Le gendre de Trump a rencontré des Russes quatre fois mais dément toute collusion

Le président américain Donald Trump et Jared Kushner (c), son gendre et proche conseiller, le 24 mai 2017 lors d'une réunion à Rome. (AFP/Archives/MANDEL NGAN)
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Le président américain Donald Trump et Jared Kushner (c), son gendre et proche conseiller, le 24 mai 2017 lors d’une réunion à Rome. (AFP/Archives/MANDEL NGAN)

Jared Kushner, gendre et proche conseiller du président américain Donald Trump, a reconnu lundi avoir rencontré des Russes à quatre reprises pendant la campagne électorale, mais démenti toute collusion ayant visé à faire gagner son beau-père.

«Je n’ai pas commis de collusions et je ne connais personne d’autre dans l’équipe de campagne qui ait commis des collusions avec quelque gouvernement étranger que ce soit», écrit Jared Kushner dans une note liminaire de 11 pages qu’il devait lire devant une commission du Sénat dans la matinée de lundi.

«L’affaire russe» plombe la présidence de Donald Trump depuis son arrivée à la Maison-Blanche, en raison des soupçons de collusion de son équipe, dont de nombreux membres influents ont omis de rapporter leurs contacts avec des responsables russes.

L’ambiguïté du président lui-même sur ce dossier fragilise la défense de ses collaborateurs.

Dimanche encore, son nouveau directeur de la communication Anthony Scaramucci a indiqué que le président n’était toujours pas convaincu de l’ingérence de Moscou dans l’élection présidentielle, pourtant avérée par les services de renseignement américains.

M. Trump avait également fait grand cas des démentis répétés du président russe Vladimir Poutine, après leurs rencontres au G20 de Hambourg en juillet.

Dans sa note, publiée par plusieurs médias quelques heures avant son audition à huis clos devant la commission du Renseignement du Sénat, M. Kushner décrit ses contacts avec l’ambassadeur de Russie à Washington Sergueï Kislyak et d’autres responsables russes comme ayant fait partie de ses tâches normales quand il s’occupait des relations avec les gouvernements étrangers au sein de l’équipe de campagne de M. Trump.

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Jared Kushner, gendre de Donald Trump et l’un de ses plus proches conseillers, a livré lundi sa version de ses échanges avec des Russes pendant la campagne et après l’élection, plaidant sa bonne foi dans la conduite normale d’une campagne électorale.

Voici les principaux éléments de sa déclaration écrite au Congrès.

– Monde des affaires

« Mon savoir-faire vient du monde des affaires, pas de la politique ».

Le gendre du président souligne son ignorance de la chose politique ou diplomatique avant de prendre un rôle – de plus en plus important – dans la campagne de son beau-père. Outre son rôle d’interlocuteur principal pour les gouvernements étrangers, il indique qu’il s’occupait aussi des finances, de la planification, de la communication, de la rédaction des discours, des sondages et des équipes en charge des bases de données et du numérique.

– L’ambassadeur de Russie à Washington

Jared Kushner affirme avoir rencontré l’ambassadeur de Russie aux États-Unis Sergueï Kisliak à deux reprises.

Très brièvement, pendant la campagne, en présence de trois autres ambassadeurs lors d’un discours de Donald Trump dans la capitale. Il affirme n’avoir que peu échangé – « moins d’une minute » – avec chacun d’eux.

La seconde rencontre – « vingt à trente minutes » – s’est tenue à la demande de M. Kisliak au QG de transition le 1er décembre 2016 en présence de Michael Flynn, devenu conseiller à la sécurité nationale avant sa démission fracassante pour avoir menti sur ses relations avec les Russes pendant la campagne.

« Comme je l’ai fait dans de nombreuses réunions, avec des responsables étrangers, j’ai fait part de notre désir de donner un nouveau départ à nos relations ». M. Kushner souligne avoir demandé quel serait le meilleur intermédiaire avec la Russie et pour lui « le fait que je pose la question sur la meilleure façon de démarrer un dialogue après l’élection devrait être interprété comme une solide preuve que je n’étais au courant d’aucune relation avant » le 8 novembre.

