Syrie: l’ONU juge «excessives» les frappes aériennes à Raqa

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Les enquêteurs de Commission d’enquête de l’ONU sur la Syrie ont décompté 300 civils tués par les frappes aériennes de la coalition depuis le 1er mars dans l’ensemble de la province de Raqa. (Archives/AFP)

La Commission d’enquête de l’ONU sur la Syrie a jugé mercredi « excessives » les frappes aériennes de la coalition à Raqa, où les forces antidjihadistes qui ont lancé une offensive se heurtent à la résistance acharnée du groupe État islamique.

« Les civils sont pris dans la ville » et « font face à la répression » de l’EI et aux effets des « frappes aériennes excessives », a déclaré aux médias le président de la Commission, Paulo Pinheiro.

Les enquêteurs, qui n’ont pas accès à la Syrie, ont décompté 300 civils tués par les frappes aériennes de la coalition depuis le 1er mars dans l’ensemble de la province de Raqa.

« Nous avons enregistré le nombre de civils tués par les frappes de la coalition: 300 au total, dont 200 à Al-Mansoura », le 21 mars, a affirmé Karen Abuzayd, un autre membre de la Commission.

S’exprimant un peu plus tôt devant le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, M. Pinheiro, a déclaré que les enquêteurs étaient « gravement préoccupés par le nombre croissant de civils qui périssent lors des attaques aériennes, dans les zones contrôlées par des factions extrémistes ».

« Nous notons en particulier que l’intensification des frappes aériennes, qui ont préparé le terrain pour l’offensive des Forces démocratiques syriennes », une alliance arabo-kurde appuyée par les États-Unis pour reprendre Raqa aux djihadistes, « a entraîné non seulement un nombre effrayant de pertes de vies de civils mais a également conduit 160.000 civils à fuir », a-t-il ajouté.

Capturée par les djihadistes en 2014, Raqa est devenue le symbole des atrocités de l’EI ainsi qu’une base pour la planification d’attentats commis à l’étranger.

M. Pinheiro a par ailleurs souligné que les « accords d’évacuation » en Syrie « soulèvent aussi des inquiétudes et dans certains cas pourraient représenter des crimes de guerre ».

« On ne peut pas parler de choix (…) lorsque ceux qui restent courent bien souvent le risque d’être arbitrairement arrêtés ou recrutés de force », a-t-il expliqué.

Plusieurs opérations d’évacuation ont été organisées notamment au cours des derniers mois pour des bastions insurgés asphyxiés par un long siège, le régime misant sur ce qu’il appelle des accords de « réconciliation locale » pour faire plier les rebelles.

En mars dernier, la Commission, créée en 2011, avait déjà qualifié de « crime de guerre » l’accord final d’évacuation d’Alep-est, conclu sous l’égide de la Russie, soutien du régime, et la Turquie, alliée de l’insurrection. Cette opération d’évacuation avait été menée par le Comité international de la Croix-Rouge, à la demande des parties, a indiqué mercredi le directeur régional du CICR pour le Moyen-Orient, Robert Mardini.

« C’est la seule évacuation à laquelle nous avons participé » et « ce fut une décision difficile », a-t-il reconnu, lors d’une conférence de presse à Genève à l’occasion de la présentation d’un rapport sur les conflits urbains en Irak et en Syrie.

« Notre étude a révélé que ces trois dernières années, un pourcentage choquant – 70% – de morts civils en Irak et en Syrie était imputable aux guerres livrées dans des villes », a déclaré M. Mardini. L’étude montre aussi que les offensives menées dans des villes font cinq fois plus de morts civils que les autres batailles.

M. Mardini a expliqué que ce chiffre venait d’un échantillon représentatif effectué dans 6 ou 7 provinces: « c’est un chiffre qui est très proche de la réalité » et qui est lié au fait que « la population mondiale devient de plus en plus urbaine » et « les conflits aussi (…) vu qu’ils impliquent un grand nombre de groupes armés qui vivent dans ces villes (et) choisissent de mener la guerre dans ces centres humains ».

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