Comey confirme que Trump lui a demandé d’abandonner l’enquête sur Flynn

38
James Comey lors d'une audition devant le Sénat, le 3 mai 2017 à Washington. (AFP/Archives/JIM WATSON)
Temps de lecture estimé : 3 minutes
James Comey lors d’une audition devant le Sénat, le 3 mai 2017 à Washington. (AFP/Archives/JIM WATSON)

James Comey, ancien directeur du FBI, a confirmé dans une déclaration écrite au Congrès, publiée mercredi, que Donald Trump lui a demandé d’abandonner l’enquête sur Michael Flynn, son ancien conseiller mêlé à l’affaire de l’ingérence russe dans l’élection.

Racontant une rencontre en tête à tête le 14 février dernier dans le Bureau ovale, M. Comey écrit que M. Trump lui a parlé de l’enquête sur Michael Flynn, son ex-conseiller à la sécurité nationale, et déclaré: « J’espère que vous pourrez trouver une façon d’abandonner cela, de lâcher Flynn. C’est un homme bien ».

Selon M. Comey, cette requête concernait toute investigation relative aux « fausses déclarations de M. Flynn concernant ses conversations avec l’ambassadeur russe en décembre », et non l’enquête plus large sur l’éventuelle collusion entre la Russie et la campagne du républicain.

« C’était toutefois très inquiétant, étant donné le rôle du FBI comme service d’investigations indépendant », écrit M. Comey.

The President then returned to the topic of Mike Flynn, saying, “He is a good guy and has been through a lot.” He repeated that Flynn hadn’t done anything wrong on his calls with the Russians, but had misled the Vice President. He then said, “I hope you can see your way clear to letting this go, to letting Flynn go. He is a good guy. I hope you can let this go.” I replied only that “he is a good guy.” (In fact, I had a positive experience dealing with Mike Flynn when he was a colleague as Director of the Defense Intelligence Agency at the beginning of my term at FBI.) I did not say I would “let this go.”

Il raconte aussi en détails un dîner à la Maison Blanche du 27 janvier, lors duquel Donald Trump lui aurait dit: « J’ai besoin de loyauté, je m’attends à de la loyauté ».

« Je n’ai pas bougé, parlé ou changé l’expression de mon visage », écrit l’ancien grand policier, décrivant « un silence gênant ».

A few moments later, the President said, “I need loyalty, I expect loyalty.” I didn’t move, speak, or change my facial expression in any way during the awkward silence that followed. We simply looked at each other in silence. The conversation then moved on, but he returned to the subject near the end of our dinner.

Et quand le président, en fin de repas, l’a relancé sur la question de la loyauté, M. Comey a répondu qu’il « aurait toujours de l’honnêteté de sa part », acceptant ensuite la demande de M. Trump d’une « honnêteté loyale ».

Cette déclaration écrite de sept pages a été publiée par la commission du Renseignement du Sénat, l’ancien chef du FBI témoignera lors d’une audition publique jeudi matin.

Il y confirme également qu’il a consigné dans des notes le contenu de ses conversations avec le président américain, comme l’avait rapporté plusieurs médias.

170607-os-jcomey-060817 by Anonymous opV0GNQtw on Scribd

Pression pour « lever le nuage » de l’enquête russe

Deux coups de fil ont également eu lieu entre les deux hommes, le 30 mars et le 11 avril. Dans ces conversations, le locataire de la Maison-Blanche a demandé au patron du FBI ce qui pouvait être fait pour «lever le nuage» de l’enquête russe, dont l’ombre l’empêcherait d’agir efficacement au nom du pays, selon ce récit.

L’ex-policier a alors confirmé que le président lui-même n’était pas visé par l’enquête. «Il m’a dit à de nombreuses reprises: «nous devons révéler ce fait»», écrit M. Comey.

«Le président a ajouté que si certains de ses proches «satellites» avaient fait quelque chose de mal, ce serait bien de le découvrir, mais qu’il n’avait rien fait de mal et qu’il espérait que je trouve une façon de dire que nous n’enquêtions pas sur lui», poursuit-il. «Je lui ai dit que je verrais ce que nous pourrions faire».

Dans le coup de téléphone d’avril, le président l’a relancé.

Le récit de M. Comey est frappant par la description sans équivoque du malaise suscité par les requêtes à répétition du président.

Après son tête-à-tête du Bureau ovale, que le président avait préalablement vidé de tous ses conseillers, James Comey a «imploré» le procureur fénéral des États-Unis Jeff Sessions «d’empêcher toute future communication directe entre le président et moi».

Ces faits minutieusement détaillés confirment des informations de presse publiées depuis le limogeage soudain du 9 mai, et qui avaient conduit plusieurs élus du Congrès à soupçonner une tentative d’entrave à la justice et, pour quelques uns, à réclamer l’ouverture d’une procédure de destitution.

Afin de protéger l’indépendance de l’enquête du FBI sur la Russie et une éventuelle collusion avec les équipes de campagne Trump, la Justice a nommé un procureur spécial, Robert Mueller, le 17 mai.

Les réactions ont commencé à tomber mercredi quelques minutes après la publication du document.

«Toute cette histoire est folle», a tweeté la sénatrice Elizabeth Warren.