enfants? Est-ce que ces soldats de la paix ont assuré leur sécurité? », s’est-elle interrogée. L’ambassadrice américaine a cité devant le Conseil de sécurité un récent article de presse selon lequel des Casques bleus sri-lankais offraient de la nourriture à de jeunes garçons et filles, en échange de faveurs sexuelles.

Le Sri-Lanka avait promis à la même époque une enquête complète sur ces allégations. « Les pays qui refusent de tenir leurs soldats pour responsables doivent reconnaître que cela doit cesser, ou bien leurs troupes rentreront chez elles et il n’y aura plus d’indemnisation », a ajouté la diplomate américaine.

Opération HAMLET

La section alpha «Les dosés» du peloton canadien en Haïti en novembre 2013. (Nicolas Laffont/45eNordca)

Depuis 1988, année où un coup d’état militaire a mis fin à la présidence de Leslie-François Manigat, le Canada participe activement aux opérations internationales humanitaires, de maintien de la paix et de stabilisation en Haïti. Pendant cette même période, les Forces armées canadiennes ont également planifié quatre opérations d’évacuation de non-combattants liées à de l’agitation en Haïti et amorcé trois opérations de ce type.

La rotation initiale de la Force opérationnelle Port-au-Prince était composée de deux officiers d’état-major qui ont quitté le Canada le 22 mai 2004 pour se joindre au quartier général de la MINUSTAH lorsqu’il a été mis sur pied. L’effectif est passé à trois personnes en 2005, puis à cinq en 2010. Pendant un an, après le séisme dévastateur du 12 janvier 2010, l’effectif de la Force opérationnelle Port-au-Prince est passé à dix personnes, avant de retourner à cinq pendant l’été 2011.

De juin à novembre 2013, un peloton comptant 34 membres de l’Armée canadienne a mené des opérations au sein du Batallion brésilien en appui à l’exécution du mandat de la MINUSTAH. En collaboration avec les militaires brésiliens, les membres des Forces armées canadiennes ont participé aux efforts visant à assurer la stabilité et la sécurité en Haïti.

Le peloton des Forces armées canadiennes était constitué de membres du 5e Groupe-brigade mécanisé du Canada de Valcartier, qui ont suivi une formation linguistique et sur le maintien de la paix au Brésil avant leur départ en mission.

Leur tâche principale consistait en la conduite de patrouilles dans leur zone de responsabilité et en la création d’une présence militaire visible dans les collectivités haïtiennes. Ils ont également assuré la liaison entre les Nations Unies et la population locale et ont pu aider à améliorer les conditions de vie de la population haïtienne. Le fait que les membres du peloton parlaient français les a aidés à gagner la confiance de la population locale.

Aujourd’hui, l’opération HAMLET, la participation des Forces armées canadiennes à la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), est la composante militaire de l’engagement pangouvernemental canadien en Haïti.

La Force opérationnelle Port-au-Prince est l’équipe déployée dans le cadre de l’opération HAMLET. Elle comprend cinq officiers d’état-major occupant des postes supérieurs au quartier général militaire de la MINUSTAH. Le commandant de la Force opérationnelle joue le rôle de chef d’état-major du commandant de la force de la MINUSTAH.

Elle comprend également, outre la Force opérationnelle, Affaires mondiales Canada, le Service correctionnel du Canada et la Gendarmerie royale du Canada.

On peut s’attendre à de nouvelles réductions du côté des missions de l’ONU

Avec un budget annuel de 346 millions de dollars, la Minustah ne figure pas parmi les opérations de maintien de la paix les plus coûteuses de l’ONU, mais sa fermeture marque un changement d’orientation vers des missions plus petites.

L’ambassadeur britannique à l’ONU Matthew Rycroft a dit s’attendre à davantage de coupes budgétaires et de fermetures de mission dans les opérations de maintien de la paix de l’ONU. « Les Casques bleus font un travail fantastique, mais ils sont très chers et ne devraient être utilisés que lorsque cela est nécessaire. Nous soutenons donc fermement la fin de cette mission (…) et nous allons voir cela se répéter », a prédit M.Rycroft devant les journalistes avant le vote.

Fin mars, le Conseil de sécurité a réduit la taille de la mission de l’ONU en République démocratique du Congo, abaissant le plafond de 19.815 Casques bleus à 16.215.

Les missions au Liberia et en Côte d’Ivoire devraient également être fermées, et la mission conjointe de l’ONU et l’Union africaine dans la région du Darfour, au Soudan, doit être réduite.

Des militaires des FAC déployés en Haïti au secours d’un orphelinat

Le major David Roberge (à droite) visite les enfants de l’orphelinat Foyer de l’Action pour l’Avenir. (Major David Roberge/FAC)

Par ailleurs aujourd’hui, ironie du sort, on apprenait par un communiqué de la Défense nationale qu’un orphelinat à Port-au-Prince en Haïti, le Foyer de l’action pour l’avenir, recevra de l’aide de la part de la Fondation Boomer’s Legacy grâce aux efforts d’un militaire des Forces armées canadiennes (FAC) d’origine haïtienne déployé dans le cadre de l’opération HAMLET.

Le major David Roberge, un officier d’état-major des plans et de l’évaluation au siège de l’Organisation des Nations Unies à Port-au-Prince, est à l’origine de cette initiative, dans le cadre de laquelle on remettra au Foyer de l’action pour l’avenir des articles ménagers, du matériel scolaire, de l’eau potable et des vêtements pour enfants d’une valeur totale de 9 775 $.

La relation entre les militaires des FAC déployés et l’orphelinat s’est établie il y a plusieurs années. Les militaires se rendent régulièrement à l’orphelinat pour offrir leur soutien et pour passer du temps avec les 10 enfants, âgés de 6 à 15 ans, qui y sont hébergés. L’orphelinat ne reçoit pas de subventions du gouvernement et dépend des dons privés pour couvrir ses coûts d’exploitation.

Depuis sa création en 2006, la Fondation Boomer’s Legacy fournit des ressources pour que les militaires des FAC déployés partout dans le monde puissent aider ceux qui souffrent le plus de la guerre et de la pauvreté, en mettant l’accent sur les soins médicaux et les programmes éducatifs pour les femmes et les enfants.

«Cette occasion que j’ai eue d’être déployé en Haïti et de travailler avec l’orphelinat m’a fait réaliser à quel point je suis chanceux. Je suis né dans cette région et, ces enfants qui grandissent dans les orphelinats, j’aurais pu être l’un d’eux. Tout le monde n’a pas eu la même chance que moi, alors j’ai voulu aider.», explique le major David Roberge, Force opérationnelle Port-au-Prince, opération HAMLET

Grâce à la subvention qui lui sera versée, le Foyer de l’action pour l’avenir pourra se procurer les articles suivants : un réfrigérateur, un four, une génératrice, une réserve d’eau potable pour une année, 12 matelas, des vêtements et des souliers pour les enfants, ainsi que du matériel scolaire, incluant des uniformes et des livres pour chaque enfant.

*Avec AFP