Marc-André Dufour, du Programme de soutien de Valcartier, intervenant de l’année en prévention du suicide

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Jérôme Gaudreault (AQPS), Major Audrey Hudon, Marc-André Dufour et Claude Bissonnette (AQPS)

L’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS) a remis le prix méritas Réjean-Marier de l’intervenant 2015-2017 au psychologue Marc-André Dufour. Ce prix, dit l’Association, souligne la contribution exceptionnelle d’un professionnel en prévention du suicide qui, par son expertise et son dévouement, constitue une source d’inspiration et de motivation pour ses pairs.

Il a reçu son prix le 12 juin dernier à Drummondville.

La feuille de route de Marc-André Dufour en matière de prévention du suicide est digne de mention. Tour à tour bénévole, intervenant, coordonnateur clinique, psychologue, chroniqueur et conférencier, Marc-André a sans contredit fait avancer cette cause au Québec. Son engagement a débuté en 1993 au Centre de prévention du suicide de Québec, où il y a travaillé plusieurs années. Il a également pratiqué en cabinet privé, puis a joint en 2005 le Programme de soutien pour trauma et stress opérationnels des Forces armées canadiennes, à Valcartier.

Compte tenu de sa compréhension de la culture militaire, de son expertise en intervention de crise, en prévention du suicide et en promotion de la santé mentale, il est une personne ressource dans son milieu, autant sur le plan clinique que pour l’ensemble de l’organisation.

L’AQPS

Fondée en 1986, l’Association québécoise de prévention du suicide a pour mission de promouvoir la prévention du suicide et de réduire le suicide et ses conséquences en mobilisant le maximum d’individus et d’organisations. Les Prix méritas en prévention du suicide sont généralement remis sur une base annuelle par un jury constitué d’administrateurs et de membres de l’équipe de l’AQPS. Un total de sept prix a été remis.

« La prévention du suicide n’est pas qu’un emploi pour Marc-André. C’est un engagement sincère et constant, une mise en action digne d’un militant », a souligné Jérôme Gaudreault, directeur général de l’AQPS. «Il est un précieux porte-voix de la cause au Québec. Grâce à ses connaissances fines et à ses talents de communicateur, il trouve les mots justes pour guider les personnes qui vivent un moment de déséquilibre et pour mobiliser sa communauté».

Un « hybride civilo-militaire » œuvrant dans la « micro-société » que sont les Forces armées

L’intérêt de Marc-André Dufour pour tout ce qui est militaire remonte à loin.

« Je n’ai pas été militaire » explique Marc-André Dufour. « J’ai été dans les cadets, la 5e Ambulance de campagne, dans les années 80. La 5e Ambulance de campagne qui est la même unité où je suis aujourd’hui. »

« Mais j’ai toujours été un intervenant civil. Dans les Forces, il n’y a pas de postes de psychologue militaire, il y a des travailleurs sociaux, des infirmiers, mais pas de psychologue », dit celui qui se définit aujourd’hui comme un « hybride civilo-militaire ».

D’ailleurs, si certains membres des Forces armées s’ouvrent plus facilement avec une personne en uniforme, croyant qu’elle va mieux comprendre leur réalité, plusieurs autres apprécient pouvoir aborder les problèmes délicats de santé mentale avec une personne qui est clairement un professionnel de la santé avant tout, tout en étant près de la réalité militaire.

Dès le début de ses études en psychologie, dit-il, il avait, de préférence à la théorie, le goût « d’intervenir auprès d’êtres humains ».

Après avoir longtemps travaillé en prévention du suicide dans le civil, « quand j’ai vu une offre d’emploi pour travailler au niveau de la Défense nationale, quelque chose a attiré mon attention, car je m’intéressais beaucoup à la ‘demande d’aide des hommes’, la question de la masculinité, la question, de se montrer vulnérable », raconte celui qui parle avec un immense respect de ces « guerriers qui sont partis au loin aider les gens et sont revenus blessés ».

« C’est vraiment quelque chose qui m’intéressait, la majorité des suicides étant commis par des hommes », explique le psychologue qui était déjà dans son travail au civil au Centre de prévention du suicide auparavant confronté à la « masculinité traditionnelle »: un homme, c’est fort, ça pleure pas, c’est capable de régler ses problèmes tout seul.

C’est clair, pour Marc-André Dufour, les Forces armées canadiennes n’ont pas, loin de là, le monopole du « machisme ». On n’a qu’à penser aux policiers, aux pompiers, mais aussi à des métiers traditionnels comme agriculteurs.

La ligne de prévention du suicide

1-866-277-3553

Le Programme d’aide aux membres

1-800-268-7708

Les Forces armées canadiennes, une micro-société

« Si on peut prendre soin de notre santé mentale de façon générale, si on réussit à diminuer les tabous en santé mentale, contre la demande d’aide », explique le récipiendaire du prix Méritas, « on fait alors de la prévention du suicide. », ajoutant que, comme intervenant, « si on ne vient pas nous consulter, on sert pas à grand chose ».

