Syrie: Washington n’a pas d’autre choix que de condamner l’attaque chimique et accuser Assad

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Un bébé syrien est soigné après une attaque au gaz toxique du gouvernement sur la ville rebelle de Khan Cheikhoun, dans la région d'Idleb, le 4 avril 2017. (AFP/Mohamed al-Bakour)
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La Maison-Blanche a dénoncé mardi avec force l’attaque chimique «intolérable» menée selon elle par le régime de Bachar al-Assad sur une localité rebelle du nord-ouest de la Syrie qui a tué des dizaines de personnes.

«L’attaque chimique perpétrée aujourd’hui en Syrie contre des innocents, y compris des femmes et des enfants, est répréhensible», a déclaré Sean Spicer, porte-parole de Donald Trump, dénonçant «un acte odieux du régime de Bachar al-Assad».

«Les États-Unis sont aux côtés de leurs alliés à travers le monde pour dénoncer cette attaque intolérable», a-t-il ajouté.

Cette attaque aérienne a provoqué une vague d’indignation internationale. L’armée syrienne a démenti catégoriquement avoir utilisé «toute substance chimique ou toxique».

S’il a reconnu qu’il n’existait à ce stade «pas de véritable option pour un changement de régime», M. Spicer a jugé qu’il serait «dans l’intérêt» des Syriens que Bachar al-Assad ne soit pas au pouvoir.

«L’idée que quelqu’un utilise des armes chimiques contre son propre peuple (…) est quelque chose qu’aucune nation civilisée ne devrait accepter ou tolérer», a-t-il déclaré.

«Tout dirigeant qui traite son peuple comme cela, mort et destruction (…) Je ne pense pas que qui que ce soit souhaite cela pour un peuple», a-t-il encore dit.

Interrogé sur une éventuelle réponse américaine à cette attaque, M. Spicer s’est refusé à tout commentaire. «Je ne suis pas prêt à parler de nos actes à venir».

Le porte-parole de la Maison-Blanche a par ailleurs estimé que cette attaque était «la conséquence de la faiblesse et du manque de détermination» de l’administration de Barack Obama, évoquant la «ligne rouge» que ce dernier avait lui-même fixé avant «de ne rien faire».

Après une attaque à l’arme chimique qui avait fait plusieurs centaines de morts en Syrie, Barack Obama avait annoncé en septembre 2013 que les États-Unis étaient prêts à frapper des cibles du régime syrien.

Mais, à la surprise générale, il faisait aussi part de sa décision de soumettre cette décision à un vote du Congrès, écartant de facto une action militaire à court terme. Le vote, qui s’annonçait extrêmement difficile, n’eut finalement pas lieu et les frappes furent abandonnées après une proposition russe de destruction des armes chimiques syriennes.

Le sénateur républicain John McCain, lui, a plutôt mis la tragédie de Khan Sheykhoun tout autant sur le compte des récentes déclarations de l’administration Trump, prête à tout pour s’entendre avec les Russes, que sur les hésitations passées de Barack Obama.

Le président de la Commission des Forces armées du Sénat américain a critiqué très clairement l’attitude de l’administration Trump face à Bachar al-Assad. « N’avons-nous pas appris la leçon quand Barack Obama a refusé de bouger? »

Le secrétaire d’État Rex Tillerson a récemment déclaré en Turquie qu’il reviendrait au peuple syrien de décider du sort à long terme de son président, s’alignant ainsi sur la position de Moscou.

« Bachar al-Assad et ses amis, les Russes, ont pris bonne note de ce que Tillerson a déclaré», a déclaré McCain, ajoutant être « sûr qu’ils sont encouragés de savoir que les États-Unis se retirent et tentent de trouver un nouvel arrangement avec les Russes. C’est un autre chapitre honteux de l’histoire américaine. »

https://youtu.be/r2yDjx8nm_Q

Gaz sarin

Au moins 58 civils ont été tués et quelque 170 ont été blessés, dont des enfants, le corps saisi de convulsions et peinant à respirer sous leurs masques à oxygène, dans un raid aérien mené sur Khan Cheikhoun, un fief rebelle et djihadiste du nord-ouest syrien.

Les éléments dont on dispose point vers l’utilisation du gaz sarin, un puissant gaz neurotoxique mortel, inodore et invisible, découvert en 1938 en Allemagne.

Même s’il n’est pas inhalé, le simple contact avec la peau de ce gaz organophosphoré bloque la transmission de l’influx nerveux et entraîne la mort par arrêt cardio-respiratoire. La dose létale est d’un demi-milligramme pour un adulte.

