Pas de place pour les personnes sans «boussole morale» dans les Forces canadiennes, tonne l’état-major

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Cinq jeunes membres de la Marine royale canadienne ont perturbé stupidement une cérémonie cérémonie traditionnelle autochtone à Halifax le jour de la fête du Canada. (Capture d'écran/45eNord.ca/CBC Nova-Scotia)
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Cinq jeunes membres de la Marine royale canadienne ont perturbé stupidement une cérémonie traditionnelle autochtone à Halifax le jour de la fête du Canada. (Capture d’écran/45eNord.ca/CBC Nova-Scotia)

Après que cinq jeunes membres de la Marine royale canadienne aient perturbé stupidement une cérémonie traditionnelle autochtone à Halifax le jour de la fête du Canada, la réaction de l’état-major de la Défense a été vive et immédiate, le général Jonathan Vance qualifiant leur geste de « déplorable » et n’hésitant pas à évoquer leur libération des Forces.

Cette fois, c’est assez. Les Forces canadiennes ont réagi au quart de tour. Le Service National d’enquête des forces canadiennes examine déjà la question et déterminera si des accusations, et quelles accusations, seront portées. Il n’y pas de place pour les « suprémacistes », pas plus que pour les personnes sans «compas moral» dans les Forces canadiennes, tonne l’état-major.

«J’ai en horreur tout geste irrespectueux posé par un membre des Forces armées canadiennes à l’égard des gens et des cultures que nous estimons au Canada. Nous sommes les protecteurs du Canada et tous les membres des Forces armées canadiennes qui ne sont pas prêts à jouer ce rôle s’exposent à de sévères conséquences, y compris la libération des Forces», a déclaré le chef d’état-major de la Défense.

«Ce qui est arrivé à Halifax en fin de semaine est déplorable et les Canadiens peuvent être assurés que les hauts dirigeants en sont informés. Les membres impliqués seront retirés de l’instruction et n’effectueront plus leurs tâches pendant que nous enquêtons et examinons les circonstances », a précisé le général, ajoutant que « leur avenir militaire est assurément en doute »

Et, comme l’avaient fait avant lui le ministre de la Défense, ainsi que le commandant des Forces maritimes de l’Atlantique, le contre-amiral Newton, le commandant de la Marine, le vice-amiral LLoyd et celui de l’Armée, le général Wynnyk, le chef d’état-major a offert ses excuses aux peuples autochtones: «Au nom des Forces armées canadiennes, je m’excuse auprès des peuples autochtones pour le comportement de certains membres qui ne représentent aucunement le reste des fiers hommes et femmes au service de notre pays. Je m’attends à mieux.»

La perturbation de la cérémonie autochtone

L’histoire a commencé quand cinq militaires se sont invités le 1er juillet à un « événement spirituel » visant à souligner le triste sort réservé aux Autochtones, au pied de la statue du controversé fondateur de la ville en 1749, le gouverneur britannique Edward Cornwallis.

Peu de temps après avoir fondé Halifax, Edward Cornwallis, alors gouverneur de la Nouvelle-Écosse, avait offert une récompense pour tout «scalp» de Micmacs, après une attaque d’Autochtones contre les colons britanniques.

Les hommes, dont l’un brandissait l’ancien drapeau canadien, le «Red Ensign», ont entonné l’hymne national britannique en s’approchant de la cérémonie, selon une organisatrice autochtone.

Interrogé sur leur appartenance à une organisation en particulier, l’un des hommes dans la vidéo répond: «Les Proud Boys, section des Maritimes», qui est constituée d’«Occidentaux chauvins qui ne s’excuseront plus d’avoir créé le monde moderne», et qui ne font «aucune discrimination fondée sur la race ou la sexualité».

Dans une vidéo de la manifestation à Halifax samedi, on voit aussi les cinq hommes discuter avec des spectateurs à la cérémonie. «C’est une colonie britannique», lance l’un d’eux. «Vous soulignez (votre) patrimoine, eh bien nous aussi!»

En cette période où le Canada commence à peine à prendre conscience de l’importance de la question autochtone et où le gouvernement à Ottawa s’est engagé à emprunter la voie de la réparation et de la réconciliation, cette contre-manifestation ne pouvait pas plus mal tomber.

