Les militaires actifs ont un meilleur accès aux soins de santé mentale que la population canadienne, insiste Ottawa

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Le médecin général a dévoilé les conclusions du rapport de 2016 du Comité d’experts en santé mentale sur la prévention du suicide dans les Forces armées canadiennes qui conclut que les Forces armées canadiennes disposent d’un solide programme de prévention du suicide, et que les militaires actifs ont un meilleur accès aux soins de santé mentale que la population canadienne.

Ce qui, plusieurs en conviennent, n’est pas un luxe en raison de l’impact parfois très marqué de la réalité militaire dans la vie personnelle et familiale des membres des Forces armées.

Le médecin général avait convoqué le Comité d’experts des Forces armées sur la prévention du suicide du 23 au 26 octobre 2016. Durant ces trois jours, des experts des Forces et étrangers ont examiné et évalué les activités menées par celles-ci en matière de prévention du suicide.

Ce n’est pas la première fois que les Forces armées font état de l’accessibilité des soins qui n’a pas son équivalent dans la société civile.

En outre, confrontées au problème de trouble de stress opérationnel et, parfois, aux suicides de leurs membres, les Forces armées canadiennes et les médecins militaires sont devenues par la force des choses un peu des experts en prévention du suicide. L’obstacle majeure restant toutefois les tabous en santé mentale, surtout dans le milieu encore trop souvent machiste des Forces armées.

Mais cela aussi est en voie de changer.

Lors d’une entrevue à 45eNord.ca, Marc-André Dufour, psychologue du Programme de soutien de Valcartier et intervenant de l’année en prévention du suicide, disait observer une évolution des mentalités, autant dans les Forces armées que dans la population générale.

La grande différence selon le psychologue entre la société civile et les Forces armées étant plutôt que ces dernières constituant une micro-société extrêmement bien organisée, les efforts pour changer les mentalités et pour prévenir le suicide peuvent très probablement s’y répercuter davantage et plus rapidement.

C’est ainsi que le Comité a formulé 11 recommandations, qui ont toutes été accueillies favorablement par les Forces canadiennes. Parmi ces recommandations, on note celle qui porte sur la nécessité de créer un nouveau poste: coordonnateur de l’amélioration de la qualité de la prévention du suicide des Forces armées canadiennes, mais les autres sont tout aussi importantes.

Les recommandations du comité visant à optimiser la manière d’aborder la prévention du suicide de manière à compléter et à améliorer les programmes et services déjà en place:

  • Créer le poste de coordonnateur de l’amélioration de la qualité en prévention du suicide des Forces armées canadiennes;
  • Mener une analyse systématique des cas de suicide chez les militaires des FAC au cours des sept dernières années;
  • Accroître l’évaluation des risques et la formation en planification de la sécurité pour les intervenants en soins primaire et les spécialistes en santé mentale;
  • Mener une évaluation des besoins en interventions psychosociales liées au suicide chez ceux qui ont des antécédents autodestructeurs;
  • Envisager l’instauration d’un protocole d’appels de suivi après une crise liée à la santé mentale;
  • Examiner les pratiques exemplaires pour dépister les troubles de santé mentale et les comportements suicidaires lors du recrutement, ainsi qu’avant et après le déploiement;
  • Créer un groupe de travail pour élaborer des stratégies optimales de prévention du suicide et de soutien au bien-être expressément conçus pour les militaires et vétérans des FAC qui font la transition vers la vie civile;
  • Offrir un traitement intégré des dépendances et troubles de santé mentale plutôt que de traiter chaque problème séparément;
  • Envisager l’adoption de nouvelles méthodes d’intervention psychologique et pharmacologique (internet, téléphone, salle de classe) pour améliorer l’accessibilité aux soins pour les militaires des FAC;
  • Faire participer les patients et les familles au traitement et à la planification des programmes; et
  • Encourager les journalistes, reporters et rédacteurs en chef ou directeurs de l’information à publier ou diffuser les reportages sur les suicides de manière sécuritaire.

L’époque où on se cachait la tête dans le sable semble bel et bien révolue et la santé mentale est devenue véritable préoccupation de la hiérarchie.

La nouvelle politique de défense du Canada  dévoilée le 7 juin prévoit d’améliorer la santé et la résilience des militaires des Forces armées canadiennes, notamment en augmentant l’effectif de la Branche des services médicaux, en travaillant de concert avec Anciens Combattants Canada (ACC) pour mettre en œuvre une stratégie conjointe de prévention du suicide et en éliminant les obstacles à l’obtention de soins pour que les militaires se sentent capable de demander l’aide dont ils ont besoin, où et quand ils en ont besoin, rappelle le communiqué de la Défense nationale qui annonce aujourd’hui les conclusions du Comité.

« Je remercie les experts du Comité de leur évaluation minutieuse et accueille favorablement leurs recommandations aussi réfléchies qu’utiles. Nous sommes résolu à les mettre toutes en œuvre, puisqu’elles amélioreront encore davantage la grande qualité des services de santé mentale et du programme de prévention du suicide qui soutiennent nos Forces armées canadiennes. », déclare le brigadier-général Colin MacKay, médecin général au moment de l’étude du Comité, mais qui vient de céder le 5 juillet le commandement des Services de santé au brigadier-général Andrew Downes.

« Le Comité a fait un excellent travail en ciblant les points à améliorer. Le rapport est important puisqu’il nous aide à mieux structurer les programmes et services déjà très efficaces que nous offrons aux militaires des FAC, et à aller de l’avant. », a déclaré pour sa part le colonel Rakesh Jetly, psychiatre en chef.

Le rapport de 2016 du Comité d’experts en santé mentale sur la prévention du suicide dans les Forces armées canadiennes se veut un exemple de la volonté des Forces armées de soutenir encore mieux la santé et la résilience des militaires, note également le ministère de la Défense pour qui la santé mentale est une des grandes priorités de la nouvelle politique de défense du Canada.

Parce qu’il est indéniable, comme en font foi de nombreux témoignages de membres des Forces armées canadiennes depuis plusieurs années, que l’accès aux soins n’est pas tout. Il ne faudrait surtout pas que le « meilleur accès aux soins de santé mentale que la population canadienne » dont bénéficient, à juste titre, nos militaires, ne nous fasse pas oublier les multiples autres aspects de la question de la prévention du suicide et de la santé mentale au sein des Forces armées canadiennes.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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