Moscou suspend la communication militaire avec Washington en Syrie

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De la fumée au-dessus de Raqa lors d’une offensive de la coalition appuyée par les Etats-Unis pour reprendre la ville aux islamistes de l’EI, le 18 juin 2017. (AFP/DELIL SOULEIMAN)

La Russie a annoncé lundi son intention de pointer ses missiles vers tout avion de la coalition internationale survolant la Syrie et suspendu son canal de communication militaire avec Washington après la destruction d’un chasseur syrien par un avion américain.
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Mise à jour 20/06/2017 à 13h04

Les États-Unis, à la tête de la coalition antidjihadiste, ont affirmé vouloir rétablir avec la Russie le canal de communication militaire sur la Syrie, dont Moscou a annoncé la suspension après la destruction d’un chasseur syrien par un avion américain.

Ce canal « a très bien fonctionné sur les huit derniers mois », et « nous allons travailler dans les prochaines heures sur le plan diplomatique et militaire pour rétablir » ces communications entre les quartiers généraux russe et américain au Moyen-Orient, a affirmé lundi le chef d’état-major inter-armées américain, le général Joe Dunford.

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La Russie est impliquée militairement au côté du régime de Bachar al-Assad dans la guerre en Syrie, alors que les Etats-Unis soutiennent et arment une alliance arabo-kurde rivale et des rebelles syriens.

Ces développements marquent une nouvelle escalade dans le conflit impliquant différents acteurs régionaux et internationaux ainsi que des groupes jihadistes sur un territoire morcelé, et éloignent la perspective d’une solution négociée.

En plus de l’incident américano-syrien, l’Iran, autre allié du régime Assad, a tiré pour la première fois dimanche des missiles contre des cibles du groupe jihadiste Etat islamique (EI) en Syrie.

Avec ses annonces, la Russie fait un pas de plus dans la confrontation avec les Etats-Unis. Son entrée en force en 2015 sur le champ de bataille en Syrie laissait déjà présager d’une « guerre par procuration » entre les deux grandes puissances. Et le bombardement américain en avril d’un aéroport militaire syrien avait accentué cette rivalité.

Le ministère de la Défense a ainsi indiqué que les « avions et les drones de la coalition internationale repérés à l’ouest de l’Euphrate seront suivis et considérés comme des cibles par les moyens terrestres de défense antiaérienne et par les moyens aériens ».

La Russie ne participe pas à la coalition internationale dirigée par Washington, dont les avions ciblent principalement le groupe jihadiste Etat islamique (EI) en Syrie depuis 2014.

Elle dispose de systèmes de défense anti-aérienne S-300 et S-400 déployés en Syrie, ainsi que de dizaines de chasseurs et de bombardiers opérant en soutien au régime.

‘Non-respect délibéré’

Le ministère russe de la Défense a en outre annoncé la suspension des canaux de communication existants avec les Etats-Unis dans le cadre du mémorandum sur la prévention des incidents aériens en Syrie. Moscou considère les actions de Washington comme un « non-respect délibéré » de cet accord signé en 2015.

Moscou accuse Washington de n’avoir pas « prévenu » l’armée russe qu’elle allait abattre l’avion, et exige une « enquête » sur cet incident.

Le ciel syrien est encombré par les avions du régime, ceux de la Russie, ceux de la coalition internationale et parfois ceux de la Turquie voisine.

Dimanche Damas et Washington se sont accusé mutuellement de provocation dans l’incident aérien.

L’armée syrienne a annoncé qu’un avion de la coalition internationale avait abattu un de ses avions de combat alors « qu’il menait une mission contre l’EI » dans la province de Raqa (nord).

La coalition a dit qu’il s’agissait d’une riposte à des frappes aériennes sur les Forces démocratiques syriennes (FDS- alliance arabo-kurde) soutenues par les Etats-Unis.

L’incident s’est déroulé à une quarantaine de km au sud-ouest de la ville de Raqa, chef-lieu de la province du même nom et principal fief de l’EI en Syrie que les FDS tentent de capturer depuis des mois.

Dans cette même zone, des affrontements ont opposé pour la première fois des troupes prorégime et les FDS, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Il n’y avait plus de combats lundi.

Cette escalade survient au moment où les troupes syriennes se trouvent dangereusement proches de zones contrôlées par des forces soutenues par les Etats-Unis, aussi bien dans le nord que dans le sud-est syrien.

L’armée progresse sur trois fronts -nord, centre, sud- et se dirige vers la province de Deir Ezzor (est), qu’elle espère reprendre à l’EI.

Bien qu’elles luttent toutes les deux contre l’EI, les troupes du régime et les FDS sont des forces rivales.

‘Se brûler les doigts’

D’après Sam Heller, un expert de la Syrie auprès de The Century Foundation, ces incidents doivent être considérés comme isolés.

« C’est le régime qui s’est engagé dans une provocation et puis un commandant américain a réagi par autodéfense. Le régime s’est approché trop près et s’est brûlé les doigts », dit-il.

« Aucune partie ne veut délibérément provoquer une escalade, mais quand il y a ce genre de heurts, cela peut aboutir à une escalade accidentelle », selon lui.

Dans la province de Raqa, le régime ne participe pas à l’offensive menée par les FDS pour s’emparer de la ville éponyme mais veut à travers cette région parvenir à la province pétrolière de Deir Ezzor.

Pour gagner cette province, son armée progresse également sur deux autres fronts: dans le désert syrien (centre), où il a chassé l’EI de plusieurs localités, et à la frontière irakienne dans le sud-est.

Déclenchée par la répression de manifestations pro-démocratie, le conflit en Syrie a fait plus de 320.000 morts.

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