Le fils aîné de Trump Donald Trump Jr. accusé d’avoir au moins «tenter» de se coordonner avec Moscou

Donald Trump Jr., le 19 juillet 2016 à Cleveland. (AFP/Archives / JIM WATSON)
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Donald Trump Jr., le 19 juillet 2016 à Cleveland. (AFP/Archives / JIM WATSON)

Le fils aîné du président américain Donald Trump a admis avoir rencontré l’an dernier une avocate qui lui avait été présentée comme une émissaire du gouvernement russe en possession d’informations potentiellement compromettantes sur Hillary Clinton.
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Mise à jour 14/07/2017

Un lobbyiste russo-américain a confirmé vendredi à des médias américains avoir participé à la rencontre de juin 2016 entre le fils aîné et le gendre de Donald Trump et une avocate russe qu’ils croyaient en possession d’informations compromettantes sur Hillary Clinton.

La présence au rendez-vous de cette personne, Rinat Akhmetshin, était jusqu’à vendredi inconnue.

M. Akhmetshin, dans un mail à l’AFP, a également nié être un ancien agent du contre-espionnage soviétique, comme l’ont rapporté certains médias, bien qu’il ait été soldat soviétique dans une unité de contre-espionnage.

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La révélation des circonstances de ce rendez-vous, qui a eu lieu en juin 2016 à New York, a renforcé les soupçons de ceux qui craignent que le premier cercle du président américain se soit coordonné avec la Russie, ou ait tenté de le faire, afin de battre la candidate démocrate à la Maison Blanche.

Ces accusations de collusion font l’objet d’enquêtes menées par le procureur spécial Robert Mueller et plusieurs commissions du Congrès. Le président les a toujours qualifiées de cabale.

Devançant leur divulgation imminente par le New York Times, Donald Trump Jr., 39 ans, a publié sur Twitter quatre pages de courriels échangés en juin 2016 avec un intermédiaire britannique nommé Rob Goldstone, un agent représentant le chanteur Emin Agalarov, qui connaît Donald Trump.

Son père, Aras Agalarov, un milliardaire russe ayant fait fortune dans l’immobilier, avait organisé le concours Miss Univers, détenu par l’Américain, en 2013 à Moscou, et il a eu un projet de construction de Trump Tower dans la capitale russe, finalement tombé à l’eau.

Dans un message du 3 juin 2016, M. Goldstone informe M. Trump Junior que le procureur général de Russie a proposé à Aras Agalarov de « donner à la campagne Trump des informations et documents officiels qui incrimineraient Hillary et ses transactions avec la Russie et qui seraient très utiles à votre père ».

« Ce sont évidemment des informations de très haut niveau et sensibles, mais qui font partie du soutien de la Russie et de son gouvernement pour M. Trump », écrit Rob Goldstone. « S’il s’agit bien de cela, j’adore (l’idée), surtout plus tard cet été », a répondu Donald Jr.

[toggle title= »LE FILS AÎNÉ DE TRUMP, UN BAGARREUR DANS LA TOURMENTE » load= »hide »]

Il tweete aussi férocement que son père et contre-attaque dès qu’on le prend pour cible: Donald Trump Junior, fils aîné du président américain, semble décidé à rendre coup pour coup alors qu’il se retrouve pour la première fois au cœur de l’affaire russe.

À  mesure que les révélations devenaient de plus en plus embarrassantes pour lui ces dernières heures, Donald Jr., 39 ans, n’a pas hésité à réagir avec sarcasme et mépris, là où d’autres se seraient prudemment rangés derrière des déclarations aux termes soigneusement choisis par leurs avocats.

Que lui reproche-t-on précisément à lui qui, contrairement à sa soeur Ivanka, n’a pas suivi son père à Washington mais gère à New York avec son jeune frère Eric l’empire immobilier de la Trump Organization?