Les victimes se plaignent d’abord de maux de tête violents et présentent des pupilles dilatées. Surviennent ensuite convulsions, arrêts respiratoires et coma précédant la mort.

[toggle title= »GAZ SARIN, MOUTARDE, VX OU CHLORE: DES ARMES CHIMIQUES HORRIBLES ET INTERDITES » load= »hide »]

Rappel des principaux types d’armes chimiques létales, après l’attaque meurtrière aux « gaz toxiques » sur une ville rebelle de la province d’Idleb (nord-ouest de la Syrie), pour laquelle le régime de Bachar al-Assad a été mis en cause.

En 2013, le gouvernement syrien a ratifié la Convention sur l’interdiction des armes chimiques. Et la Syrie est censée avoir détruit son arsenal chimique aux termes d’un accord américano-russe. Mais le régime a été suspecté à plusieurs reprises d’avoir à nouveau utilisé des armes chimiques et mené des attaques au chlore.

Le gaz sarin est un puissant gaz neurotoxique mortel, inodore et invisible, découvert en 1938 en Allemagne.

Le régime syrien a été accusé d’avoir utilisé du gaz sarin le 21 août 2013 dans l’attaque de localités aux mains des rebelles en périphérie de Damas, ayant fait au moins 1.429 morts, dont 426 enfants, selon les Etats-Unis.

Même s’il n’est pas inhalé, le simple contact avec la peau de ce gaz organophosphoré bloque la transmission de l’influx nerveux et entraîne la mort par arrêt cardio-respiratoire. La dose létale est d’un demi-milligramme pour un adulte.

Les victimes se plaignent d’abord de maux de tête violents et présentent des pupilles dilatées. Surviennent ensuite convulsions, arrêts respiratoires et coma précédant la mort.

Il a été aussi utilisé comme arme chimique lors du conflit Iran-Irak dans les années 1980, puis par la secte « Aum Vérité Suprême » dans un attentat perpétré le 20 mars 1995 dans le métro de Tokyo.

Le moutarde, utilisé initialement durant la Première guerre mondiale, est un gaz de combat asphyxiant.

En août 2016, des enquêteurs de l’ONU ont accusé le groupe djihadiste État islamique (EI) d’avoir utilisé du gaz moutarde à Marea, dans la province d’Alep (nord de la Syrie), le 21 août 2015.

Ce gaz toxique vésicant (sulfure d’éthyle dichloré) est également nommé « ypérite » du nom de la ville d’Ypres (nord-ouest de la Belgique) près de laquelle il servit pour la première fois en juillet 1917, à l’initiative des Allemands.

Le gaz moutarde a marqué la mémoire collective en raison des horribles lésions qu’il inflige et de la terreur qu’il inspire.

Par contact, il couvre la peau de cloques très douloureuses tandis que les yeux sont irrités, les paupières enflammées se ferment et rendent momentanément aveugle. Des hémorragies internes et externes se développent et détruisent les poumons. Les patients mettent 4 à 5 semaines à décéder d’un oedème pulmonaire.

Le VX, agent neurotoxique, est encore plus puissant que le sarin.

Il attaque rapidement le système nerveux. Une haute dose peut tuer en quelques minutes quand elle est inhalée, dans la mesure où le gaz innervant se répand rapidement dans les vaisseaux sanguins transportant le sang dans les poumons et les autres organes vitaux.

Selon un document de l’UE, consulté en mai 2015, des inspecteurs de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) ont découvert des traces d’éléments entrant dans la fabrication de gaz sarin et de gaz VX sur un site non déclaré en Syrie.

La Convention sur les armes chimiques interdit l’utilisation de produits tels que le chlore à des fins militaires.

En mars 2015, l’ONU a adopté une résolution condamnant l’utilisation du gaz de chlore comme arme chimique dans le conflit syrien.

Une mission d’enquête des Nations unies et de l’OIAC a déterminé que le régime syrien avait mené au moins trois attaques au chlore en 2014 et 2015.[/toggle]

Le Canada horrifié

L’opposition syrienne a la première accusé le « régime du criminel Bachar » d’avoir perpétrée cette attaque, avec des « obus » contenant du « gaz toxique », et a appelé le Conseil de sécurité de l’ONU à ouvrir immédiatement une enquête.

Selon son négociateur en chef, Mohammad Sabra, ce « crime (…) remet en cause l’ensemble du processus de paix » entre opposition et gouvernement, qui se réunissent régulièrement pour tenter de mettre fin à ce conflit qui a fait plus de 320.000 morts et des millions d’exilés.