La réaction ne s’est pas faite attendre. Cette perturbation de la cérémonie autochtone a fait scandale partout au Canada.

« Ce que ces garçons ne semblent pas réaliser, c’est qu’ils ne font pas qu’insulter la nation Mikmaq locale, mais ils insultent également toutes les nations autochtones de tout le Canada, en particulier avec le « Red Ensign ». […] Quiconque a passé quelque temps dans les pensionnats des années 60 et avant reconnaît ce drapeau comme le drapeau de la colonisation, du génocide et de assimilation. », a écrit le 4 juillet le blogue « Anti-Racist Canada » , ajoutant « Que vous souhaitiez célébrer Cornwallis de quelque façon que ce soit, en particulier lorsque vous portez l’uniforme de la Marine canadienne, est honteux ».

À Ottawa, la commotion a été vive et la réaction immédiate

« Je veux être clair: ce genre de comportement n’est pas toléré dans les forces armées canadiennes. Comme la chaîne de commandement a été claire, il y aura des conséquences pour tous les membres des Forces armées canadiennes qui expriment de l’intolérance, qu’ils soient en uniforme ou non », a déclaré le ministre de la Défense, Harjit Sajjan.

Présentant ses excuses aux membres de la communauté mikmaq d’Halifax et se disant conscient que ses « paroles ne peuvent pas annuler ce manque de respect », le ministre, lui-même issu d’une minorité qui, comme toutes les minorités, a eu à faire face à l’intolérance et à l’incompréhension, s’est déclaré à l’instar de son chef, le premier ministre Trudeau, conscient que le gouvernement dont il fait partie « a beaucoup plus de travail à faire en matière de réconciliation avec les peuples autochtones. », offrant en outre sa « garantie personnelle » « que ce type de comportement ne sera pas toléré dans les rangs des forces armées canadiennes et du ministère de la défense nationale. »

Pas de place pour les personnes sans «boussole moral»e dans les Forces canadiennes

Le comportement des jeunes marins qui ont perturbé la cérémonie autochtone est clairement en contradiction avec les valeurs et les objectifs des Forces armées canadiennes.

Au moment où les objectifs de recrutement sont ambitieux, autant en terme de diversité qu’en terme de chiffres, et que les Forces armées canadiennes font de grands efforts pour « attirer, recruter et maintenir en poste les meilleurs candidats qui représentent toute la population canadienne », le lieutenant-général Charles Lamarre, chef du commandement du personnel militaire (CPM) et, à ce titre, directement touché par le comportement des cinq jeunes militaires, a lui aussi été très clair.

Lors d’une rencontre à Ottawa avec 45eNord.ca, le lieutenant-général Lamarre a tenu à souligner que « Dès que les jeunes militaires intègrent les Forces on commence à inculquer les valeurs canadiennes, l »inclusivité’, le respect, les droits de tout le monde. »

« Il est inacceptable qu’un jeune militaire pense qu’il peut juste aller confronter quelqu’un qui est simplement en train d’exercer ses droits et de témoigner sur ce qui s’est passé dans sa culture et sa vie. C’est décevant de voir ça », affirme le lieutenant-général.

Et la chaîne de commandement ne va pas rester les bras croisé, assure le commandant du CPM.

« Nous, quand on identifie des [comportements] qui ne sont pas conformes aux valeurs des Forces armées canadiennes, on peut prendre action et la chaîne de commandement embarque très vite pour s’en occuper, et c’est ce qui va se passer ».

« On ne veut pas avoir dans les Forces armées canadiennes des personnes qui ne reflètent pas les valeurs. Il y a carrément des cas où certains vont se faire mettre à la porte. Chaque fois qu’on fait des niaiseries comme ça (la perturbation d’une cérémonie pacifique), la population canadienne regarde et se demande comment cela reflète les valeurs canadiennes ».

« Quant ces militaires se déploient, les décisions qu’ils vont prendre sur un champ de bataille ou en opération quelque part , on va s’assurer qu’ils soient bien équipés et qu’ils aient le bon « compas moral » pour prendre ces décisions », d’ajouter le lieutenant-général Lamarre.

Il y aura à l’avenir semble-t-il, des coups de pieds qui ne se perdront plus…