Mais le psychologue dit observer une évolution des mentalités dans la population générale par rapport à la santé mentale. On en entend plus parler, des initiatives comme ‘Bell cause pour la cause’, un spécialiste des arts martiaux et des combats extrêmes comme Georges Saint-Pierre, ancien champion du monde de l’Ultimate Fighting Championship qui ose déclarer qu’il prend une pause de sa carrière pour prendre soin de sa santé mentale

La grande différence selon le psychologue entre la société civile et les Forces armées étant plutôt que ces dernières constituant une micro-société extrêmement bien organisée, les efforts pour changer les mentalités et pour prévenir le suicide peuvent très probablement s’y répercuter davantage et plus rapidement.

« Un gars est venu me voir dans mon bureau », raconte le psychologue, « et m’a dit ‘Si Georges Saint-Pierre peut prendre une pause pour sa santé mentale, j’ai le droit. »

De plus en plus, les membres de la chaîne de commandement sont sensibilisés aux problèmes de santé mentale et, nous dit Marc-André Dufour, n’hésitent pas lorsqu’il voient quelqu’un « qui ne va pas bien » à le prendre dans leur bureau pour lui dire. « Écoute, si j’ai été moi, au deuxième étage [le Centre de soutien en santé mentale à la clinique de Valcartier, NDLR], j’ai été chercher de l’aide et, je te regarde, je vois certains comportements, tu devrais y aller. Moi j’y suis allé et ça m’a aidé. ».

Pour Marc-André Dufour, ça « c’est encore plus fort que n’importe quelle campagne de sensibilisation ».

Les cliniques des Forces armées canadiennes et les Centres de soins pour trauma et stress opérationnels

Dans de nombreux cas, le premier point de contact pour beaucoup de membre des FAC qui connaissent des difficultés de santé mentale est leur médecin de premier recours à la clinique locale des FAC qui les dirige alors vers les ressources appropriées.

Le Programme de soutien pour trauma et stress opérationnels des Forces armées canadiennes offre des services d’évaluation, des traitements individuels ou de groupe pour les militaires victimes de stress opérationnel. Il fournit de l’aide aux militaires en service actif et à leur famille qui vivent des problèmes découlant des opérations militaires.

Intégrés aux services de santé mentale des Forces canadiennes, les programmes spécialisés du CSTSO offrent aux patients présentant des blessures de stress opérationnel des services d’évaluation et de traitement uniformes et très complets faisant appel à des pratiques exemplaires fondées sur les preuves. Ces programmes sont offerts à Halifax, Gagetown, Valcartier, Ottawa, Petawawa, Edmonton et Esquimalt. Des éléments des programmes du CSTSO sont également offerts aux plus petites bases, selon la taille de la population et les ressources locales disponibles.

Les programmes du CSTSO comprennent l’évaluation et le traitement, individuel ou en groupe, des militaires qui vivent des difficultés résultant de leurs tâches opérationnelles. Les membres de la famille des militaires étant encouragés à participer aux soins, les séances psychoéducatives organisées à leur intention constituent un volet important du programme. Le personnel du CSTSO se consacre en outre à l’éducation des spécialistes de la santé, tant militaires que civils, dans le domaine de l’évaluation et de la gestion du stress découlant des opérations militaires. Les programmes du CSTSO adoptent une approche de traitement interdisciplinaire mettant à contribution des psychiatres, des psychologues, des travailleurs sociaux, des infirmières en santé mentale, des conseillers en toxicomanie et des aumôniers spécialistes de la santé mentale.

Le nouveau regard de la Défense sur les problèmes de santé

Après bien des critiques, Ottawa semble s’engager avec la nouvelle politique de défense du Canada à veiller à ce que tous les membres des Forces armées aient accès à « un système de soins de santé complets de premier ordre qui permette de remédier aux problèmes de santé physique des militaires et les aide à conserver leur bien-être mental ».

Ottawa investira 198,2 millions $ pendant la durée de la politique dans le but de mettre en œuvre la nouvelle Stratégie de santé globale et de bien-être, qui étendra le mieux-être au-delà du modèle traditionnel des soins de santé, afin d’inclure la promotion, la prévention, le traitement ainsi que le soutien, et de fournir une plus vaste gamme de services et de programmes dans le domaine de la santé et du mieux-être;

En outre, modifiant le processus de transition pour mieux aider les militaires et leur famille, et en créant un groupe de transition qui comptera 1 200 personnes. La création de ce nouveau groupe veillera à ce que tous nos hommes et femmes militaires reçoivent le soutien nécessaire lors de leur retour à la vie militaire après une maladie ou une blessure, ou pendant leur transition vers la vie civile à la fin de leur service militaire.

Non seulement peut-on espérer que l’époque où les personnes souffrant de problèmes de maladie mentale étaient stigmatisées soit bientôt un mauvais souvenir, mais celle où la Défense nationale semblait vouloir ignorer le problème sera, elle aussi, bientôt révolue. Quant aux Forces armées canadiennes, elles sont, certes, le reflet de la société, mais peuvent aussi être une « micro-société » exemplaire, capable de servir de modèle aux autres composantes de la société.

Et on le devra en partie à la présence de pionniers comme Marc-André Dufour dont l’enthousiasme et le respect des militaires lorsqu’il parle de son travail en prévention du suicide et en promotion de la santé mentale est impressionnant.

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