Rencontre Trump-Poutine, «l’autre version»: Poutine vainqueur et confiant dans sa relation avec Trump

0
Le président russe Vladimir Poutine s’est déclaré satisfait de sa rencontre du 7 juillet en marge du G20 à Hambourg avec Donald Trump. (Service de presse du Kremlin)

Remis à jour 09/07/2017 à 15h18

Vladimir Poutine s’est montré confiant samedi sur une relance de la relation russo-américaine après son premier entretien avec Donald Trump, jugeant son homologue « très différent » de l’impression qu’il pouvait donner.
—–
Mise à jour 10/07/2017 à 9h52

Sur la création d’une unité de cybersécurité conjointe russo-américaine, réalisant l’énormité de la chose, Donald Trump est revenu sur ce qu’il avait indiqué dimanche 10 juillet sur Twitter, quand il avait révélé avoir évoqué avec Vladimir Poutine la création d’une « unité de cybersécurité impénétrable » conjointe aux États-Unis et à la Russie.

Il l’a maintenant écartée dans un autre tweet, déclarant la chose impossible. « Le fait que le président Poutine et moi aient discuté d’une unité de cybersécurité ne veut pas dire que cela peut se faire. Cela ne peut pas » se faire, a-t-il tweeté.

—–

« Le Trump qu’on voit à la télé est très différent du Trump réel. Il perçoit de manière tout à fait adéquate son interlocuteur, répond rapidement aux questions posées », a déclaré le président russe au cours d’une conférence de presse à l’issue du sommet du G20 à Hambourg en Allemagne.

Les deux dirigeants ont mis à plat les contentieux bilatéraux et marqué leur volonté d’aller de l’avant pendant leur toute première rencontre vendredi en marge du sommet, selon le compte-rendu fourni par leurs délégations.

« Je pense que des relations personnelles ont été établies » et des « bases jetées » pour une détente américano-russe, a résumé Vladimir Poutine.

« Il y a toutes les raisons de croire que nous pourrons rétablir au moins partiellement le niveau de coopération dont nous avons besoin », a-t-il assuré.

Le maître du Kremlin n’a jamais eu d’atomes crochus avec Barack Obama et, jusqu’ici, les espoirs de réchauffement avec l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche se sont brisés sur les soupçons d’ingérence russe dans l’élection présidentielle américaine en 2016.

Sur ce sujet très sensible, qui empoisonne son début de mandat, Donald Trump a « posé beaucoup de questions », a affirmé le maître du Kremlin.

« J’ai donné des éclaircissements. Il m’a semblé qu’il était satisfait de ces réponses » et qu’il les a « acceptées », a renchéri Vladimir Poutine, confirmant le récit fait la veille à ce sujet par le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov.

Le président américain Donald Trump «accepte» les dénégations de la Russie sur ses ingérences présumées dans l’élection présidentielle de 2016 aux Etats-Unis, a assuré vendredi le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov. «Le président Trump a dit qu’il avait entendu des déclarations claires de Poutine affirmant que ceci n’est pas vrai et que les autorités russes ne sont pas intervenues, et qu’il accepte ces déclarations», a indiqué M. Lavrov à la presse, à l’issue de la première rencontre officielle entre les deux dirigeants en marge du sommet du G20 à Hambourg, en Allemagne.

La Maison Blanche a présenté l’entretien sous un autre jour, racontant que Donald Trump, très attendu dans son pays sur cette question, s’était montré offensif face à son homologue.

Abordant plus concrètement le cas de la Syrie, autre sujet de tension entre leurs deux pays, Vladimir Poutine a jugé possible un terrain d’entente avec Donald Trump.

« Il me semble que la position des États-Unis (sur la Syrie) est devenue plus pragmatique », a-t-il déclaré, se félicitant de l’accord trouvé la veille avec son homologue pour l’instauration d’un cessez-le-feu dans le sud-ouest de la Syrie.

« C’est l’une des percées qu’on a réussi à obtenir (..) C’est un résultat réel du travail avec les États-Unis », a dit le président russe. « Il y a une compréhension (mutuelle du fait) que si on unit nos efforts, nous pourrons faire beaucoup », a-t-il souligné.

La décision d’imposer un cessez-le-feu, annoncée vendredi par le ministre des Affaires étrangères russe, Sergei Lavrov, a été obtenue à la suite d’un accord entre les États-Unis, la Russie et la Jordanie, pays frontalier de la Syrie.

