Escalade de la violence en Arabie saoudite, Ottawa se penche de nouveau sur l’utilisation des blindés canadiens

0
Le véhicule tactique blindé Gurkha, de Terradyne (Terradyne)

Le gouvernement fédéral se penche sur des informations selon lesquelles l’Arabie Saoudite emploie des véhicules blindés fabriqués au Canada dans le cadre d’affrontements avec des dissidents, rapporte le quotidien torontois The Globe and Mail.

Le quotidien rapportait vendredi que, selon des experts ayant examiné des images de récents combats, l’Arabie saoudite se sert de véhicules blindés canadiens contre des militants de la minorité chiite.

Pour la première fois, des images vidéos et des photos ont fait surface sur les médias sociaux, montrant des véhicules de fabrication canadienne utilisés contre des civils saoudiens.

Les experts en équipement militaire consultés par le quotidien torontois ont identifié les véhicules en question comme étant des véhicules tactique blindé Gurkha, produits et commercialisés par Terradyne, de Newmarket, en Ontario, au nord de Toronto.

Dans une déclaration au quotidien, Affaires mondiales Canada a réaffirmé qu’Ottawa s’attend à ce que les utilisateurs d’exportations canadiennes respectent les conditions prévues dans les licences.

La réglementation canadienne sur les ventes de matériel à usage militaire prévoit des restrictions dans le cas de violations des droits de l’homme des citoyens du pays destinataire de ces matériels et prohibe leur utilisation contre des civils.

«Si l’on découvre que des exportations canadiennes ont été utilisées pour commettre de sérieuses violations des droits de la personne, la ministre [Chrystia Freeland] interviendra», a écrit Affaires mondiales Canada au journal, ajoutant que «l’utilisation finale et l’utilisateur final des exportations, de même que la stabilité régionale et les droits de la personne, sont des considérations essentielles dans l’autorisation de licences pour l’exportation de biens militaires du Canada.»

Interrogé sur l’affaire, le Premier ministre Justin Trudeau, lors d’un déplacement dans le centre du pays, a pour sa part déclaré samedi: « Nous prenons très au sérieux ces allégations (…) et nous allons faire un suivi immédiat », soulignant à son tour que que la ministre Freeland était saisie du dossier et « en train d’agir immédiatement pour voir ce qui se passe et ce qu’on peut faire ».

« Nous avons des contrats dans lesquels les gens s’engagent à respecter les lois canadiennes, les termes du contrat et les valeurs canadiennes et on s’attend à ce que ces contrats soient respectés », a déclaré le premier ministre.

L’an dernier, tout en reconnaissant que l’Arabie saoudite commet des violations des droits de la personne sur son propre territoire, ainsi qu’en ciblant des cibles civiles au Yémen, le ministre des Affaires étrangères d’alors, Stéphane Dion, avait donné le feu vert à un contrat de 15 milliards $ CAD de General Dynamics Land Systems d’exportation de blindés légers et de leur armement à l’Arabie saoudite conclu sous Stephen Harper.

Le ministre Dion, tout en reconnaissant les violations aux droits humains, avait fait valoir qu’«il n’y a aucune indication que de l’équipement d’origine canadienne, incluant les blindés légers, ait pu être utilisé dans des actions contraires aux lois humanitaires internationales».

Cette décision avait été contestée par le professeur de droit montréalais Daniel Turp et des étudiants de l’Université de Montréal devant la Cour fédérale du Canada, mais la Cour avait choisi finalement de ne pas s’immiscer dans cette décision qui appartenait selon elle au gouvernement canadien que la loi laissait libre de choisir ou non de donner le feu vert à ce contrat pourvu qu’un examen sérieux ait été fait préalablement.

La juge Danièle Tremblay-Lamer, de la Cour fédérale, avait rejeté la demande de contrôle judiciaire, signalant qu’elle n’a pas à «jeter un regard moral» sur la décision du ministre.

Le gouvernement libéral a tenu compte des «facteurs pertinents» en émettant les licences d’exportation des véhicules blindés légers (VBL) canadiens à l’Arabie saoudite et sa décision d’honorer le contrat était légale, avait tranché la Cour.

Quant aux véhicules tactiques blindés Ghurka de Terradyne, ils ne sont pas eux non plus de simples petits véhicules inoffensifs, mais sont équipés d’options telles que des tourelles et des systèmes d’armes à distance.

Tout cela alors que le Canada se montre de plus en plus « préoccupé par l’escalade de la violence dans l’est de l’Arabie saoudite, qui s’est soldée par des pertes civiles et au sein des forces de sécurité », déclarait hier encore par voie de communiqué Affaires mondiales Canada, lançant un appel au royaume de saoudien l’enjoignant au respect des droits de la personne.

« Nous reconnaissons que l’Arabie saoudite fait face à des défis en matière de sécurité, mais nous exhortons les autorités locales à collaborer avec toutes les collectivités afin de désamorcer les tensions. De telles difficultés doivent être résolues dans le respect du droit international en matière de droits de la personne ».

Le critique de l’opposition conservatrice en matière d’affaires étrangères, Peter Kent, a pour sa part déclaré vendredi qu’une enquête était nécessaire et a appelé les libéraux à mettre fin aux permis d’exportation s’il existe des «preuves tangibles» que les véhicules blindés armés canadiens sont utilisés contre la minorité chiite de l’Arabie saoudite.

Les commentaires sont fermés.