Rencontre 2017 de l’OTAN : Un bilan amer et divisif

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Le président américain Donald Trump, au nouveau Quartier général de l'OTAN, le 25 mai 2017. (OTAN)
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Le président Trump n’aura surpris personne à cette rencontre à Bruxelles, alors que sa présence aura effectivement été des plus tumultueuses. Entre une annonce-surprise au sujet de la Coalition contre le groupe armé État islamique (ÉI) et un discours insultant du président américain, cette rencontre aura été riche en émotions.

Le premier coup est venu le 24 mai au soir, lorsque le secrétaire général, Jens Stoltenberg, a annoncé que l’alliance joignait officiellement la Coalition globale contre l’ÉI. Jusque-là, l’OTAN avait toujours eu une position officielle de soutien passif et moral à la Coalition, avec un appui militaire ad hoc relativement limité (l’envoi d’avions de surveillance AWACS, avec leurs avions-ravitailleurs, en plus d’une mission d’entraînement en Irak).

Cette annonce a probablement de quoi satisfaire les plus pressantes demandes du président américain sur l’importance pour l’OTAN de s’attaquer au terrorisme. En revanche, elle est plutôt symbolique pour le moment, puisqu’aucun moyens militaires supplémentaires de l’OTAN ne seront déployés pour l’instant. Ceci dit, un des avantages concrets d’une telle annonce se trouve auprès des plus petits alliés de l’alliance. En effet, la Coalition regroupe déjà tous les alliés parmi ses membres, mais certains font face à des défis opérationnels importants lorsque vient le temps de se déployer à l’étranger. Grâce à la participation officielle de l’OTAN, ces pays peuvent espérer une plus grande facilité à coordonner les ressources de la Coalition et de l’OTAN pour leur déploiement.

Mais si cette annonce va effectivement dans le sens des déclarations du président Trump, cela ne l’aura pas empêché d’y aller d’un discours-choc le jour suivant. Alors qu’il a encore une fois rappelé l’importance de lutter contre le terrorisme, il en a rajouté sur le même thème en affirmant que l’immigration devait être contrôlée strictement. Puis, dans une première, il n’a jamais réaffirmé le soutien des États-Unis à l’article 5 de la charte atlantique, préférant rappeler son propos habituel à l’effet que les alliés ne dépensent pas assez. Tout ce discours c’est fait lors de l’inauguration du monument du 11 septembre et de l’Article 5, article invoqué une seule fois dans l’histoire de l’OTAN… pour soutenir les États-Unis. Dire que les autres dirigeants de l’OTAN, présents sur place, semblaient consternés serait un euphémisme.

Cette question du financement militaire est un des points d’achoppement perpétuel entre les membres de l’OTAN. Néanmoins, jamais un président américain n’avait été aussi loin dans la critique de ses alliés. Même le secrétaire général Stoltenberg l’a admis involontairement, en qualifiant les propos du président Trump de directs, francs (« blunt »). Aujourd’hui, cette critique du sous-financement est basée sur la cible du 2% (les budgets militaires des alliés devraient correspondre à 2% de leur PIB). Pour le président américain, il s’agit du « strict minimum ».

Le problème avec cette interprétation par M. Trump est que cette cible est politique à la base. Elle avait été adopté afin de cesser le déclin des budgets militaires alliés, à une époque où la moyenne de ceux-ci étaient de 2%. Il ne s’agit en rien d’une cible permettant d’assurer un niveau adéquat de capacités militaires. À cet égard, le sommet du Pays de Galles aura été beaucoup plus salutaire, alors que la cible du 2% a été renforcée par la règle du 20% : 20% du budget militaire d’un allié doit être consacré à des investissements majeurs. Ce genre de règle est donc beaucoup plus pertinente qu’une simple cible de 2%. Si on se réfère à la cible, on se retrouve avec la Grèce parmi les cinq pays qui l’atteignent… alors qu’elle est loin de figurer dans le top 5 des principaux pays contributeurs à l’OTAN.

Ce genre de tensions aura jeté une ombre importante sur le sommet. Celui-ci aurait dû permettre de faire le point sur diverses opérations importantes, notamment la nouvelle force avancée dans les pays baltes et en Pologne, ou encore en terme d’efforts contre le terrorisme. Une autre belle nouvelle pour l’alliance qui a été occulté est l’arrivée officielle, dans moins de 10 jours, du 29e membre de l’alliance, le Monténégro. Cette admission au sein de l’OTAN aura pourtant été l’une des plus rapides, comme l’a rappelé si justement le ministre de la Défense du Monténégro, M. Predrag Bošković, en entrevue avec 45eNord.ca

Au final, l’un des grands gagnants de cette rencontre n’aura pas été l’alliance, ni même le président Trump, mais possiblement la Russie. Il est clair que l’entrée de l’OTAN au sein de la Coalition n’est certainement pas une bonne nouvelle pour Vladimir Poutine. Mais tant que cette participation n’implique pas réellement un nouvel engagement militaire de l’OTAN, les dissensions du sommet auront un poids beaucoup plus lourd. D’autant plus que ces dissensions auront masquées des sujets de discorde entre l’alliance et la Russie : la force avancée et l’admission du Monténégro.

Malgré le discours officiel d’unité et de succès, le bilan final de cette rencontre a un goût particulièrement amer pour les alliés.

*45eNord.ca tient à souligner la contribution du Centre sur la sécurité internationale (Université Laval) aux frais de voyage de ce reportage.