L’envoyé spécial des Nations unies pour la Syrie Staffan de Mistura a assuré que l’ONU chercherait à « clairement identifier les responsabilités » et à faire « rendre des comptes » aux auteurs de cette attaque « chimique aérienne ».

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, s’est pour sa part déclaré « indignée par les allégations d’attaque à l’arme chimique contre des civils – plus particulièrement par les souffrances et la mort insensées d’enfants – dans le sud d’Idlib, en Syrie. »

« Tous les faits ne sont pas encore connus, mais cet incident déplorable s’inscrit dans la suite logique des actions menées par un régime qui a utilisé de manière brutale et répétée des armes chimiques contre son propre peuple. », a dit la ministre Freeland. « Si les allégations sont confirmées, cette nouvelle utilisation d’armes chimiques mine davantage la crédibilité du régime à titre de partenaire potentiel pour assurer la paix. »

« Demain, je participerai à la Conférence de Bruxelles sur l’avenir de la Syrie afin d’appeler à une résolution politique durable de la guerre en Syrie. Nous devons, maintenant plus que jamais, répondre aux besoins essentiels de millions de personnes partout dans la région. », a insisté la chef de la diplomatie canadienne.

Réactions outrées dans plusieurs capitales

Un acte « intolérable », voire un « crime contre l’humanité » qui doit être puni: l’attaque « chimique » meurtrière de mardi en Syrie a outré plusieurs capitales, Berlin, Londres et Paris pointant Damas qui nie et incrimine les rebelles.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, a dénoncé « un acte d’une cruauté sans équivalent » et appelé à « une prise de position sans équivoque » du Conseil de sécurité de l’ONU, qui se réunira mercredi en urgence à la demande de plusieurs de ses membres pour discuter de cette attaque.

« S’il se vérifiait que des gens ont été victimes d’une attaque chimique (…) dont le régime syrien endosse la responsabilité, ce serait un acte d’une cruauté sans équivalent. Et ce serait une raison supplémentaire pour laquelle nous ne devons pas composer avec le régime d’Assad dans la lutte contre le terrorisme », a-t-il ajouté.

La chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a elle aussi mis en cause Damas après avoir entendu ces « horribles informations »: « La principale responsabilité repose sur le régime parce qu’il a la responsabilité de protéger son peuple et non de l’attaquer ».

« Nous ne pouvons plus laisser cette souffrance se poursuivre », a déclaré la Premier ministre britannique Theresa May, « horrifiée » par l’attaque. S’il est prouvé que ce bombardement a bien été perpétré par Damas, « ce sera une preuve supplémentaire de la barbarie du régime syrien », a-t-elle ajouté. « Il ne peut y avoir d’avenir pour Assad dans une Syrie stable et représentative de tous les Syriens », a-t-elle déclaré en plaidant pour une transition sans lui.

Le président français François Hollande a lui aussi évoqué « la responsabilité » de Bachar al-Assad dans ce « massacre », en pointant également « la complicité » et « la responsabilité morale » de ses « alliés », sans citer de pays.

« Comme à la Ghouta le 21 août 2013 Bachar al-Assad s’en prend à des civils en utilisant des moyens bannis par la communauté internationale. Une fois encore le régime syrien va nier l’évidence de sa responsabilité dans ce massacre », a dit M. Hollande.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a dénoncé cette attaque « chimique (…) inhumaine » qui menace selon lui les négociations de paix. Son ministre des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu a lui dénoncé « un crime contre l’humanité qui doit être puni ».

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a appelé « la communauté internationale à respecter ses engagements de 2013 et retirer entièrement et définitivement ces armes horribles de Syrie ».

L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) s’est dit « gravement préoccupée » par cette attaque, précisant qu’elle était en train de « rassembler et analyser des informations de toutes les sources disponibles ».

Le Qatar a de son côté demandé une enquête internationale sur ce « crime haineux », des « mesures immédiate » pour protéger le peuple syrien et la traduction en justice de tous ceux reconnus coupables de crimes de guerre et crimes contre l’humanité en Syrie.

L’armée syrienne a pour sa part « catégoriquement » démenti « avoir utilisé toute substance chimique ou toxique », par le passé comme mardi à Khan Cheikhoun », selon un communiqué militaire publié par l’agence officielle Sana.

« Les groupes terroristes et ceux qui les soutiennent sont responsables d’avoir utilisé des substances chimiques et toxiques et d’avoir été négligents avec les vies de civils innocents », a-t-elle ajouté.

*Avec AFP