Il a accepté, en pleine campagne présidentielle, de rencontrer le 9 juin 2016 l’avocate russe Natalia Veselnitskaya. Très impliqué dans la campagne de son père, il a revu plusieurs fois depuis dimanche sa version de cette entrevue à la Trump Tower.

Il affirmait encore lundi ne pas savoir qui était cette avocate et avoir accepté de la rencontrer car « une connaissance » lui avait dit qu’elle pourrait avoir des informations compromettantes sur la candidate démocrate Hillary Clinton.

« Évidemment, je suis la première personne d’une équipe de campagne à avoir jamais participé à une réunion pour écouter des infos concernant un opposant », a-t-il ironisé lundi, avant de retweeter un article intitulé « l’exposé du New York Times est à bailler aux corneilles ».

Le New York Times a affirmé ensuite qu’il avait reçu un mail le prévenant que l’avocate tenait ses informations du Kremlin, ce qui n’a toujours pas semblé le désarçonner.

« Les médias et les démocrates sont à fond dans cette histoire russe. Si cette rencontre idiote est tout ce qu’ils ont trouvé après un an, je comprends leur désespoir! »

Mardi, face à la pression, il a fini par tweeter lui-même ses échanges d’emails concernant cette rencontre. Il y répond « J’adore » lorsque son ami et entremetteur Rob Goldstone lui explique que l’avocate a potentiellement des informations embarrassantes pour Mme Clinton venant du gouvernement russe.

– ‘Mon père ne savait rien’ –

Cet amateur de chasse, qui a assisté son père dans de multiples projets, depuis l’émission télévisée « The Apprentice » jusqu’à l’organisation d’un concours de beauté à Moscou en 2013, compte désormais sur son avocat, le New-Yorkais Alan Futerfas, pour l’aider face aux enquêtes du Congrès et du FBI sur l’ingérence de Moscou dans l’élection présidentielle américaine, qui devraient s’intéresser désormais de près à ses agissements.

Ce père de cinq enfants, marié lui aussi à une ex-mannequin, risque également de devenir la cible des humoristes vedettes de la télévision américaine, comme ce fut le cas dès lundi soir dans les émissions de Stephen Colbert ou Trevor Noah, deux animateurs résolument anti-Trump.

Pourtant, pour les partisans du président américain comme Ronald Kessler, un ancien journaliste du Washington Post aujourd’hui proche des Trump, cette affaire montre surtout que Donald Trump Jr. était encore novice en politique à l’époque.

« Donner son accord pour cette rencontre alors qu’il ne savait même pas qui était cette femme n’était évidemment pas une bonne idée, c’était de l’amateurisme mais cela n’en fait pas un crime », a estimé M. Kessler. Quant au style abrasif de Donald Trump Jr., « ceux qui pensent que toutes ces histoires sont des absurdités l’admirent pour cela », a-t-il ajouté.

Car ce n’est pas la première fois que Donald Trump Jr. démontre son goût du rentre-dedans. Comme il le confiait en mars au New York Times, « je ne suis pas quelqu’un qui prend des pincettes (…) je dis les choses comme elles sont. »

Pendant la campagne présidentielle, il avait impressionné par son discours musclé lors de la convention républicaine de Cleveland en juillet 2016, mais aussi provoqué un tollé après un tweet comparant des bonbons empoisonnés à l’accueil des réfugiés syriens: « Si j’avais un bol de Skittles et je vous disais que trois d’entre eux allaient vous tuer, est-ce que vous en prendriez? C’est notre problème de réfugiés syriens », écrivait-il alors.

Début juin, lors de l’audition au Congrès de l’ancien directeur du FBI James Comey potentiellement très sensible pour son père, Donald Jr. était monté au créneau avec de nombreux tweets, fustigeant les médias et soulignant tout ce qui pouvait exonérer son géniteur.

Une chose semble sûre: quelle que soit l’évolution de cette nouvelle tempête, la famille Trump va se serrer les coudes.