C’est au cours de cette conversation que M. Kushner a demandé si M. Kisliak disposait dans son ambassade « d’un moyen de communication » permettant à Michael Flynn de recevoir des informations de généraux russes sur la Syrie.

Il dément formellement – comme la presse s’en était fait l’écho – avoir « suggéré de trouver +un moyen de communication secret+ » ou d’avoir suggéré d' »utiliser l’ambassade (de Russie) ou tout autre site russe pour autre chose que cette seule conversation » sur la Syrie.

M. Kushner dément aussi l’existence de deux coups de téléphone à l’ambassadeur russe rapportés par la presse mais dont il affirme n’avoir retrouvé aucune trace après des recherches détaillées.

– Banquier proche de Poutine –

C’est à la demande insistante de M. Kisliak que Jared Kushner affirme avoir rencontré – « 25 à 30 minutes » – Sergueï Gorkov, un banquier proche de M. Poutine, le 13 décembre 2016.

Après avoir parlé de sa banque publique de développement russe, M. Gorkov a évoqué « sa relation amicale avec Vladimir Poutine et sa déception quant à l’état des relation russo-américaines sous le président Obama », raconte M. Kushner, qui dit avoir répété sa position déjà évoquée devant l’ambassadeur. Les deux hommes n’ont pas parlé des sanctions américaines, ni des affaires de M. Kushner, selon lui.

– Avocate russe –

M. Kushner revient également sur une rencontre avec une avocate russe, dont la révélation dans la presse a fait grand bruit. Le fils aîné du président Donald Jr. avait accepté de la recevoir car il la croyait capable de fournir des détails compromettants du gouvernement russe sur Hillary Clinton.

M. Kushner souligne qu’il n’est allé à cette réunion qu’à la demande de Donald Jr. sans avoir lu tous les courriels depuis publiés par son beau-frère.

« Je suis arrivé un peu en retard, et la personne – depuis identifiée comme une avocate russe – parlait de l’interdiction d’adopter des enfants russes aux Etats-Unis ». Il dit avoir vite estimé perdre son temps et demandé à son assistant de l’appeler pour s’extirper de la réunion.

– Transparence –

Jared Kushner explique que ses déclarations officielles pour l’obtention de son habilitation de sécurité ne mentionnaient aucune de ces rencontres parce qu’ils ont été remis prématurément par inadvertance. Ils ont été mis à jour ensuite.

« Depuis 6 mois j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour fournir au FBI toute information nécessaire pour enquêter sur mon passé », affirme t-il.[/toggle]

«Pas de contacts inappropriés»

«Je n’ai pas eu de contacts inappropriés. Je ne dépendais pas de fonds russes pour financer mes affaires dans le secteur privé», doit déclarer M. Kushner.

Jared Kushner – qui est le mari d’Ivanka Trump, la fille préférée du président et elle aussi une proche conseillère de son père – doit également témoigner mardi devant une commission de la Chambre des représentants.

Depuis mai, une équipe d’enquêteurs indépendants dirigée par le procureur spécial et ancien directeur du FBI Robert Mueller tente de déterminer s’il existe des liens entre l’ingérence présumée de la Russie dans les élections américaines de 2016 et d’anciens responsables de la campagne de Donald Trump, les membres de sa famille et peut-être le président lui-même.

Le Sénat et la Chambre des représentants mènent des enquêtes séparées sur ce sujet.

Quant au fils Donald Jr. et à Paul Manafort, ancien directeur de campagne, ils sont actuellement en négociation avec la commission de la Justice du Sénat pour donner leurs versions des faits aux élus.

Tous deux négocient pour fournir à la commission tout document relatif à leurs interactions avec la Russie, et pour fixer les paramètres de leur témoignage devant la commission, dans un premier temps en privé, avant une éventuelle audition publique, ont indiqué les deux responsables de la commission, le républicain Chuck Grassley et la démocrate Dianne Feinstein.

Une audition sur la Russie aura lieu mercredi dans cette commission, mais la participation des deux hommes, invités, n’a pas été confirmée, la commission se réservant le droit de lancer des assignations en justice pour les contraindre à témoigner.