Le référendum au Kurdistan irakien, tactique de négociation ou volonté d’aller jusqu’au bout

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Des milliers de combattants kurdes irakiens, jeunes et vieux, se sont engagés dans la bataille de Mossoul. (Rudaw)

Un haut responsable kurde irakien a affirmé que le référendum sur l’indépendance que les autorités kurdes d’Irak veulent organiser en septembre prochain est une tactique de négociation pour faire pression sur le gouvernement de Bagdad.

Le représentant à Téhéran du gouvernement régional du Kurdistan irakien, Nazem Dabbagh, a également déclaré à l’AFP qu’il craignait que les forces irakiennes attaquent les positions kurdes après la défaite du groupe État islamique (EI) à Mossoul.

« Nous faisons cela (le référendum sur l’indépendance annoncé pour le 25 septembre prochain) pour régler nos problèmes avec l’Irak. Nous n’avons pas l’intention de nous en séparer », a-t-il ajouté dans un entretien à Téhéran.

« Nous n’avons pas le sentiment que l’Irak nous accepte. Pour cette raison, nous cherchons à utiliser toutes les opportunités (…) pour obtenir nos droits. S’ils (les Irakiens) ne veulent pas régler nos problèmes, notre peuple est prêt au sacrifice », a-t-il dit.

M. Dabbagh a accusé Bagdad d’avoir failli à ses promesses contenues dans la Constitution de 2005, notamment le règlement du statut de Kirkouk, une ville multiethnique située en bordure de la région autonome du Kurdistan d’Irak.

Il a aussi reproché à Bagdad de n’avoir pas ratifié les lois sur le partage des revenus pétroliers pour financer les forcer de sécurité du Kurdistan d’Irak (les peshmergas).

« Je crois que la mentalité des Baassiste existe toujours au sein des dirigeants irakiens », a ajouté M. Dabbagh, en référence à l’ancien parti Baas au pouvoir en Irak jusqu’à la chute en 2003 de Saddam Hussein.

« Ils n’acceptent pas les autres. Ils utilisent toujours les moyens militaires pour régler les problèmes », a-t-il expliqué.

Interrogé sur ses craintes de voir l’armée irakienne et les milices chiites attaquer la région du Kurdistan d’Irak, il a répondu : « À cent pour cent. C’est mon sentiment ».

Les cinq millions de Kurdes irakiens sont conscients des difficultés, la région du Kurdistan d’Irak étant entourée de pays (Iran, Turquie, Irak et Syrie) opposés à toute forme de scission.

« Nous sommes encerclés géographiquement par l’Irak, l’Iran, la Turquie et la Syrie. S’ils le veulent, ces pays peuvent nous étrangler, mais ceux qui sont engagés dans la lutte ne craignent pas cela », a dit M. Dabbagh.

L’Iran chiite, avec une population de 80 millions d’habitants qui compte environ six millions de Kurdes, a tissé des relations étroites avec l’Irak, à majorité chiite, et s’oppose à toute forme de référendum. C’est aussi la position de la Turquie voisine.

« Tout État kurde sera mort-né. J’espère que les frères kurdes seront assez sages et ne vont pas choisir ce chemin dangereux », a déclaré de son côté samedi l’ambassadeur d’Irak à Téhéran Rageh Saber Abboud Al-Musawi à l’agence Mehr.

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