Pour éviter la confrontation, Otan et Russie échangent des informations sur leurs prochaines manœuvres

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« Zapad (Occident) 2017 » est un exercice stratégique conjoint des forces de défense nationales de la Fédération de Russie et de la République de Biélorussie qui est prévu pour le 14-20 septembre 2017. Selon Selon Vilnius, 100.000 militaires russes vont participer à l’exercice « Zapad » qui se déroulera au Bélarus, au sud de la frontière lituanienne et qui inquiète l’Occident et tout particulièrement les pays baltes voisins.(Photo Sputnik)

L’Otan et la Russie ont convenu jeudi d’éviter tout risque de potentielles confrontations lors de leurs exercices, en échangeant notamment des informations à l’avance, à l’approche d’importantes manœuvres russes qui inquiètent Baltes et Polonais.

Les deux camps ont eu des échanges « francs » à Bruxelles dans le cadre d’un Conseil Otan-Russie, une instance de dialogue au niveau des ambassadeurs, selon le secrétaire général de l’Alliance atlantique, Jens Stoltenberg.

Au cours de la réunion, la partie russe a fourni, comme le réclamait l’Otan, le nombre de ses soldats, navires et avions qui participeront à l’exercice militaire Zapad (« Occident ») 2017 qui aura lieu en septembre près de la frontière polono-lituanienne, s’est félicité M. Stoltenberg, sans donner de détails.

L’exercice Zapad a lieu tous les quatre ans. Cette année, lors de l’exercice prévu pour le 14-20 septembre 2017, les troupes russes s’entraîneront aux frontières des États baltes, dans le district militaire occidental de Russie (y compris l’enclave de Kaliningrad) et sur le territoire du Bélarus territoire. L’armée américaine s’attend à ce que entre 70 000 et 100 000 soldats participent à l’exercice, ce qui en fait l’un des plus grands exercices militaires russes depuis 2013. En comparaison, le plus grand exercice de l’OTAN depuis les années 1990, Trident Juncture, a eu lieu en 2015 et n’a impliqué que 36 000 soldats.

Selon Vilnius, ce sont 100.000 militaires russes qui vont participer à l’exercice « Zapad ».

« En raison de la portée et de l’emplacement de Zapad, les États baltes craignent que l’exercice provoque des confrontation accidentels ou, pire, se transforme en une attaque surprise, écrivait le mois dernier Léo-Paul Jacob dans le journal de l’Association canadienne pour l’OTAN.

Des exercices militaires russes se sont déjà dans le passé transformés en invasions (Géorgie en 2008 et Est ukrainien en 2014). Les tensions actuelles entre l’Alliance et la Russie augmentent les craintes qu’un scénario similaire se répète dans les pays baltes.

Avec Donald Trump qui a « joué » à remettre ou, tout au moins, sembler remettre en cause l’article 5 de l’OTAN de protection mutuelle des pays de l’Alliance, la tentation pour Vladimir Poutine pourrait être grande.

Et si Zapad 2017 se transformait en une attaque, les armées de la Lituanie, de la Lettonie et de l’Estonie, avec leurs leurs forces qui s’élèvent ensemble à environ onze bataillons d’infanterie ou d’infanterie légère (environ 10 000 soldats), seraient incapables de résister seules aux troupes russes.

On peut donc comprendre l’angoisse des pays baltes et l’inquiétude de l’OTAN. D’où l’importance d’éviter tout malentendu.

« Il est significatif que nous ayons échangé aujourd’hui des briefings à l’avance sur les manœuvres à venir », a souligné le chef de l’Otan en précisant que l’Alliance avait également informé l’ambassadeur russe du prochain exercice « Trident Javelin » 2017.

« Je suis encouragé par ces progrès », a commenté M. Stoltenberg, tout en avertissant que « compte tenu des expériences passées (…), il se pourrait que beaucoup plus de troupes (russes) participent que les chiffres annoncés officiellement ».


Le point de presse du secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, après la réunion du 13 juillet 2017 du Conseil Otan-Russie. (OTAN)

La « trouée » de Suwalki

À l’importance d’éviter tout malentendu s’ajoute celle, peut-être encore plus grande, d’envoyer à la Russie un message clair sur la volonté de l’OTAN de défendre son flanc oriental.

Le mois dernier, des membres de l’Otan ont organisé leur premier exercice militaire dans cette région stratégique, axé sur la défense de la trouée dite de Suwalki (nord-est de la Pologne), considérée comme un point critique pour la sécurité des alliés baltes, dans un contexte de tensions persistantes avec Moscou.

Cet étroit bout de terrain à la frontière entre la Pologne et la Lituanie s’étend sur 60 à 100 km, entre l’enclave russe fortement militarisée de Kaliningrad et le Bélarus, un proche allié du Kremlin.

Selon des spécialistes occidentaux, le passage de Suwalki pourrait constituer un talon d’Achille sur le flanc oriental de l’Otan, son occupation éventuelle pouvant isoler les trois membres baltes de l’Alliance atlantique (Estonie, Lettonie et Lituanie).

Dans le cas où la Russie déciderait d’envahir la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie, elle n’aurait qu’à occuper cette ligne d’une soixantaine de kilomètres de long afin d’empêcher l’Otan de se porter au secours de pays baltes, écrivait Laurent Lagneau dans Opex360 le 20 juin dernier, ajoutant « qu’outre l’impossibilité d’y envoyer des forces terrestres, il pourrait également être compliqué pour les Alliés d’intervenir par les airs et la mer étant donné que Kaliningrad est le port d’attache de la flotte russe de la Baltique et qu’une « bulle A2AD » [Anti-Access Area-Denial, interdiction et de déni d’accès], basée sur des systèmes de défense aérienne performants (S-300 et S-400) y a été installée. À cela, il faut aussi compter la base aérienne russe installée en Biélorussie ».

De son côté, Moscou a à maintes reprises averti qu’une concentration des forces de l’Otan dans la région, à la frontière russe, enfreignait l’équilibre des forces.


L’Otan se concentre sur le passage de Suwalki, point faible de la défense des pays baltes, un point critique de la défense de l’Alliance atlantique (et de l’UE). D’où l’exercice mené pour la première fois par l’Otan dans cette zone en juin dernier. L’exercice, IRON WOLF, dans le cadre des importantes manœuvres SABER STRIKE, a consisté à faire passer en Lituanie le bataillon multinational basé en Pologne [Battle Group Poland], dans le cadre du renforcement du flanc oriental de l’Otan décidé lors du sommet de Varsovie, en juillet 2016. Ici, le Enhanced Forward Presence Battle Group Poland fait route vers Rukla, en Lituanie, le 18 juin 2017. (Sgt. Austin Majors)

*Avec AFP

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