Mossoul est «libéré», proclame le premier ministre irakien

Le premier ministre irakien Haider al-Abadi est arrivé dimanche 8 juillet 2017 dans Mossoul «libérée»(AFP)
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Le premier ministre irakien Haider al-Abadi est arrivé dimanche 8 juillet 2017 dans Mossoul «libérée»(AFP)

Le premier ministre irakien Haider al-Abadi est arrivé dimanche dans Mossoul «libérée» et a salué la «victoire majeure» contre les djihadistes du groupe armé État islamique (EI), à l’issue d’une bataille de près de neuf mois, a indiqué son bureau dans un communiqué.

Haider al-Abadi «arrive dans la ville libérée de Mossoul et félicite les combattants héroïques et le peuple irakien pour cette victoire majeure», a déclaré son bureau dans un communiqué.

Le compte Twitter du premier ministre irakien a montré Haider Al-Abadi vêtu d’un uniforme militaire en train d’arriver dans la deuxième ville du pays.

Les combats ne semblent toutefois pas être totalement terminés dans la grande cité du nord irakien et des coups de feu et des frappes aériennes étaient encore audibles à l’heure où le bureau du premier ministre a publié son communiqué.

Ces derniers jours, les quelques djihadistes encore présents à Mossoul étaient assiégés dans un réduit de la vieille ville de Mossoul, le long du fleuve Tigre.

[toggle title= »LA PERTE DE MOSSOUL, UN COUP DUR MAIS PAS FATAL POUR LE CALIFAT DE L’EI » load= »hide »]

La reprise par les forces irakiennes de Mossoul, un des principaux bastions du groupe Etat islamique (EI), constitue un revers majeur pour le rêve de « califat » des djihadistes mais ne signe pas pour autant sa mort, estiment des experts.

La « libération », annoncée dimanche par le bureau du Premier ministre Haider al-Abadi, de la deuxième ville d’Irak, dernier grand fief urbain de l’EI dans ce pays, est lourde de symboles.

C’est à Mossoul, tombée aux mains des djihadistes en juin 2014, que le chef de l’EI, Abou Bakr al-Baghdadi, avait donné, le mois suivant, son premier prêche en tant que leader de l’organisation pour appeler les musulmans à lui faire allégeance.

C’est sa seule apparition publique connue. Il avait prononcé ce prêche à la mosquée Al-Nouri que l’EI a détruite avec son emblématique minaret penché du XIIe siècle.

La Russie a affirmé le 22 juin avoir « selon une forte probabilité » tué Abou Bakr al-Baghdadi dans une frappe fin mai en Syrie, une information qui n’a été confirmée par aucune autre source.

Forte d’une population de deux millions d’habitants il y a trois ans, la grande ville du Nord était l’une des capitales de facto de l’EI, avec Raqa en Syrie voisine.

Elle était l’un des principaux pôles de l’administration du « califat » et un emblème de la puissance de l’EI. Les djihadistes l’ont défendue âprement face à des dizaines de milliers de membres des forces irakiennes, soutenus par l’aviation de la coalition internationale anti-EI dirigée par les États-Unis.

« C’est un coup majeur porté au prestige de l’EI », résume David Witty, analyste et colonel à la retraite des forces spéciales américaines.

C’est aussi une nouvelle défaite militaire pour l’organisation djihadiste, qui n’a cessé de perdre du terrain ces dernières années.

– ‘Consolider les gains’ –

À son apogée quand il avait lancé en juin 2014 une vaste offensive éclair en Irak, l’EI contrôlait un territoire comparable à la Corée du Sud, avec une population de plus de 10 millions d’habitants. Il a désormais perdu plus de la moitié de sa superficie.

L’organisation djihadiste a également perdu des milliers de combattants, que les contingents de djihadistes étrangers, aujourd’hui moins nombreux, peinent à compenser.

Si la chute de Mossoul isole et affaiblit un peu plus l’organisation extrémiste, il est toutefois encore trop tôt pour évoquer une victoire définitive.

