Sajjan, en difficulté, dévoile des pans de sa nouvelle politique de défense qui «renforcera la force militaire»

0
Le ministre Sajjan alors qu’il lançait 6 avril 2016 des consultations publiques sur l’examen de la politique de défense. (MDN)

Prenant la parole aujourd’hui à l’Institut de la Conférence des associations de la défense à Ottawa, le ministre Sajjan, en difficulté depuis l’affaire de l’opération Medusa, a promis que la nouvelle politique de défense du Canada, qui devrait être dévoilée très prochainement selon nos informations, permettra de renforcer la force militaire, promettant de s’attaquer aux problèmes qui touchent le plus directement les membres des Forces armées canadiennes.

Le ministre a indiqué que, si la nouvelle politique de défense du Canada permettra de renforcer la force militaire, elle permettra surtout « de prendre soin des femmes et des hommes qui revêtent l’uniforme et nous permettra de prendre soin de leurs familles ».

Il y a plus d’un an maintenant, en lançant l’examen de la nouvelle politique de défense, le ministre avait déclaré qu’Ottawa était résolu à s’assurer que les Forces armées canadiennes (FAC) disposent des outils dont elles ont besoin pour défendre le Canada et l’Amérique du Nord et pour participer à un vaste éventail d’opérations à l’échelle mondiale. »Les résultats de l’examen de la politique de défense, qui devaient contribuer à établir l’orientation et les priorités futures, devaient être connus il y a déjà plusieurs mois, mais l’arrivée à la Maison Blanche de Donald Trump avait brouillé les cartes et retardé leurs dévoilements.

Et voilà qu’aujourd’hui c’est un ministre affaibli à la crédibilité diminuée, mais encore combatif, qui devra présenter et défendre la nouvelle politique.

Empêtré dans la controverse après s’être attribué à tort le succès de l’opération Medusa en Afghanistan, Harjit Sajjan, à qui le premier ministre Trudeau a réitéré sa confiance cette semaine, est toutefois passé résolument à l’attaque dès aujourd’hui, accusant les gouvernements précédents d’avoir négligé les militaires et laissant entrevoir l’orientation que devrait prendre la nouvelle politique de défense.

Il a brossé un portrait sombre des équipements militaires mis à la disposition des Forces armées canadiennes qui, selon lui, se retrouvent après des années de négligence dans un état de désuétude qui nécessitera des investissements massifs au cours des prochaines années pour corriger la situation.

Projets inadéquats, irréalistes et sous-financés

L’occasion d’attaquer l’impopulaire projet conservateur d’acheter les coûteux F-35, maintenant mort et enterré, et d’établir ainsi un contraste était trop belle: « Il y a quelques années, on a dit aux Canadiens que le gouvernement achèterait 65 nouveaux avions à réaction pour remplacer notre flotte vieillissante de CF-18. Mais pour les missions que nous demandons à l’Aviation royale du Canada d’exécuter, et pour nos engagements envers l’alliance, 65 avions à réaction ne seraient tout simplement pas suffisants. », affirme le ministre Sajjan.

Pendant ce temps du côté de la la Marine, dont le nombre de navires opérationnels a diminué de cinq au cours des deux dernières années, note Harjit Sajjan, « On a retiré des vaisseaux sans les remplacer parce que les plans d’investissement arrivaient tout simplement trop tard. Quant aux nouveaux navires de surface de la Marine, le gouvernement précédent a fini par dire qu’il en achèterait jusqu’à 15. Comme l’ont rapporté les médias, le budget prévu était largement insuffisant et irréaliste », de lancer Harjit Sajjan.

« Sans aucun destroyer dans sa flotte, le Canada dépendra des États-Unis et de l’OTAN pour la défense aérienne de zone jusqu’à l’arrivée de nos nouveaux navires de combat de surface. Et sans aucun navire de ravitaillement, le Canada dépend aussi des capacités de ses alliés et partenaires pour ses besoins en ravitaillement. », déplore-t-il.

Répondre enfin aux véritables besoins

« Au cours des 18 derniers mois, le gouvernement du Canada a travaillé fort pour relever les défis complexes auxquels les Forces armées canadiennes (FAC) sont confrontées. L’examen complet de la politique de défense du Canada a clairement démontré que les gouvernements successifs n’ont pas donné à la Défense un financement prévisible, durable et à long terme, ce qui lui aurait assuré une certaine stabilité. », a donc déclaré le ministre Sajjan devant les membres de l’Institut de la Conférence des associations de la défense,

« Des années de financement inadéquat font en sorte que les Forces armées canadiennes ne disposent pas des ressources dont elles ont besoin. Qu’il s’agisse de membres des forces terrestres, maritimes ou aériennes, nos militaires n’ont pas reçu l’équipement et le soutien dont ils avaient besoin », de poursuivre le ministre, donnant en exemple les hélicoptères Cormorant de recherche et de sauvetage qui « fournissent un service essentiel sur lequel compte la population canadienne » et accusant le précédent gouvernement de n’avoir  » prévu aucun investissement en vue des prochaines modernisations à mi‑vie nécessaires. »

Autre exemple, l’ancien gouvernement conservateur n’aurait jamais prévu les investissements nécessaires pour les remplacer les avions de reconnaissance Aurora, en service depuis près de 30 ans, dont la durée de vie utile a déjà été prolongée et qui devront inévitablement être remplacés au cours des prochaines années.

Pas plus que de budgets pour prolonger la durée de vie utile des hélicoptères CH-146 Griffon en service depuis 1995 et utilisés pour le transport utilitaire et tactique, la reconnaissance et pour les missions de recherche et de sauvetage.

Ni les véhicules militaires de transport légers et lourds: « La flotte de véhicules de soutien logistique de l’armée, comme les remorques et les camions de taille moyenne, utilisés pour transporter des ravitaillements et de l’équipement essentiel, s’est considérablement dégradée au fil du temps et doit être remplacée. Ces capacités sont essentielles pour soutenir nos soldats au pays et à l’étranger. », de dire le ministre.

Le nouveau plan du gouvernement Trudeau devrait au contraire accorder des fonds «réalistes» à ces besoins de base pour que que l’armée puisse enfin remplir son rôle de façon efficace au cours des prochaines années, notamment deux flottes d’hélicoptères, le soutien aérien pour des unités d’infanterie, et des véhicules pour le génie et la logistique.

Ancien réserviste lui-même, le ministre a également mis l’accent sur la situation de la Force de Réserve, notant « qu’elle manque d’équipement, mais elle manque aussi de formation pour pouvoir utiliser celui qu’elle a », ne manquant pas l’occasion de donner un coup de chapeau à ses anciens camarades dont il doit regagner l’estime et la confiance après les événements de la semaine dernière: « Tout comme les membres de la Force régulière, les réservistes sont très ingénieux, et leur rendement est excellent malgré ce sous-financement qui dure depuis longtemps. »

Quant à la controverse, même si elle représente une aubaine inespérée pour l’opposition, il restera à voir si Harjit Sajjan, qui avait jusque là des états de service impeccable, réussira à regagner la confiance des militaires et des Canadiens en général. Quant à lui, le chef d’état-major de la Défense, le général Jonathan Vance, qui était à l’époque de l’Opération MEDUSA le supérieur d’Harjit Sajjan estime que le dossier est clos et que le ministre a «présenté des excuses sans équivoque».

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Les commentaires sont fermés.