Syrie: les évacués de villes assiégées bloqués en route

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Des civils à bord d’un bus en provenance des localités de Foua et Kafraya aux mains du régime syrien, arrivent à Rachidine, à l’est d’Alep, tenue par l’opposition, lors d’une opération d’évacuation de quatre villes assiégées, le 14 avril 2017. (AFP/Omar haj kadour)

Des milliers de Syriens évacués de localités assiégées étaient bloqués jeudi près de la ville d’Alep, où le processus est suspendu à la libération de prisonniers par le régime.
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Mise à jour 21/04/2017 à 2h52

Les Syriens évacués de localités assiégées ont repris leur route vendredi vers leur destination finale, après avoir été bloqués à bord de leurs bus pendant 48 heures, a rapporté l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Une partie de la soixantaine de bus qui étaient bloqués dans deux zones de transit près de la ville d’Alep (nord) « ont repris le chemin » vers leur destination finale respective, a indiqué à l’AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l’OSDH..

« Onze bus ont quitté Ramoussa pour se diriger vers la province d’Idleb », destination finale des habitants de localités rebelles et contrôlée par les insurgés et les djihadistes, a indiqué Abdel Rahmane, directeur de l’OSDH. Et « simultanément, « 10 bus ont quitté Rachidine et sont entrés dans la ville d’Alep », sous le contrôle total du régime syrien depuis fin 2016.

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Pour ces quelque 3.300 personnes, l’attente était longue dans la soixantaine de bus qui étaient à l’arrêt dans deux zones de transit à la périphérie d’Alep.

« Nous sommes très fatigués. On nous a distribué de l’eau, du pain, et du fromage mais il n’y a pas de toilettes », a déclaré à l’AFP Abou Nidal. « La plupart des gens ont passé la nuit dans le bus ».

M. Nidal était le directeur du dernier hôpital de fortune rebelle à Zabadani, l’une des trois localités contrôlées par les insurgés à être concernées par l’accord d’évacuation conclu avec le régime de Bachar al-Assad.

Quelque 300 personnes, dont une majorité de combattants, avaient quitté mercredi Zabadani, ainsi que Serghaya et Jabal Charqi, qui étaient assiégées par les forces gouvernementales dans la province de Damas, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Dans le même temps, 3.000 personnes avaient été évacuées des localités loyalistes de Foua et Kafraya, assiégées depuis deux ans par les rebelles dans la province d’Idleb (nord-ouest).

Les cars de ces habitants et combattants sont à l’arrêt à Rachidine, une banlieue rebelle de la métropole d’Alep (nord). Tandis que ceux des trois localités rebelles, stationnaient dans la zone de Ramoussa, contrôlée par le gouvernement, au sud d’Alep.

Départ ‘conditionné’

« Le départ des bus est conditionné par la libération de prisonniers dans les geôles du régime », a expliqué l’OSDH. Ils « ne bougeront pas avant la libération de 750 prisonniers et leur arrivée dans des secteurs rebelles ».

L’accord conclu par les deux parties adverses évoque la libération de 1.500 détenus dans les prisons du régime parallèlement aux deux phases d’évacuation, selon l’Observatoire.

Une deuxième phase de l’accord doit intervenir en juin, selon les termes de l’accord, qui prévoit l’évacuation totale de 30.000 personnes.

Samedi, une première opération avait tourné au carnage lorsqu’un véhicule piégé avait explosé devant des bus sortis de Foua et Kafraya, faisant au moins 126 morts dont 68 enfants, selon l’OSDH. Le régime a accusé les rebelles, qui ont rejeté toute responsabilité et condamné l’attentat, toujours pas revendiqué.

La destination finale des habitants de localités rebelles est la province d’Idleb, contrôlée par insurgés et djihadistes. Ceux de Foua et Kafraya doivent être répartis dans les provinces de Damas et de Lattaquié (ouest).

Les rebelles, qui ont perdu de nombreux bastions face aux troupes du président Bachar al-Assad –fortes de l’appui de la Russie– se sont vu contraints de signer des accords d’évacuation de nombreux de leurs bastions.

L’opposition a qualifié « les transferts forcés de crimes contre l’Humanité », tandis que l’ONU a critiqué des « déplacements forcés ».

Usage « irréfutable » de gaz sarin

Par ailleurs, la France a annoncé mercredi qu’elle apporterait dans « quelques jours » la preuve que le régime a bien organisé la frappe chimique sur la ville de Khan Cheikhoun dans la province d’Idleb, qui a fait 87 morts le 4 avril.

« Nous avons des éléments qui nous permettront de démontrer que le régime a sciemment utilisé l’arme chimique », a assuré son chef de la diplomatie Jean-Marc Ayrault.

Le président Bachar al-Assad a assuré, dans une récente interview, que cette attaque chimique présumée avait été totalement fabriquée et avait servi de « prétexte » pour justifier les frappes américaines sur une base aérienne syrienne le 7 avril.

L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) a indiqué mercredi que les examens prouvaient de manière « irréfutable » que du gaz sarin ou une substance similaire avait été utilisé à Khan Cheikhoun.

« En attendant d’autres informations en provenance d’analyses de laboratoire, les résultats d’analyses déjà obtenus sont irréfutables », selon Ahmet Uzumcu, directeur de l’OIAC.

Déclenché en mars 2011 par la répression dans le sang de manifestations prodémocratie, le conflit en Syrie a fait plus de 320.000 morts et des millions de déplacés et de réfugiés et s’est complexifié avec l’implication d’acteurs internationaux et de groupes djihadistes.

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