« Il ne faut pas considérer que la reprise de Mossoul sonne le glas de l’EI », prévient Patrick Martin, analyste à l’Institut pour l’étude de la guerre à Washington, en rappelant que le groupe « détient toujours un territoire urbain significatif », notamment en Syrie, où une offensive est en cours pour reprendre la ville de Raqa.

Même en Irak, où les jihadistes contrôlent encore plusieurs régions, déclarer le « califat » mort « voudrait dire que l’EI ne peut plus contrôler de terrain et gouverner », note-t-il. Pour cela, Bagdad « doit prendre des mesures pour s’assurer que les gains sur l’EI sont consolidés dans la durée », sinon le groupe « pourrait, en théorie, ressurgir et s’emparer de nouvelles zones urbaines ».

Pour continuer à faire exister son « califat », l’EI a amorcé un changement de stratégie, en se recentrant sur des tactiques de guérilla et des attaques à la bombe.

– Recours aux attentats –

« À court terme en Irak, l’EI va passer au terrorisme et à l’insurrection au lieu d’essayer de contrôler ouvertement de vastes régions », estime David Witty.

L’organisation a déjà répondu à des revers militaires par de sanglantes attaques ciblées, rappelle Patrick Martin.

L’attentat à la bombe le plus meurtrier ayant jamais frappé Bagdad, dans lequel 320 personnes ont été tuées en juillet 2016, est survenu après la perte par les djihadistes de leur bastion de Falloujah.

L’EI a également lancé une spectaculaire attaque commando dans la ville septentrionale de Kirkouk le 22 octobre, quelques jours après le début de l’offensive sur Mossoul, faisant près de 50 morts essentiellement parmi les forces de sécurité.

« L’Irak sera probablement en proie à l’insécurité encore plusieurs années », selon David Witty.

Par ailleurs, même sans assise territoriale, l’EI reste une menace à l’échelle mondiale, contre laquelle la coalition dirigée par les Etats-Unis mène une lutte sans merci.

En trois ans, plusieurs milliers de volontaires du monde entier ont rejoint l’organisation jihadiste dans la zone irako-syrienne. Parmi eux, un nombre indéterminé ont regagné leur pays.

L’idéologie et la propagande de l’EI conservent un fort retentissement, qui a fait naître de nombreuses cellules djihadistes au-delà des frontières géographiques du « califat ». Plusieurs attentats sanglants ont été revendiqués par le groupe djihadiste à travers le monde.[/toggle]

La reconquête de Mossoul, dont l’EI avait fait son principal bastion en Irak, est la plus importante victoire de l’Irak face à l’EI depuis que le groupe extrémiste sunnite s’était emparé en 2014 de vastes portions du territoire irakien.

Elle intervient au terme d’une offensive lancée le 17 octobre par les forces irakiennes, soutenues par la coalition internationale dirigée par les États-Unis.

Les forces irakiennes avaient capturé en janvier l’est de la cité puis attaqué l’ouest en février. Les combats se sont ensuite intensifiés à mesure que l’étau se resserrait sur les djihadistes dans la vieille ville, un espace étroit et densément peuplé.

Cette campagne a toutefois entraîné une crise humanitaire majeure, marquée par la fuite de près d’un million de civils selon l’ONU, dont 700 000 sont toujours déplacés.

Mossoul avait une dimension très symbolique pour l’EI: son chef Abou Bakr al-Baghdadi y avait fait en juillet 2014 son unique apparition publique après la proclamation d’un «califat» sur les vastes territoires conquis par le groupe djihadiste en Irak et en Syrie.

La reprise de la grande ville du nord de l’Irak ne marque pas pour autant la fin de la guerre contre le groupe ultraradical, responsable d’atrocités dans les zones sous son contrôle et d’attentats meurtriers dans le monde.

L’EI contrôle toujours quelques zones en Irak et des territoires dans l’est et le centre de la Syrie, où son fief Raqa est assiégé par des forces soutenues par Washington.

