Une semaine après le début du blocus, le Qatar ne fléchit pas

L'émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, l'Assemblée générale des Nations unies à New York le 5 juin 2017. (POOL/AFP/Archives / LUCAS JACKSON)
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L’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, l’Assemblée générale des Nations unies à New York le 5 juin 2017. (POOL/AFP/Archives / LUCAS JACKSON)

Une semaine après le déclenchement d’une crise sans précédent dans le Golfe, le Qatar, mis au ban par ses voisins pour son soutien présumé au terrorisme, a de nouveau rejeté en bloc lundi toutes les accusations et affiché sa volonté de ne pas fléchir sous la pression.

Le ministre qatari des Affaires étrangères cheikh Mohammad ben Abdel Rahman Al Thani, en tournée européenne pour «informer» les pays «alliés et amis» de la crise, a dénoncé les mesures «iniques» et «illégales» imposées par des pays du Golfe et l’Égypte à son pays.

Avant de prévenir que «personne ne pouvait dicter à Doha sa politique étrangère» et de fustiger «les attaques médiatiques féroces» contre le petit et richissime État gazier.

«Nous n’avons aucune idée des raisons» qui ont conduit l’Arabie saoudite et ses alliés à imposer un blocus au Qatar, a assuré cheikh Mohammad ben Abdel Rahman Al Thani, au cours d’une conférence de presse à l’ambassade à Paris. Le ministre, qui s’est rendu ces derniers jours à Berlin, Moscou et Londres, a toutefois démenti toute médiation européenne dans la crise du Golfe.

M. Al-Thani a rencontré à Paris son homologue français Jean-Yves Le Drian avant d’être reçu à l’Élysée. Il était dans la matinée dans la capitale britannique, où il a été reçu par le chef de la diplomatie Boris Johnson, qui a appelé le Qatar «à sérieusement prendre en compte les inquiétudes de ses voisins» et à «faire plus» pour y répondre.

De son côté, le président français Emmanuel Macron s’est entretenu lundi avec l’émir du Koweït, cheikh Sabah al Ahmad Al Sabah, a fait savoir l’Élysée, rappelant qu’il avait parlé ces derniers jours à tous les chefs d’État de la région.

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Rappel des principaux développements dans la crise diplomatique opposant le Qatar à l’Arabie saoudite et ses alliés, qui ont rompu leurs relations avec Doha l’accusant notamment de « soutenir le terrorisme » et de se rapprocher de l’Iran, puissance régionale rivale de Ryad.

Le 5 juin, l’Arabie saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Yémen, l’Égypte et les Maldives annoncent rompre leurs relations diplomatiques avec le Qatar.

Il lui est reproché de soutenir des groupes islamistes radicaux et de ne pas prendre assez de distance avec l’Iran, grand rival de l’Arabie saoudite.

Cette rupture s’accompagne de mesures économiques comme la fermeture des liaisons aériennes et maritimes avec le Qatar et de la seule frontière terrestre de l’émirat, ainsi que des interdictions de survol et des restrictions aux déplacements des personnes.

L’Arabie saoudite ferme les bureaux à Ryad de la chaîne de télévision qatarie Al Jazeera.

Le Qatar, exclu de la coalition militaire arabe qui combat les rebelles Houthis au Yémen, accuse ses voisins de vouloir le mettre « sous tutelle » et l’étouffer économiquement. Mais le chef de la diplomatie qatarie assure qu’il n’y aura pas « d’escalade » de la part de son pays.

Le 6 juin, le président turc Recep Tayyip Erdogan critique les sanctions « pas bonnes » prises contre le Qatar, pays avec lequel Ankara compte, dit-il, « développer » ses relations. Il appelle les membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à « résoudre leurs différends par la voie du dialogue ».

La Mauritanie rompt ses relations diplomatiques avec le Qatar. La Jordanie réduit sa représentation diplomatique.