« Mon père ne savait rien » de cette rencontre, s’est empressé de souligner Donald Jr. dès les premières révélations. Et son père l’a défendu mardi dans un communiqué: « Mon fils est une personne de grande qualité et j’applaudis sa transparence ».[/toggle]

– Rendez-vous à Trump Tower –

L’héritier, vice-président du groupe familial et conseiller actif de son père, ne perd pas de temps.

Il organise un rendez-vous à la Trump Tower le 9 juin 2016 avec une avocate russe venue de Moscou et présentée par M. Goldstone comme « avocate du gouvernement russe », Natalia Veselnitskaya. La rencontre a lieu dans ses bureaux, en compagnie du gendre de l’actuel président, Jared Kushner, et de son directeur de campagne, Paul Manafort – soulignant l’importance accordée à l’entrevue.

« La femme, comme elle l’a dit publiquement, n’était pas une responsable gouvernementale », a déclaré Donald Jr. dans un communiqué, ajoutant pour sa défense qu’elle n’avait finalement « pas d’information à donner ».

Avant les révélations, il n’avait pas parlé à son père de la rencontre, car « il n’y avait rien à rapporter », a-t-il dit mardi soir dans une interview sur Fox News. Il a cependant semblé reconnaître que cette rencontre fut un faux-pas: « Avec le recul, j’aurais probablement agi de façon différente ».

Son père est venu à sa rescousse dans un tweet mercredi matin pour le féliciter de sa « bonne prestation » sur Fox: « il a été ouvert, transparent et innocent. Il s’agit de la plus grande chasse aux sorcières de notre histoire politique. Triste ».

L’avocat du président, Jay Sekulov, a souligné dans une interview à CNN que son client n’avait eu connaissance de la rencontre de son fils avec l’avocate russe que « très récemment » et ne savait rien des courriels échangés. « Le président n’a jamais vu un courriel (…) jusqu’à aujourd’hui. Je tiens à ce que cela soit clair ».

De son côté, Natalia Veselnitskaya a nié être liée au gouvernement russe et déclaré, dans une interview à NBC, qu’elle n’avait pas les informations recherchées par le trio. « Ils les voulaient vraiment », a-t-elle dit. Le Kremlin a pour sa part démenti la connaître.

[toggle title= »TRUMP: LES PRINCIPAUX PERSONNAGES DE L’AFFAIRE RUSSE » load= »hide »]

La révélation d’une rencontre en juin 2016 entre le fils aîné de Donald Trump et une avocate russe disant avoir des informations compromettantes sur Hillary Clinton a fait repartir, au plus haut niveau, les accusations de connivence avec la Russie.

Donlad Trump Jr. a par ailleurs publié mardi sur Twitter une série d’emails montrant qu’il avait accepté de recevoir l’aide du pouvoir russe pour nuire à la candidate démocrate à l’élection présidentielle face à son père.

La question d’une éventuelle collusion de l’équipe de campagne de Donald Trump avec la Russie fait l’objet de plusieurs enquêtes aux Etats-Unis, notamment du FBI qui est menée par le procureur indépendant, Robert Mueller.

Voici les principales personnes impliquées dans le dossier de l’affaire russe.

– Donald Trump –

Jusqu’à présent, aucun élément ne lie directement le président américain à l’ingérence russe. Mais les agissements de ses plus proches collaborateurs et sa réticence à reconnaître et à condamner fermement les interférences de la Russie dans l’élection alimentent un soupçon permanent.

Il est par ailleurs soupçonné d’avoir tenté d’entraver l’enquête du FBI en limogeant James Comey, directeur de la police fédérale, en mai et en demandant aux chefs des services de renseignement et à des membres du Congrès d’intervenir publiquement pour le blanchir.

– Michael Flynn –

L’ancien conseiller de Donald Trump à la Sécurité nationale –contraint de démissionner en février– et ancien chef du renseignement militaire américain a accepté des rémunérations de sociétés russes avant la campagne électorale. Il a également communiqué à plusieurs reprises avec l’ambassadeur russe à Washington, Sergueï Kisliak avant et après l’élection. M. Flynn pourrait être poursuivi pour parjure s’il est prouvé qu’il a délibérément menti aux enquêteurs sur ces contacts.