La Russie, alliée du président syrien Bashar al-Assad, était engagée dans des discussions avec la Turquie et l’Iran à propos de quatre « zones de désescalade » en Syrie.

M. Lavrov a indiqué que le cessez-le-feu serait supervisé par la police militaire russe « en coordination avec les Jordaniens et les Américains ».

La presse russe exulte, mais plusieurs élus, dont des ténors républicains, sont amèrement déçus

Dithyrambique, la presse russe n’a pas hésité pour sa part à comparer la poignée de main de Hambourg à celles des soldats russes et américains qui s’étaient rejoints à Torgau en 1945 dans leur avancée contre les nazis.

« Rencontre sur l’Elbe », a titré le quotidien populaire Moskovskii Komsomolets, évoquant la rivière qui baigne Hambourg et Torgau.

« Le monde entier attendait cette poignée de main », a renchéri le quotidien Komsomolskaïa Pravda. « Regardez le pouce de Poutine. Il contrôle la situation, il donne le ton », s’est-il même enthousiasmé.

Pourtant, il n’ya pas si longtemps, le 29 décembre 2016, l’ancien président Barack Obama avait dû prendre des sanctions contre la Russie, expulsant notamment 35 diplomates considérés comme des agents russes suite aux affirmations en octobre des agences du renseignement américain, qui avaient fait état d’une ingérence de Moscou dans le processus électoral américain.

Plusieurs enquêtes, dont l’une menée par le FBI, sont depuis en cours aux États-Unis concernant des accusations de collusion entre la Russie et des membres de l’équipe de campagne de Donald Trump. Ce dernier a rejeté ces accusations avec force.

Plusieurs élus républicains ont donc critiqué dimanche le président américain, estimant que derrière son apparente dureté à l’égard de Vladimir Poutine, il n’avait pas été assez ferme sur la question des interférences lors du scrutin présidentiel.

Donald Trump « semble vouloir pardonner à Poutine et oublier », a regretté le sénateur républicain Lindsay Graham, qualifiant l’entretien entre les deux hommes de « désastreux ». « Donc cela renforce ma résolution à soumettre au président Trump des sanctions punissant Poutine ».

« Il est temps d’aller de l’avant et de travailler de manière constructive avec la Russie », a tweeté dimanche le président américain, ajoutant que son homologue russe avait « nié catégoriquement » s’être mêlé de l’élection de 2016.

«J’ai fermement interrogé le président Poutine à deux reprises sur son intervention dans notre élection», a ajouté Donald Trump, à son retour d’un périple de quatre jours en Europe, au cours duquel il a rencontré M. Poutine pour la première fois. «Il l’a catégoriquement niée», a écrit le président américain sur Twitter.

« Il fait du tort à sa présidence en n’acceptant pas le fait que Poutine est un type mauvais qui essaye de saper notre démocratie », a appuyé le sénateur Graham, qui tout républicain qu’il soit, n’en critique pas moins régulièrement Donald Trump depuis la campagne présidentielle.

« Plus vous faites ça », a-t-il mis en garde le président américain, « plus les gens vont être suspicieux sur vos liens avec la Russie. »

« Il est temps d’aller de l’avant, oui, mais il y a un prix à payer », a répliqué pour sa part dimanche, sur la chaîne CBS, le sénateur républicain John McCain.

Trump veut en outre créer une unité conjointe de sécurité… avec le pirate !

L’ancien candidat républicain à la Maison Blanche a également critiqué le projet, évoqué dimanche dans un tweet par Donald Trump, de création d’une « unité de cybersécurité », apparemment conjointe aux États-Unis et à la Russie.

« Je suis sûr que Vladimir Poutine pourrait être d’une grande aide dans cette initiative », a-t-il ironisé, « dans la mesure où c’est lui qui pirate ».

« Collaborer avec Poutine sur une +unité de cybersécurité+ revient à collaborer avec Assad sur une +unité sur les armes chimiques+ », a tweeté pour sa part le sénateur républicain de Floride, Marco Rubio.

Lors de son premier sommet du G20 en Allemagne, le président américain Donald Trump est apparu en décalage avec les alliés traditionnels de son pays, peinant même à démontrer que ses stratégies peu orthodoxes à l’égard de la Chine et de la Russie pouvaient porter leurs fruits.

