Le réseau derrière l’attentat de Manchester quasi démantelé, le niveau d’alerte abaissé

L'auteur de l'attentat suicide de Manchesterle 22 mai, Salman Abedi, 22 ans. (Facebook)
Temps de lecture estimé : 5 minutes
L’auteur de l’attentat suicide de Manchesterle 22 mai, Salman Abedi, 22 ans. (Facebook)

Une « bonne partie » du réseau djihadiste derrière l’attentat de Manchester a été démantelée, a annoncé vendredi le responsable de l’anti-terrorisme britannique et, samedi, le niveau d’alerte a pu être abaissé grâce aux progrès de l’enquête.

L’enquête a révélé qu’Abedi, 22 ans, né à Manchester de parents libyens ayant fui le régime de Mouammar Kadhafi, avait baigné dans un contexte familial djihadiste.

La bombe qu’il a utilisée était un engin artisanal puissant équipé d’un détonateur sophistiqué que le jeune kamikaze n’a très vraisemblablement pas conçue tout seul, selon des experts interrogés par l’AFP.

En signe de solidarité, vendredi, le secrétaire d’État américain Rex Tillerson a effectué une visite éclair à Londres vendredi. Il s’est dit confiant que « la relation spéciale » entre les deux pays « surmonterait » l’incident « particulièrement malheureux » des fuites dans l’enquête de police aux médias américains, dont il a pris « l’entière responsabilité », dans une déclaration à la presse.

Le niveau d’alerte abaissé grâce aux progrès de l’enquête

Le niveau d’alerte terroriste au Royaume-Uni a été abaissé samedi de « critique » à « grave » par la Première ministre Theresa May, suite aux importants progrès de l’enquête sur l’attentat de Manchester, avec deux nouvelles arrestations tôt dans la matinée.

Soulignant le « nombre important d’opérations de police » ayant eu lieu depuis la veille, et considérant la présence de « 11 suspects en garde à vue », Theresa May a indiqué depuis Downing Street que les services secrets britanniques ont rabaissé « le niveau de menace de critique à grave ».

Cela signifie qu’un attentat est « très probable », mais non plus « imminent ». L’alerte avait été portée à son niveau maximum mardi après l’attentat de Manchester qui a fait 22 morts et 116 blessés lundi soir, à l’issue d’un concert pop de l’américaine Ariana Grande.

L’attentat a été revendiqué par le groupe djihadiste État islamique (EI), qui multiplie les attaques en Europe alors qu’il enregistre des reculs sur son terrain en Syrie et en Irak.

Theresa May a toutefois appelé les Britanniques à « rester vigilants » à l’entame d’un week-end prolongé. Elle a précisé que l’armée resterait malgré tout déployée pendant les trois jours à venir au cours duquel auront lieu de nombreux événements sportifs d’importance.

Une opération de police était en cours samedi midi à Manchester dans le quartier sud de Moss Side, où une arrestation avait eu lieu la veille. Un vaste cordon de sécurité a été mis en place, tandis qu’un hélicoptère survolait la zone, a constaté une journaliste de l’AFP.

Plus tôt dans la matinée, la police de Manchester a arrêté deux hommes de 20 et 22 ans, après avoir procédé à une « explosion contrôlée » lors d’une perquisition menée dans le quartier de Cheetham Hill, dans le nord de Manchester, indique un communiqué.

Critiques de l’opposition

Ces nouvelles arrestations ont porté à 11 le nombre d’individus en garde à vue au Royaume-Uni dans le cadre de l’enquête terroriste. Le père et l’un des frères du kamikaze, Salman Abedi, ont eux été arrêtés en Libye.

Abedi était conu des services de police et faisait partie d’un groupe faisant l' »objet d’intérêt » pour les services de sécurité britannique, selon une source gouvernementale citée par les medias britanniques. Près de 500 enquêtes anti-terroristes, concernant 3.000 personnes, étaient en cours au Royaume-Uni au moment de l’attentat, selon cette source.

C’est dans un contexte de sécurité renforcé que vont se tenir des rendez-vous sportifs majeurs pendant le week-end, notamment la finale de la Coupe d’Angleterre de football, celle du championnat national de rugby, ou le semi-marathon de Manchester.

L’attentat a mis la sécurité au cœur du débat politique, alors que les ténors ont repris vendredi leur campagne pour les élections législatives anticipées du 8 juin, suspendue après l’attentat.

Le gouvernement de Theresa May s’est retrouvé sous le feu des critiques de l’opposition pour avoir taillé dans les effectifs policiers.

« Il faut que cela cesse », a pressé le maire travailliste de Manchester Andy Burnham dans le Times, rappelant que 2.000 postes de policiers avaient été supprimés dans sa ville depuis 2010 .