Il est aussi soupçonné d’avoir évoqué avec M. Kisliak un possible allègement des sanctions américaines contre la Russie.

– Donald Trump Jr. –

En juin 2016, le fils aîné de Donald Trump a rencontré Natalia Veselnitskaya, une avocate russe liée au Kremlin, avec le président de la campagne Trump, Paul Manafort, et le beau-fils du président, Jared Kushner.

Cette rencontre a été initiée par un échange d’emails publié mardi entre Donald Trump Jr. et l’intermédiaire Rob Goldstone, qui affirmait qu’un procureur russe voulait « donner à la campagne Trump des informations et documents officiels qui incrimineraient Hillary et ses transactions avec la Russie » et qui seraient « très utiles » à Donald Trump.

Le fils de Donald Trump continue d’affirmer que lors de la rencontre, Natalia Veselnitskaya n’avait « aucune information significative » sur Mme Clinton et voulait plutôt parler des sanctions américaines contre la Russie et d’adoption internationale.

– Paul Manafort –

Paul Manafort a dirigé la campagne de Donald Trump avant d’être poussé à la démission en août 2016, à la suite de révélations selon lesquelles il faisait l’objet d’une enquête pour avoir reçu plusieurs millions de dollars de l’ex-président ukrainien pro-russe, Viktor Ianoukovitch.

Il menait par ailleurs des activités de conseil auprès d’oligarques milliardaires liés à Moscou. Il a participé à la réunion de Donald Trump Jr. avec l’avocate russe.

– Roger Stone –

Le sulfureux conseiller politique du président Richard Nixon, aux méthodes controversées, a ouvertement reconnu avoir fait tout son possible pour faire élire Donald Trump.

Pendant la campagne, il a communiqué avec le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange et avec le pirate informatique « Guccifer 2 », qui ont publié des emails volés à Hillary Clinton et à son équipe de campagne. Les services de renseignement américains estiment que « Guccifer 2 » est lié aux services secrets russes et pensent que WikiLeaks a été utilisé, peut-être sans le savoir, par la Russie pour faire fuiter des documents susceptibles de nuire à la campagne des démocrates.

– Jared Kushner –

Le mari d’Ivanka Trump, la fille aînée du président, a participé à la réunion avec l’avocate russe Natalia Veselnitskaya.

Jared Kushner était également présent lors d’une rencontre entre MM. Flynn et Kisliak en décembre 2016. Selon le Washington Post, M. Kushner aurait alors proposé d’établir un canal secret de communication avec le Kremlin en utilisant les équipements de l’ambassade russe à Washington.

Quelques jours plus tard, M. Kushner rencontrait également Sergueï Gorkov, président de la banque publique russe Vnesheconombank et ancien membre des services secrets russes. La banque fait l’objet de sanctions par Washington depuis 2014 en raison du conflit en Ukraine. La teneur de cet entretien n’est pas connue.[/toggle]

– Trump Jr. s’expliquera au Congrès –

Mais pour les démocrates du Congrès, c’est le principe même d’avoir accepté une offre de renseignements présentés comme émanant du pouvoir russe qui est problématique, quelle qu’ait été la réalité des informations évoquées ou des liens de l’avocate avec le pouvoir russe.

« Quand quelqu’un reçoit un message disant que le gouvernement russe veut aider à faire élire son père, et qu’une avocate du gouvernement russe arrive de Moscou pour le voir, toute personne normale tirerait le signal d’alarme et appellerait les forces de l’ordre », a déclaré le sénateur démocrate Tim Kaine, ancien colistier d’Hillary Clinton.

L’attitude de Donald Jr. ajoute aux soupçons, l’homme ayant initialement expliqué que le rendez-vous avait pour sujet la suspension des adoptions d’enfants russes par des familles américaines.