[toggle title= »LES GRANDES DATES DE L’EI EN IRAK ET EN SYRIE » load= »hide »]

Rappel des dates-clés du groupe état islamique (EI) qui a perdu dimanche Mossoul, son dernier grand fief urbain en Irak, et qui est cible d’une offensive d’une alliance de combattants dominée par les Kurdes pour le déloger de son bastion de Raqa en Syrie.

– Création de l’EIIL –

– 9 avr 2013: Le chef d’Al-Qaïda en Irak, Abou Bakr al-Baghdadi, annonce une fusion de son groupe, l’Etat islamique en Irak (ISI), avec le Front al-Nosra, qui combat le régime en Syrie, pour former l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL).

Mais Al-Nosra décline le parrainage de Baghdadi et prête allégeance au chef d’Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri. L’EIIL est désavoué par Al-Qaïda début 2014.

– Capture de Raqa et Mossoul –

– 14 jan 2014: L’EIIL conquiert la ville syrienne de Raqa (nord) après des combats contre des rebelles.

Raqa, premier chef-lieu de province à échapper totalement au contrôle du régime, devient son principal fief.

– 10 juin 2014: Dans le nord de l’Irak, lors d’une offensive fulgurante, l’EIIL s’empare de Mossoul, 2e ville du pays.

Il conquiert ensuite de vastes territoires aux confins du Kurdistan irakien autonome, chassant des dizaines de milliers de membres des minorités chrétienne et yazidie.

– « Califat » –

– 29 juin 2014: L’EIIL proclame un « califat » dirigé par Baghdadi, sur les territoires conquis en Irak et en Syrie et change le nom du groupe en « Etat islamique » (EI).

Le 5 juillet, Baghdadi apparaît pour la première fois dans une vidéo postée sur des sites djihadistes. Depuis la mosquée al-Nouri à Mossoul, il appelle tous les musulmans à lui « obéir ».

– Coalition –

– 8 août 2014: Les états-Unis lancent des frappes contre les djihadistes en Irak, puis créent en septembre une coalition internationale anti-EI.

En septembre ils mènent les premiers raids aériens contre les djihadistes en Syrie.

– Défaites en Irak –

– 31 mars 2015: Les forces irakiennes reprennent Tikrit (nord de Bagdad) à l’EI.

– 9 fév 2016: l’EI est chassé de la ville de Ramadi, chef-lieu de la province occidentale d’Al-Anbar.

– 26 juin: Première ville irakienne tombée aux mains de l’EI en janvier 2014, Fallouja est reconquise par l’armée.

– 9 juillet 2017: Le gouvernement annonce la « libération » de Mossoul à l’issue de près de neuf mois d’une offensive menée par 30.000 membres des forces fédérales –armée, police, contre-terrorisme– soutenus par les frappes de la coalition.

– Reculs en Syrie –

– 26 jan 2015: L’EI est chassé de Kobané après plus de quatre mois de combats menés par les forces kurdes soutenues par la coalition.

– 6 août 2016: Les Forces démocratiques syriennes (FDS, une coalition arabo-kurde soutenue par Washington) chassent l’EI de Minbej.

– 24 août: Des rebelles appuyés par l’aviation et les chars de l’armée turque reprennent Jarablos.

– 24 fév 2017: L’armée turque annonce la prise d’Al-Bab.

Ces quatre villes sont situées dans la province septentrionale d’Alep.

– 2 mars: La ville antique de Palmyre (centre) est reprise à l’EI par le régime syrien soutenu par l’allié russe. Elle a changé de main plusieurs fois depuis le début du conflit.

– Bataille de Raqa-

– 5 nov 2016: Les FDS lancent l’offensive pour reprendre Raqa.

Le 6 juin 2017, elles entrent dans Raqa, après avoir mené des manœuvres d’encerclement durant plusieurs mois. Depuis, les FDS se sont emparés d’un quart de la ville, et ont fermé la dernière issue permettant aux djihadistes de fuir Raqa.[/toggle]