Le chef du parti d’opposition travailliste Jeremy Corbyn a, lui, souligné le lien entre la politique étrangère du Royaume-Uni et les attentats, référence aux engagements militaires en Irak et en Afghanistan, ainsi qu’aux frappes en Syrie, auxquels ce pacifiste s’est toujours opposé, affirmant qu’il changerait cette politique une fois au pouvoir.

Theresa May, la cheffe du gouvernement, lui a répondu depuis le sommet du G7 en Sicile en l’accusant de trouver des excuses au terrorisme et le jugeant « pas à la hauteur » pour le poste de Premier ministre.

Selon un sondage de l’institut YouGov publié dans le Times, la marge entre conservateurs et travaillistes dans les intentions de vote s’est réduite à cinq points contre 24 en avril, à 43% contre 38%.

À Manchester, les habitants reprennent peu à peu un rythme normal, bravant la tension et la peur du terrorisme.

Place St Ann, un homme debout les bras ouverts, un masque cachant son regard, proposait une accolade aux passants. A ses pieds, un écriteau « je suis musulman et je vous fais confiance. Et vous, assez pour me faire une accolade ? ».

L’initative de Baktash Noori, un jeune Mancunien de 22 ans, a eu un franc succès, les passants se pressant vendredi pour venir le prendre dans leurs bras sur cette place devenue emblématique de l’affliction des Mancuniens, où les fleurs s’amassent et débordent, a observé une journaliste de l’AFP.

[toggle title= »LE POINT SUR LES ARRESTATIONS » load= »hide »]

Onze personnes sont en garde à vue au Royaume-Uni et deux en Libye, dans le cadre de l’enquête sur l’attentat-suicide commis à Manchester lundi soir par un Britannique d’origine libyenne, Salman Abedi, et revendiqué par le groupe Etat islamique.

La police britannique a interpellé treize personnes, la plupart dans la région de Manchester: deux ont été relâchées sans poursuites, onze autres sont toujours en détention.

En Libye, un frère et le père de l’auteur de l’attentat ont été interpellés.

Voici le détail des arrestations:

– En Grande-Bretagne

MARDI 23 MAI

– Un homme de 24 ans est arrêté à Whalley Range, banlieue du sud de Manchester (nord-ouest de l’Angleterre). De nombreux médias britanniques affirment qu’il s’agirait du grand frère du kamikaze, Ismael, décrit comme sociable et extraverti.

Un témoin, Karwan, patron d’une petite imprimerie, a raconté à l’AFP avoir vu des policiers masqués et arrivés à bord de quatre véhicules, plaquer ce suspect au sol en face d’un supermarché, tout près d’un carrefour animé.

MERCREDI 24 MAI

– Trois autres personnes, âgées de 18, 21 et 24 ans, sont arrêtées dans la nuit de mardi à mercredi à Fallowfiled, un quartier du sud de Manchester, à quelques centaines de mètres de la maison où vivait Salman Abedi. D’après un voisin interrogé par une journaliste de l’AFP, les trois hommes, d’origine libyenne, seraient des cousins de l’auteur de l’attaque.

– Un homme de 33 ans est arrêté à Wigan, petite localité au nord-ouest de Manchester.

– Dans la soirée, un homme de 22 ans est arrêté à Nuneaton, dans le centre de l’Angleterre, première interpellation en dehors de l’agglomération de Manchester.

– Une femme âgée de 34 ans est interpellée à Blackley, dans le nord de Manchester, mais remise en liberté quelques heures plus tard. Aucune charge n’est retenue contre elle.

JEUDI 25 MAI

– Dans la matinée, deux hommes de 16 et 38 ans sont arrêtés, respectivement à l’un à Withington, dans le sud de la ville, et à Blackley. Le mineur est ensuite libéré sans poursuite.

VENDREDI 26 MAI

-Un homme de 30 ans est arrêté tôt le matin dans le quartier de Moss Side, dans le sud de Manchester. La police mène une perquisition à un endroit différent du même quartier, dans un bâtiment abritant un salon de coiffure, selon une journaliste de l’AFP.

– Un homme de 44 ans a été arrêté vendredi soir, dans le quartier de Rusholme, au sud de Manchester.

SAMEDI 27 MAI

– Deux hommes de 20 et 22 ans sont arrêtés à Cheetham Hill, quartier nord à Manchester. La police a indiqué avoir procédé à une explosion contrôlée pour entrer dans les lieux.

– En Libye

– Interpellation mardi de Hachem Abedi, jeune frère du kamikaze, au domicile familial à Tripoli, puis de son père Ramadan Abedi, par les services de sécurité libyens.

Hachem Abedi a revendiqué son appartenance au groupe État islamique et a reconnu un séjour en Angleterre dans la phase de préparation de l’attentat de son frère, selon la Force de dissuasion, qui fait office en Libye de police loyale au gouvernement d’union nationale (GNA).[/toggle]