Syrie: la frappe américaine aurait détruit 20% des capacités aériennes, mais évité les installations chimiques

Photo satellite de la base aérienne de Shayrat. (DoD)
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Photo satellite de la base aérienne de Shayrat. (DoD)

La frappe américaine sur une base aérienne syrienne la semaine dernière a détruit « 20% des appareils opérationnels » du régime de Bachar al-Assad, a déclaré lundi le secrétaire américain à la Défense Jim Mattis, mais a dû éviter les armes chimiques qui étaient probablement stockées sur la base.

« Le gouvernement syrien serait mal avisé d’utiliser des armes chimiques à nouveau », a ajouté le chef du Pentagone dans un communiqué, alors que la Maison Blanche a prévenu de son côté lundi le régime syrien qu’un nouveau recours à des armes chimiques pourrait entraîner des représailles de la part de l’armée américaine.

« Si vous gazez un bébé ou lâchez un baril d’explosifs sur une personne innocente, vous verrez une réaction de la part de ce président », a affirmé Sean Spicer, porte-parole de la Maison Blanche, lors d’une conférence de presse, incluant pour la première fois l’usage de barils d’explosifs. Mais il n’a pas précisé s’il évoquait tous les types de barils d’explosifs ou simplement ceux contenant du chlore.

M. Spicer a également insisté sur le départ nécessaire de Bachar al-Assad: « On ne peut imaginer une Syrie stable et en paix avec Assad aux commandes ».

Et l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, avait déclaré dimanche qu' »il n’existe aucune option où une solution politique pourrait intervenir avec Assad à la tête du régime »

Le régime syrien aurait perdu la capacité de ravitailler ou réarmer ses avions depuis la base de Shayrat

Le destroyer à missiles guidés USS Porter (DDG 78) effectue des opérations de frappe pendant la mer Méditerranée, le 7 avril 2017. Porter, déployé à l’avant à Rota, en Espagne, mène des opérations navales dans la zone d’opérations de la 6e Flotte américaine à l’appui de Intérêts de sécurité nationale des États-Unis en Europe. (Photo de la marine américaine par le spécialiste de la communication de masse 3e classe Ford Williams)
Les États-Unis ont frappé dans la nuit de jeudi à vendredi avec 59 missiles Tomahawk la base aérienne de d’Al-Chaayrate, dans la province centrale de Homs. La frappe américaine répondait à une attaque chimique présumée du régime deux jours avant sur la localité de Khan Cheikhoun (nord-ouest), qui avait fait 87 morts.

Le président américain a « ordonné cette action (…) pour montrer que les États-Unis ne resteront pas passifs quand Assad tue des innocents avec des armes chimiques » que son régime était censé avoir détruites, a-t-il déclaré. Selon le secrétaire à la Défense, la frappe américaine a « endommagé ou détruit des installations de carburant et de munitions, des défenses aériennes, et 20% des appareils opérationnels de la Syrie ».

Certains observateurs aux États-Unis ont regretté que ces frappes n’aient pas cherché à détruire la piste de la base aérienne. Des avions ont en effet réutilisé cette piste dès le lendemain, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme.

Mais selon le chef du Pentagone, « le gouvernement syrien a perdu la capacité de ravitailler en carburant ou de réarmer des avions depuis la base d’Al-Chaayrate et pour l’instant, l’usage de la piste a peu d’intérêt militaire », a-t-il également ajouté.

Les responsables du Pentagone estiment que des armes chimiques pourraient toujours se trouver sur la base aérienne.

Mais la frappe aérienne a délibérément évité de frapper les bâtiments de stockage supposés de ces armes, pour éviter la dispersion des produits mortels, a pour sa part expliqué lundi le colonel John Thomas, porte-parole du commandement des forces américaines au Moyen-Orient (Centcom).

Mais les Américains ont évité les installations chimiques en bombardant la base

Le régime syrien était supposé avoir démantelé ses stocks d’armes chimiques dans le cadre d’un accord américano-russe signé en 2013. Mais, depuis, il a été accusé à plusieurs reprises d’en avoir utilisé.

Lorsque les missiles Tomahawk américains ont frappé la base aérienne le 6 avril, ils ont évité les installations chimiques parce qu’il y avait « une probabilité importante » que des munitions chimiques soient toujours à l’intérieur, a expliqué lundi à la presse le colonel John Thomas, un porte-parole du commandement des forces américaines au Moyen-Orient.

« Notre objectif était de nous assurer que nous ne provoquions pas d’autres dommages en touchant l’une des armes chimiques sur place », a expliqué un responsable militaire américain.

Le bombardement d’Al-Chaayrate avait pour but de « réduire la capacité (du régime) à lancer des avions chargés d’armes chimiques », a-t-il indiqué.

« Nous ne voulions pas rendre la base inopérante sur le long terme », a expliqué le colonel Thomas. « Nous avons affaibli les capacités à court terme des Syriens à mener des attaques chimiques depuis cette base », a-t-il dit.

Le porte-parole du Centcom a par ailleurs refusé de dire si militaires américains et russes communiquaient encore afin d’éviter des incidents entre leurs avions sillonnant le ciel syrien.

Après la frappe américaine, Moscou avait annoncé la suspension de ces échanges.

« Il y a d’autres moyens » pour éviter les incidents dans le ciel syrien, a simplement relevé le colonel américain.

Par ailleurs, la Russie aurait été avisée de l’attaque chimique du 4 avril

Des petits syriens en soins dans un petit hôpital de la ville de Maaret al-Noman après une attaque au gaz toxique dans la région d’Idleb, le 4 avril 2017. (AFP/Mohamed al-Bakour)
Par ailleurs, un haut responsable américain affirme que les États-Unis ont maintenant conclu que la Russie avait été informée à l’avance de l’attaque chimique en Syrie la semaine dernière.

Ce responsable a soutenu qu’un drone dirigé par la Russie avait survolé un hôpital en Syrie, alors que des victimes de l’attaque étaient amenées avec empressement pour obtenir des soins.

Quelques heures après le passage du drone, un avion de combat de fabrication russe a bombardé l’hôpital dans ce qui pourrait être, selon les responsables américains, une tentative de dissimuler l’usage d’armes chimiques.

Avant lundi, les responsables américains disaient ne pas pouvoir déterminer avec certitude si le drone était dirigé par la Russie ou la Syrie. Le haut responsable a dit que les États-Unis n’avaient pas encore déterminé précisément qui était aux commandes de l’avion ayant bombardé l’hôpital.

Le responsable a soutenu que la présence du drone n’avait pas pu être une coïncidence, et que la Russie devait savoir que l’attaque chimique arrivait et que des victimes avaient besoin de soins.

Le responsable n’était pas autorisé à parler publiquement des questions de renseignement et a demandé de conserver l’anonymat.

*Avec AFP