Il est acquis que Donald Trump Jr. sera appelé à s’expliquer devant les parlementaires, sous un format et un calendrier qui restent à définir.

La rencontre a eu lieu à une époque où le grand public ignorait encore que le parti démocrate avait été piraté, les messages internes dérobés ne seront diffusés que plusieurs semaines plus tard. L’administration Obama attendra octobre avant de publiquement accuser la Russie de piratages.

[toggle title= »DONALD TRUMP JR A-T-IL VIOLÉ LA LOI AMÉRICAINE ? PAS SI SIMPLE ! » load= »hide »]

Le fils aîné de Donald Trump a-t-il violé la loi, en rencontrant le 9 juin 2016 une avocate russe dont il espérait qu’elle ait des informations compromettantes sur Hillary Clinton ?

Pourrait-il être accusé de trahison ? Voici quelques éléments de réponses, sur la base des révélations des dernières heures sur cette rencontre.

– Quelle loi pourrait avoir été violée ?

Les révélations n’ont cessé depuis dimanche, mais le plus incriminant, selon plusieurs experts en droit interrogés par l’AFP, provient d’échanges d’emails que le fils du président américain a publiés lui-même sur Twitter mardi: il y apparaît qu’il a accepté ce rendez-vous avec enthousiasme – « j’adore » – en sachant pertinemment que la rencontre promettait de lui apporter des « informations incriminantes pour Hillary et ses contacts avec la Russie ». « Des informations de très haut niveau » qui font partie du « soutien du gouvernement russe pour M. Trump ».

Or, explique Brandon Garrett, professeur de droit à l’Université de Virginie, la loi électorale fédérale interdit, depuis le Watergate, à tout étranger de contribuer, ou de promettre de contribuer, directement ou indirectement à une élection américaine. Et ce qu’il s’agisse d’une contribution avec de l’argent ou avec « toute autre chose de valeur », y compris potentiellement des informations, dit-il.

L’autre difficulté pour Donald Trump Jr est qu’à ce texte, au champ d’application très large, s’ajoute la notion de « conspiration » – se mettre d’accord à deux ou plus pour commettre un crime – qui est également « extrêmement large et puissante » dans le droit fédéral américain. « Il n’y a pas besoin d’avoir commis un crime, avoir essayé suffit », explique M. Garrett.

En ce sens, même si Donald Trump Jr a assuré que l’avocate russe n’avait finalement aucune information intéressante à fournir, « cela ne saurait constituer une défense ». Le seul fait d’être allé au rendez-vous pour voir si elle avait quelque chose à transmettre pourrait suffire à établir que l’intention y était.

Mais pour Daniel Tokaji, expert en droit électoral à l’Université de l’Etat de l’Ohio, interpréter l’obtention ou la tentative d’obtenir des informations sur un candidat rival comme une « contribution » de campagne a « des implications troublantes ».

« Il y a de vrais problèmes de liberté d’expression là-dedans », dit-il. On pourrait aussi alors poursuivre l’équipe d’Hillary Clinton s’ils avaient cherché à interviewer des étrangers pour savoir si Donald Trump employait des immigrés illégaux dans ses entreprises, fait-il valoir.

Susan Klein, professeure en droit à l’Université du Texas et fervente démocrate, ne croit pas non plus que le fils du président puisse être poursuivi « pour avoir simplement parlé avec des gens ». Sauf « peut-être s’il y avait eu paiement » estime-t-elle. A ce stade, aucune information n’est venue suggérer un tel scénario.

– Qui décide d’éventuelles poursuites ?

Si c’est la loi électorale qui est en cause, alors ce serait logiquement à la Commission électorale fédérale américaine d’ouvrir une enquête, selon M. Tokaji. Mais ses membres « se partagent à égalité » entre républicains et démocrates, donc « il est improbable qu’ils prennent des mesures ».

