Corée du Nord : son nouveau missile balistique est une grosse avancée… qui était prévisible

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Photo diffusée par l’agence officielle nord-coréenne KCNA montant le leader nord-coréen Kim Jong-Un inspectant le missile Hwasong-14, testé mardi par Pyongyang. (KCNA VIA KNS/AFP/STR)

Le 4 juillet dernier, lors de la fête nationale des États-Unis, Kim Jong-un a ordonné le test d’un missile balistique intercontinental nord-coréen, le Hwasong-14, afin de se moquer des menaces du président américain Trump. Si ce test réussi vient de faire entrer le programme de missiles nord-coréen à un niveau supérieur, il était prévisible, voire attendu. L’impact réel de ce test nord-coréen est double. 

Les réactions internationales ne se sont pas faites attendre avec, notamment, les États-Unis et la Corée du Sud qui ont répliqué avec de nouveaux exercices militaires, alors que Russie et Chine, à l’occasion d’une rencontre bilatérale entre Xi Jinping et Vladimir Poutine à Moscou, ont dénoncé le test, tout en proposant un « double-moratoire » : la fin des programmes de missiles et nucléaire de la Corée du Nord, contre la fin des exercices militaires conjoints entre la Corée du Sud et les États-Unis.

L’impact réel de ce test nord-coréen est double. D’une part, il démontre que le programme opérationnel de missiles de la Corée du Nord continue de se raffiner, malgré les pressions internationales. Déjà capable de frapper tous ses adversaires en Asie, Pyongyang vient potentiellement de mettre l’Alaska à sa portée. Comme il s’agit ici du premier test du Hwasong-14, on peut facilement présumer des développements futurs (et rapides) où la Corée du Nord sera capable de mettre le territoire continental des États-Unis aussi à sa portée.

Le second impact concerne les États-Unis et leur crédibilité. Le président Trump, dont la crédibilité à « délivrer la marchandise » est déjà sérieusement entachée au niveau national, vient d’en prendre un coup aussi à l’international. Même si sa réputation internationale est peu enviable et que ses idées et politiques sont souvent à l’opposé de celles de ses alliés, même s’il est de plus en plus apparent qu’il n’a pas de stratégie au Moyen-Orient, le président Trump avait, jusqu’à maintenant, réussi à rester crédible d’un point de vue militaire. Mais ce test de missile survient dans les jours suivant plusieurs menaces et déclarations du président américain contre les programmes de missiles et nucléaire de la Corée du Nord (« patience is over »). Ce test est un véritable échec militaire pour Donald Trump.

Et cet échec est d’autant plus grand qu’il était prévisible. Autrement dit, le président Trump aurait très bien pu prévoir qu’il valait mieux ne pas faire de menaces creuses à Pyongyang, puisque le régime nord-coréen avait la capacité de répondre. Depuis le début de l’année, l’armée nord-coréenne a multiplié les tests et les tirs de missiles de différentes classes. En parallèle, les scientifiques nord-coréens ont fait plusieurs avancées sur les systèmes de missile (moteurs, système de guidage, bouclier thermique, etc.) De tir en tir, de test en test, le taux de succès des missiles nord-coréens va en augmentant, tout comme les capacités de ces missiles. L’augmentation des capacités étaient surtout visibles dans le cas des missiles à portée intermédiaire, laissant présager qu’un tir de missile intercontinental était dans les cartons.

Malgré la pensée populaire que la Corée du Nord est une nation figée dans l’ère soviétique, malgré l’état souvent bancal des forces armées nord-coréennes, son programme de missiles fonctionne à toute allure et va bientôt avoir la gamme complète de capacités possibles. En effet, la dernière capacité de missile principale, le nucléaire, est à portée de main de Pyongyang. Même s’il est très probable que les Nord-coréens n’aient pas encore réussi à créer une tête nucléaire, au moins un test nucléaire laisse présager que leur dispositif nucléaire ait été miniaturisé. Si on considère qu’en plus, la Marine nord-coréenne va bientôt posséder des sous-marins armés de missiles de portée intermédiaire, on comprend rapidement que le Royaume ermite risque d’avoir une capacité de frappe nucléaire redoutable.

Et dans ce contexte d’un programme de missiles au développement prévisible (et quasi exponentiel), le président Trump y est allé d’une nouvelle menace, disant qu’il a en tête des « choses vraiment sévères » (« pretty severe things ») pour punir le régime de Kim Jong-un. Cette menace est condamnée à échouer : davantage de sanctions économiques ne feront pas fléchir Pyongyang, il y a longtemps que la Russie n’a plus aucune influence dans ce dossier et la Chine est condamnée à endurer un régime relativement fort chez son voisin pour éviter une crise humanitaire majeure (voire une crise militaire tout aussi majeure) à sa porte. Il ne resterait que l’option militaire, mais celle-ci, peu importe comment on la regarde, serait « catastrophique », pour citer James Mattis.

Christian Picard est à la maîtrise en Science politique de l'Université Laval (Québec). Bilingue, il est un globe-trotter assumé, ayant été jusqu'en Corée du Nord! Ses intérêts incluent l'OTAN et l'actualité internationale.

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