Lors d’un moment volé au cours du sommet, le Premier ministre canadien Justin Trudeau et la chancelière allemande Angela Merkel ont été vus échangeant un regard entendu tandis que M. Trump changeait de direction.

Ce qui devait être une intervention sur la place des femmes dans le monde des affaires, s’est transformée en un monologue sur les mérites de sa fille aînée Ivanka –qui l’accompagnait– et sur ses manquements en tant que père.

À quelques mètres de lui, les sourires nerveux de Mme Merkel et M. Trudeau ont laissé transparaître le trouble régnant parmi ses pairs sur la façon d’appréhender le milliardaire septuagénaire, novice en politique.

À Varsovie, première escale de son voyage de quatre jours en Europe, M. Trump a cherché à réaffirmer ses velléités de diriger le monde libre. Il a aussi caressé ses alliés dans le sens du poil en soutenant la clause de défense mutuelle de l’Otan, exauçant leurs requêtes de clarifier sa position sur l’alliance atlantique.

Tel un monarque chevauchant seul en tête de sa cavalerie, il a sonné la charge contre le terrorisme et la bureaucratie, qu’il a dépeints comme des menaces contre la civilisation chrétienne.

Il a par ailleurs brossé l’image d’un Occident confronté à des défis existentiels. « La question fondamentale de notre époque est celle de savoir si l’Occident a la volonté de survivre », a-t-il relevé.

« Le grand risque », selon Thomas Wright de la Brookings Institution, est que ses remarques « commencent à diviser l’Europe entre anciens et nouveaux –ou ceux qui n’apprécient ni lui, ni son message et ceux qui les apprécient ».

Mais sa revendication d’être le gardien des valeurs occidentales a été de nouveau ébranlée en conférence de presse lorsqu’il a mené plusieurs assauts contre la liberté de la presse et minimisé les interférences de la Russie dans l’élection américaine l’an dernier.

Une fois à Hambourg, pour participer au G20, Donald Trump a semblé encore plus isolé.

Pour preuve, la déclaration finale adoptée après deux jours de sommet sous haute tension porte la marque des controverses entre le nouveau gouvernement américain et le reste du monde. Notamment concernant la lutte contre le changement climatique, 19 sont favorables et un seul contre, Donald Trump.

« Parvenir à mettre d’accord 20 de vos amis sur l’endroit où aller diner ce soir est vraiment difficile », a commenté Gary Cohn, l’un de ses conseillers économiques, rejetant toute idée d’isolement des États-Unis.

Les efforts présidentiels pour repartir d’un bon pied avec ses rivaux au plan international n’ont pas vraiment été une réussite non plus.

Lors de sa première rencontre avec le président russe Vladimir Poutine, qui a duré plus de deux heures vendredi, Donald Trump a relégué au passé l’interférence de Moscou dans l’élection américaine l’an dernier, une concession majeure à l’égard du Kremlin.

« Il est temps d’aller de l’avant et de travailler de manière constructive avec la Russie », a d’ailleurs tweeté M. Trump dimanche matin, de retour à Washington.

De son côté, M. Poutine s’est montré confiant samedi sur une relance de la relation russo-américaine.

Premier effet, timide? Les deux pays sont convenus vendredi à Amman d’un cessez-le-feu dès dimanche en Syrie, où la Russie soutient le régime de Bachar al-Assad. Ce n’est pas la première fois qu’une trêve des combats est décidée, mais les précédentes n’ont jamais perduré.

Autre priorité pour le président américain: la Corée du Nord. Il n’est pas parvenu, malgré plusieurs semaines de pressions publiques et de tweets acrimonieux visant la Chine, à une quelconque avancée.

Assis à l’autre bout de la table à Hambourg, le président chinois Xi Jinping n’a pas fait montre d’une éventuelle intention de sanctionner son petit voisin et allié pour le faire plier sur ses programmes nucléaire et de missile balistique.

« Cela prendra peut-être plus de temps que je le souhaiterais, cela pourrait prendre plus de temps que vous le souhaitez mais nous aurons une solution ou une autre au bout du compte », a-t-il déclaré samedi, au début d’un entretien avec M. Xi.

Avec sa ligne idéologique dure et ses déconvenues diplomatiques ne cadrant pas avec sa rhétorique de « gagnant », sa seconde visite à l’étranger a donné à son slogan « l’Amérique d’abord » plutôt un goût d' »Amérique seule ».

*Avec AFP

Les commentaires sont fermés.