Théoriquement, le procureur fédéral de Manhattan, où la rencontre a eu lieu, pourrait aussi décider d’enquêter.

Mais le plus probable est que le procureur spécial chargé de l’enquête sur les liens supposés de l’équipe Trump avec la Russie, l’ex-directeur du FBI Robert Mueller, décide de regarder s’il y a matière à poursuivre au pénal, juge Daniel Tokaji.

Même si la loi fédérale électorale n’a pas été violée, « cela vaut une enquête », estime-t-il, car « il est troublant que quelqu’un agissant au nom d’une puissance étrangère collabore avec des gens à la tête » d’une équipe de campagne.

– Peut-il y avoir ‘trahison’ ?

Certains élus démocrates allaient mardi jusqu’à brandir le mot de « trahison », mais les avocats interrogés par l’AFP n’y croyaient pas.

« Le simple fait d’avoir un contact avec un agent étranger, même un pays +adversaire+ comme la Russie – nous ne sommes pas en guerre – ne suffit pas à en faire de l’espionnage ou de la trahison. Pour entrer dans le champ de la trahison, il faut prouver que la personne avait l’intention de nuire à son pays », a notamment expliqué Joshua Dressler, professeur à l’université d’État de l’Ohio.

« Ce serait un argument très extrême », a-t-il ajouté. « Ce sera probablement moins extrême que ça ».[/toggle]

[toggle title= »TRUMP SE PORTE À LA DÉFENSE DE SON FILS » load= »hide »]

Le président américain Donald Trump a défendu mercredi matin son fils aîné, affirmant qu’il était « innocent » tandis que la publication d’un échange d’emails alimentait encore davantage les soupçons concernant le rôle de Moscou dans l’élection présidentielle de 2016.

Donald Trump Jr, 39 ans, a rendu publics lui-même mardi des courriels montrant qu’il était au courant des efforts de la Russie pour aider la campagne de son père, admettant dans l’un d’eux qu’il « adorerait » obtenir des informations compromettantes de Moscou sur la rivale démocrate Hillary Clinton.

« Mon fils Donald a fait du bon travail hier soir », a tweeté le président tôt mercredi, faisant référence à l’entretien de son fils mardi soir sur Fox News.

« Il a été ouvert, transparent et innocent », a-t-il estimé. « C’est la plus grande chasse aux sorcières de l’histoire politique. Triste! », a estimé le président, répétant une accusation qu’il a déjà émise à plusieurs reprises concernant l’affaire russe.

D’après les emails, Donald Jr. a été informé par un intermédiaire britannique qu’il pourrait obtenir « des informations de très haut niveau et sensibles » dans le cadre « du soutien de la Russie et de son gouvernement pour M. Trump ».

Il a expliqué sur Fox que sa rencontre avec une femme identifiée dans les courriels comme une « avocate du gouvernement russe » n’avait mené à rien, assurant ne pas avoir évoqué cette discussion avec son père car elle n’avait pas fourni d’informations compromettantes concernant Mme Clinton.

Il s’est rendu à cette rencontre en juin 2016 avec Paul Manafort, directeur de la campagne Trump, et Jared Kushner, gendre de Donald Trump devenu l’un de ses plus proches conseillers à la Maison Blanche.

Par ailleurs, le président s’est en de nouveau pris aux médias mercredi.

« Souvenez-vous, quand vous entendez +ont indiqué des sources+ dans les Faux médias, souvent ces sources sont inventées et n’existent pas », a-t-il tweeté, sans qu’il apparaisse clairement s’il faisait référence à un article en particulier, puisque les informations de presse concernant la rencontre de son fils avec l’avocate russe ont été confirmées par les intéressés.

Plusieurs enquêtes sont en cours aux États-Unis, de la part de la police fédérale (FBI) et de commissions du Congrès, concernant l’ingérence de la Russie dans le processus électoral l’an dernier et notamment au sujet d’une possible collusion entre le premier cercle du président américain et le pouvoir russe.[/toggle]