Combats féroces à Mossoul en Irak, 224 civils tués à Raqa en Syrie

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Les forces armées irakiennes poursuivent leur avancée dans le Vieux Mossoul, le 25 juin 2017. (AFP/MOHAMED EL-SHAHED)
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Les forces armées irakiennes poursuivent leur avancée dans le Vieux Mossoul. (Archives/AFP/MOHAMED EL-SHAHED)

Les forces irakiennes soutenues par les États-Unis s’acharnaient jeudi à défaire les derniers djihadistes retranchés dans la vieille ville de Mossoul, où jusqu’à 20.000 civils restent pris au piège des combats et sont en « grand danger ».

En Syrie voisine, des combattants arabes et kurdes syriens, également appuyés par Washington, faisaient face à une résistance acharnée des djihadistes du groupe État islamique (EI) à Raqa, leur principal fief dans le pays.

Plus de huit mois après le début de l’offensive pour reprendre Mossoul, la deuxième ville d’Irak, les autorités militaires et politiques du pays ont affirmé que la « victoire » était désormais très proche face à l’EI, en passe de subir son plus important revers depuis 2014.

Le groupe ultraradical responsable d’atrocités dans les zones sous son contrôle et d’attentats meurtriers à travers le monde avait conquis en juin 2014, à son apogée, la cité septentrionale et de vastes pans de territoire en Irak. Aujourd’hui, il ne contrôle plus qu’un petit réduit dans l’ouest de Mossoul et quelques zones ailleurs dans le pays.

Dans son dernier carré dans la vieille ville dévastée de Mossoul, l’EI continue d’opposer une résistance farouche en lançant notamment ses kamikazes, dont des femmes, contre les forces irakiennes.

Malgré la fuite de dizaines de milliers de civils, « il pourrait y avoir encore jusqu’à 15.000 civils, peut-être même 20.000, dans les dernières poches de la vieille ville », a déclaré jeudi à l’AFP Lise Grande, la coordinatrice humanitaire de l’ONU pour l’Irak.

– Destructions –

Les civils sont « en grand danger, ils sont pris dans les bombardements et les échanges de tirs. Les jihadistes les ciblent s’ils cherchent à partir », selon Mme Grande. « Et leurs conditions de vie sont terribles ».

En plus de huit mois, quelque 915.000 habitants ont fui Mossoul, dont environ 700.000 sont toujours déplacés, a-t-elle ajouté. Ce chiffre « dépasse notre pire scénario ».

Mme Grande a évoqué des destructions énormes dans l’ouest du dernier grand bastion urbain de l’EI en Irak. « Il y a 44 quartiers résidentiels, six ont été complètement détruits, 22 partiellement et 16 peu détruits ».

Les forces irakiennes sont désormais à environ 200 mètres du fleuve Tigre, contre lequel sont acculés les derniers jihadistes retranchés dans des pâtés de maisons. Elles se déplacent par de petits passages aux trous creusés dans les murs des maisons, ou les fenêtres.

« Nos ennemis utilisent des kamikazes à pied, surtout des femmes. Ils attendent également dans les maisons et se font exploser ou ouvrent le feu quand nous y entrons », a indiqué un commandant irakien à l’AFP.

Les civils en fuite sont fouillés pour s’assurer qu’aucun kamikaze ne s’est glissé parmi eux.

Soutenues par la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis, des dizaines de milliers de membres de l’armée, des unités d’élite et de la police fédérale ont lancé le 17 octobre 2016 la bataille de Mossoul. Ils ont reconquis en janvier l’est de la ville et pris d’assaut l’ouest en février.

Mardi, très confiant, le Premier ministre Haider al-Abadi avait félicité par avance les Irakiens « pour avoir réussi une victoire majeure à Mossoul ». Les commandants sur le terrain se disent près de la fin.

– 224 civils tués à Raqa –

Une reconquête de Mossoul constituerait la plus importante victoire de l’Irak face à l’EI depuis le début des contre-offensives militaires qui ont drastiquement réduit les territoires aux mains du groupe jihadiste.

De plus, Mossoul a une portée très symbolique pour l’EI, son très discret chef Abou Bakr al-Baghdadi y ayant fait son unique apparition en juillet 2014. La Russie a affirmé en juin avoir probablement tué Baghdadi dans une frappe en Syrie mais personne n’a confirmé sa mort.

Mais la guerre contre l’EI est loin d’être terminée, le groupe contrôlant encore des zones en Irak et en Syrie.

Sur le front syrien, des combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS), sous la couverture aérienne de la coalition internationale, tentaient de progresser dans la vieille ville de Raqa, dans l’est de la cité encore contrôlée à 70% par l’EI, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

« Les djihadistes font exploser des voitures pour repousser leurs adversaires », a précisé l’OSDH, en soulignant que les FDS avaient reçu un nouveau lot d’armements américains -véhicules blindés et armes.

Les civils continuent de payer le prix fort de cette bataille. Au moins 224 d’entre eux ont péri dans frappes de la coalition internationale depuis l’entrée le 6 juin des FDS à Raqa, selon l’ONG. Durant la même période, 311 djihadistes et 106 membres des FDS sont morts.

Profitant de la guerre en Syrie et de l’instabilité politique et sécuritaire en Irak, l’EI s’est emparé en 2014 de vastes territoires dans ces deux pays, faisant de Mossoul et Raqa les principaux fiefs de son « califat » aujourd’hui en lambeaux.