Le 7 juin, le ministre d’État émirati aux Affaires étrangères Anwar Gargash déclare que la question du Qatar ne porte pas sur « un changement de régime » mais sur la nécessité d’un « changement de politique ». Il accuse son voisin du Golfe de se comporter en « champion de l’extrémisme et du terrorisme dans la région », énumérant des conditions en vue d’une normalisation avec Doha.

« Nous espérons que nos frères au Qatar prendront maintenant les bonnes mesures pour mettre un terme à cette crise », souligne le chef de la diplomatie saoudienne Adel al-Jubeir.

Le président américain Donald Trump, qui avait soutenu auparavant l’isolement du Qatar, propose son aide pour apaiser la crise. Il évoque l’idée d’une rencontre à la Maison Blanche, lors d’un entretien téléphonique avec l’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani.

L’émir du Koweït, cheikh Sabah al-Ahmad Al-Sabah, se rend au Qatar après des entretiens aux Emirats et une rencontre avec le souverain saoudien.

Le 8 juin, le Qatar rejette toute intervention dans sa politique étrangère, refusant d’expulser des militants islamistes et affirmant agir contre le terrorisme en coordination avec Washington.

Le lendemain, l’Arabie saoudite et ses alliés publient une liste de personnes et organisations liées, selon eux, à des activités « terroristes » soutenues par le Qatar. Doha dénonce des accusations « sans fondement ».

Donald Trump exhorte le Qatar à arrêter « immédiatement » de financer « le terrorisme ».

Le 12 juin, le ministre qatari des Affaires étrangères dénonce à Paris les mesures « iniques » et « illégales » imposées contre son pays. « Personne n’a le droit de discuter de notre politique étrangère », déclare cheikh Mohammad ben Abdel Rahman Al Thani.

La veille, l’Iran avait annoncé avoir déjà envoyé par avion au Qatar plusieurs centaines de tonnes de produits alimentaires.[/toggle]

«Affaire intérieure»

La crise, sans précédent, a éclaté le 5 juin lorsque l’Arabie saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis et l’Égypte ont rompu leurs relations diplomatiques avec Doha. Ils ont ensuite fermé leurs frontières aériennes, maritimes et terrestres et pris des mesures contre des médias du Qatar, dont la chaîne de télévision Al-Jazeera, accusée d’être le porte-voix des islamistes dans le monde arabe.

Ils reprochent également à ce pays d’être trop conciliant vis-à-vis de l’Iran, le grand rival chiite de l’Arabie saoudite dans la région, et de soutenir les Frères musulmans et des organisations terroristes dans le monde arabe.

«Le Qatar est prêt à s’asseoir et négocier (avec les pays du Golfe) au sujet de la sécurité du Golfe. Mais personne n’a le droit de discuter de notre politique étrangère», a lancé M. Al-Thani. «Nous avons une politique étrangère indépendante, personne ne peut en discuter».

Il a qualifié de «complètement fausses» les accusations de soutien apporté au Hamas palestinien et aux Frères musulmans. «Le Qatar traite avec des gouvernements, pas avec des mouvements», a-t-il assuré.

Quant à Al-Jazeera, «c’est une affaire intérieure, personne n’a le droit d’en discuter», a-t-il déclaré.

Aucune perspective de solution ne semble donc encore en vue, en dépit d’une médiation du Koweït.

Face au blocus imposé au Qatar, l’Iran s’est empressé d’envoyer des tonnes de produits alimentaires. La Turquie, autre allié de Doha, a également offert son aide.

Depuis le début de la crise, les États-Unis, qui disposent au Qatar d’une base militaire de première importance dans la lutte contre le groupe djihadiste État islamique (EI), ont soufflé le chaud et le froid, mais vendredi le président Donald Trump a exhorté Doha à arrêter «immédiatement» de financer «le terrorisme».

Dimanche, le Maroc s’est dit «disposé à offrir ses bons offices» pour aider à un règlement.

Et dans une lettre au roi d’Arabie saoudite, le président guinéen Alpha Condé, qui exerce la présidence exécutive de l’Union africaine, a lui aussi fait part de son «entière disponibilité» pour une médiation en vue d’une «solution pacifique et rapide à cette crise inopportune».