Ex-colonel en sous-vêtements et faux décès de militaires: le Canada goûte à son tour à la propagande russe

205
Des photos de l'ex-colonel Russel Williams publiées par le site de propagande russe Vesti.lv pour illustrer un article sur... l'arrivée des troupes canadiennes en Lettonie. (vesti.tv)
Temps de lecture estimé : 4 minutes
Des photos de l’ex-colonel Russell Williams publiées par le site de propagande russe Vesti.lv pour illustrer un article sur… l’arrivée des troupes canadiennes en Lettonie. (vesti.tv)

Le Canada goûte à son tour à la propagande russe: l’arrivée de nos troupes en Lettonie saluée par un article où on voit l’ex-colonel canadien Russell Williams, tueur et violeur en série condamné à la prison à vie, en sous-vêtements féminins, et un texte qui se prétend sérieux où on affirme que le «Président Trudeau» envoie maintenant ses hommes mourir au combat en Ukraine, ne sont que des exemples de la désinformation dont nous sommes, après bien d’autres pays, à notre tour victimes.

Avec une politique étrangère plus affirmée, le Canada est maintenant entré dans le club «select» des pays à qui ses adversaires font «l’honneur» de campagne de désinformation à base de mensonges et d’exagérations.

Dans un rapport publié hier, le Centre de la sécurité des télécommunications (CST), le service de renseignement du gouvernement canadien chargé du programme de renseignement d’origine électromagnétique et qui se rapporte directement au ministre de la Défense nationale, un peu l’équivalent canadien de la NSA américaine, prévenait que les prochaines élections canadiennes pourraient très bien être les cibles de cyberattaques d’États.

Dans le même rapport, le CST prévenait aussi que des adversaires pourraient répandre des mensonges et de la propagande à un large public, se faisant passer pour des fournisseurs d’information légitimes et brouillant les frontières entre les vraies nouvelles et la désinformation.

Le Canada, dont la politique étrangère ne plaît pas à tous, n’est pas à l’abri de ces campagnes de désinformation. Comme le soulignait le CST, le Canada fait partie du G7 et de l’OTAN, et est un membre influent de la communauté internationale. Par conséquent, les choix du gouvernement fédéral en matière de déploiements militaires, d’accords commerciaux et d’investissements, de déclarations diplomatiques, d’aide étrangère ou d’immigration sont influents, percutants et parfois dérangent.

Deux exemples récents

Le Canada a donc commencé à goûter à la propagande russe: récemment, deux sites de propagande russe, Novorossia Today et Vesti.lv, du nom d’une populaire émission de la télévision russe, qui se spécialise en canulars, fausses informations, intoxication et désinformation grossière, viennent de publier des articles mensongers et peu flatteurs sur les Forces armées canadiennes.

Alors que la première vague de 450 soldats canadiens, menée par le colonel Josh Major, est arrivée en Lettonie le week-end dernier dans le cadre d’une mission visant à dissuader toute agression russe dans la région balte, Vesti.lv a ciblé la mission militaire du Canada en Lettonie en faisant un lien, qu’il n’y a bien sûr pas lieu de faire, entre nos troupes et nul autre que… Russell Williams, tueur et violeur en série canadien condamné à la prison à vie qui, au moment de son arrestation, était colonel au sein de la force aérienne et commandait alors la base des Forces canadiennes Trenton, «la plus importante base aérienne canadienne».

Sur les photos à la Une, on peut voir l’ancien commandant posant en sous-vêtements féminins, suggérant que l’Armée canadienne est bourrée d’homosexuels et ne mérite pas la confiance des Lettons.

Novorossia Today, lui, va plus loin et tombe carrément dans l’abject en inventant des morts! «Plus d’une douzaine de soldats canadiens ont été tués au Donbass [l’est ukrainien, NDLR]. Trudeau veut voir plus de soldats revenir à la maison dans des cercueils recouverts du drapeau et la mission s’étend maintenant à l’Ukraine!», écrit le site de propagande déguisé en site d’information, le 15 juin.

Novorossia ajoute, «qu’après avoir perdu une douzaine de soldats qui ont été tués dans des combat au Donbass ce printemps, le Canada a permis à ses commandants sur le terrain d’envoyer leurs troupes ‘partout’ dans le but d’engager des forces russes ou des rebelles séparatistes et de créer un incident ou un prétexte pour élargir davantage le conflit.»

Du grand n’importe quoi, mais qui peut faire tomber dans le piège des lecteurs prêts à souscrire à ce genre de théories du complot.

Alors que le rôle essentiel des journalistes est de rapporter fidèlement, d’analyser et de commenter honnêtement les faits qui permettent à leurs lecteurs et concitoyens de mieux connaître et de mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, sans tomber dans le sensationnalisme ni emprunter des raccourcis simplistes, les sites de propagande ne visent, eux, qu’à manipuler les personnes dénuées d’esprit critiques.

Les journalistes, ici, respectent dans leur très grande majorité des normes éthiques sévères.

Guide de déontologie de la Fédération professionnelle des Journalistes du Québec (FPJQ)

3. Vérité et rigueur

3 a) Les journalistes ont l’obligation de s’assurer de la véracité des faits qu’ils rapportent au terme d’un rigoureux travail de collecte et de vérification des informations. Ils doivent corriger leurs erreurs avec diligence et de façon appropriée au tort causé.

3 b) Les journalistes doivent situer dans leur contexte les faits et opinions dont ils font état de manière à ce qu’ils soient compréhensibles, sans en exagérer ou en diminuer la portée.

Les sites de propagande dont certains sont friands ne sont pas, eux, «contraints par la vérité» et peuvent ainsi servir des histoires qui pourront faire frémir les lecteurs… à bon marché. #fakenews #putaclic