Forces armées canadiennes: la méfloquine partiellement écartée ne sera plus utilisée qu’en dernier recours

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La méfloquine, toujours en utilisation au sein des Forces armées canadiennes.
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La méfloquine, toujours en utilisation au sein des Forces armées canadiennes.

La méfloquine, un antipaludéen controversé aux effets secondaires potentiellement graves, ne sera dorénavant prescrite qu’aux membres des Forces armées qui en feront la demande, ou à ceux pour qui d’autres médicaments contre la malaria sont contre‑indiqués, annonce le ministère de la Défense aujourd’hui.

Le lieutenant-général Roméo Dalaire, qui dirigeait les Forces de l’ONU lors du génocide rwandais, déplorant que les Forces armées l’aient contraint à prendre ce médicament.a toujours dit que la méfloquine avait affecté sa pensée pendant son déploiement. Certains accusent même la méfloquine d’avoir gravement perturbé le soldat canadien accusé du meurtre d’un jeune Somalien en 1993 et qui a tenté de se suicider par la suite. Les histoires d’horreur liées à la méfloquine abondent.

Au Canada jusqu’ici, la méfloquine était pourtant toujours prescrite à des militaires canadiens en mission et, jusqu’à tout récemment, environ 5% d’entre eux en prenaient encore alors que ce médicament a mauvaise presse depuis longtemps. Aux États-Unis, il y a déjà plusieurs années que les Centres de contrôle et de prévention des maladies (Centres for Disease Control and Prevention) ont émis une alerte et déconseillé d’utiliser la méfloquine pour les militaires en mission.

Le Rapport du Groupe de travail du médecin général sur la méfloquine admet aujourd’hui que lors de la prescription du médicament controversé aux membres du personnel « trop peu de dossiers indiquent que les contre-indications ont été évaluées, et certains employés se sont fait prescrire de la méfloquine même si leur dossier médical révélait d’éventuelles contre-indications ou précautions à prendre. »

La contre-indication la plus fréquente était, on s’en doute, un trouble neuropsychiatrique actif ou passé (dépression, anxiété ou état de stress post-traumatique.

« Nous recommandons la méfloquine uniquement comme médicament de deuxième intention, en raison du milieu opérationnel unique dans lequel nous travaillons. Cette directive ne devrait pas s’appliquer dans un environnement non militaire. Nous continuerons à surveiller et à examiner tous les ouvrages scientifiques pertinents portant sur la méfloquine. », explique aujourd’hui le brigadier-général Colin MacKay, médecin général, qui souligne avoir consulté au cours de son examen de la question des ouvrages sur ce médicament et sur la façon dont il est utilisé dans un environnement opérationnel.

En annonçant les conclusions de l’examen portant sur l’usage de la méfloquine au sein des Forces armées canadiennes en situation opérationnelle, qui ne sera dorénavant plus un premier recours, le médecin général apporte toutefois des nuances au portrait.

Les lignes directrices canadiennes en matière de prévention de la malaria sont conformes aux autres lignes directrices nationales et internationales selon lesquelles la méfloquine constitue une solution de premiers recours, fait valoir le médecin général.

Comparativement aux solutions de rechange actuellement recommandées, les éléments de preuve semblent indiquer que l’usage de la méfloquine n’est pas toujours associé à un risque global excessif d’effets indésirables ni à un risque accru de ne pas être en mesure d’accomplir des tâches professionnelles, écrit-il, ajoutant qu’aucun élément de preuve n’indique que l’usage de la méfloquine occasionnerait des effets néfastes potentiels à long terme sur la santé humaine.

Le rapport recommande cependant de faire preuve de prudence, « puisque le déploiement d’un grand nombre de militaires au cours d’une très courte période peut causer des difficultés quant à une évaluation adéquate des contre‑indications potentielles pour ces militaires ». « De plus », poursuit-il, « le déploiement dispersé du personnel, limitant ainsi l’accès aux médecins pendant les opérations, pourrait réduire les possibilités d’évaluer les effets nocifs et d’administrer, au besoin, un autre médicament aux membres des Forces armées qui prennent de la méfloquine. ».

Le rapport admet également que les effets secondaires que la méfloquine peut engendrer à court terme « pourraient avoir une incidence sur le rendement d’un militaire et être confondus avec les réactions que l’on observe habituellement dans des situations opérationnelles, ce qui, en retour, vient compliquer la gestion des effets indésirables. ».

« La santé et le bien‑être de nos militaires sont directement liés à l’efficacité opérationnelle des Forces armées canadiennes. C’est pourquoi j’ai le devoir de veiller à ce que tout le personnel sous mon commandement ait accès aux meilleurs soins médicaux actuellement offerts. Je suis convaincu que les recommandations du médecin général, qui sont appuyées par des preuves émanant d’une tierce partie, permettront d’assurer l’état de santé général de nos militaires, hommes et femmes. », déclare pour sa part le général Jonathan Vance, chef d’état‑major de la Défense.

Les études démontrent qu’entre le quart et la moitié [vous avez bien lu, entre le quart et la moitié] des personnes qui prennent de la méfloquine souffrent au début du traitement d’effets secondaires comme des nausées, des étourdissements, de l’insomnie, des rêves étranges, des crises d’angoisse, des hallucinations, des maux de tête et des diarrhées. Certes, la méfloquine a toujours été déconseillée aux personnes ayant déjà souffert de troubles psychiatriques, comme une dépression ou de l’anxiété généralisée, ou de convulsions, mais encore faut-il que quelqu’un, quelque part, soit conscient du risque.

Il y a les cas où les personnes n’ont pas conscience d’être à risque, ceux où le médecin prescripteur n’a pas bien informé le patient des risques en cas d’antécédents psychiatriques et, comme toujours ai sein des Forces armées, ceux ont choisi de taire leurs problèmes de santé mentale de peur de nuire à leur carrière. Tout ça fait de la méfloquine un risque difficilement gérable.