Sommet pour concrétiser la force G5 au Sahel, Macron promet véhicules tactiques et appui opérationnel

Le président français Emmanuel Macron (G) s'entretient avec son homologue malien Ibrahim Boubacar Keïta (D), président en exercice du G5 Sahel, à Bamako au Mali le 2 juillet 2017. (AFP/CHRISTOPHE ARCHAMBAULT)
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Le président français Emmanuel Macron (G) s’entretient avec son homologue malien Ibrahim Boubacar Keïta (D), président en exercice du G5 Sahel, à Bamako au Mali le 2 juillet 2017. (AFP/CHRISTOPHE ARCHAMBAULT)

Les chefs d’État de cinq pays du Sahel se réunissent dimanche à Bamako en présence du président français Emmanuel Macron pour concrétiser leur projet de force régionale contre les groupes djihadistes.

Le dirigeant français est arrivé dans la nuit, rejoignant son homologue malien Ibrahim Boubacar Keïta, président en exercice du G5 Sahel, qui avait accueilli samedi ses pairs Idriss Déby Itno (Tchad) Mohamed Ould Abdelaziz (Mauritanie), Roch Marc Christian Kaboré (Burkina Faso) et Mahamadou Issoufou (Niger).

Objectif: lutter ensemble contre les attaques djihadistes qui visent le Mali et gagnent les États voisins, en pouvant poursuivre leurs auteurs au-delà des frontières, avec un démarrage sur le terrain avant la fin de l’année.

Dans un nouveau geste de défi aux dirigeants de la région, la principale alliance djihadiste du Sahel, liée à Al-Qaïda, a diffusé samedi, à la veille du sommet du G5, une vidéo montrant six étrangers enlevés au Mali et au Burkina Faso entre 2011 et 2017: une Française, une Colombienne, un Sud-Africain, un Roumain, une Suissesse et un Australien.

M. Macron a été reçu dans la matinée par M. Keïta, juste avant l’ouverture du sommet, prévue à 09H30 GMT.

Le sommet vise à définir concrètement les modalités de cette force, et le président français devrait annoncer un soutien surtout en équipements, selon l’Élysée.

Déployée dans un premier temps aux confins du Mali, du Burkina Faso et du Niger, la force du G5 s’ajoutera à l’opération française Barkhane qui traque les djihadistes dans le Sahel et à la Mission de l’ONU au Mali (Minusma).

L’idée d’une force régionale, soutenue par Paris, avait été relancée le 6 février lors d’un sommet à Bamako. Elle doit démarrer avec environ 5.000 hommes fournis par les cinq pays, qui ambitionnent de doubler cet effectif à terme.

« Le poste de commandement de cette force sera basé au centre du Mali, à Sévaré », a indiqué le général Didier Dacko, chef d’état-major de l’armée malienne avant d’être nommé en juin à la tête de la force du G5.

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Le président français Emmanuel Macron a promis dimanche à Bamako une aide financière et militaire à la force du G5 Sahel mais a exhorté ces pays à en démontrer l’efficacité face aux djihadistes.

La France apportera 70 véhicules tactiques et un appui opérationnel, a-t-il précisé à l’ouverture d’un sommet du G5 Sahel, dont il est invité d’honneur, aux côtés d’Ibrahim Boubacar Keïta (Mali), Idriss Déby Itno (Tchad) Mohamed Ould Abdelaziz (Mauritanie), Roch Marc Christian Kaboré (Burkina Faso) et Mahamadou Issoufou (Niger).

« Sur le volet militaire, c’est un effort équivalent à plus de de 8 millions d’euros que nous consacrons d’ici la fin de l’année » à ce projet, qualifié d' »alliance pour le Sahel », a indiqué M. Macron, saluant « une dynamique, un mouvement de fond que la France est fière d’accompagner ».

De plus, il a annoncé avoir « bon espoir que le 13 juillet (lors du Conseil franco-allemand à Paris) avec la chancelière allemande (Angela Merkel), nous puissions annoncer des engagements communs autour de cette alliance ».

« Pour garantir un soutien dans la durée, ce sera à vous et à vos armées de convaincre que le G5 peut être efficace, dans le respect des conventions humanitaires », a néanmoins prévenu le président français, à l’intention de ses pairs du Sahel.

« Les résultats doivent être au rendez-vous pour convaincre nos partenaires », leur a-t-il lancé, leur demandant aussi, « dans un esprit de partenariat et d’exigence réciproque », de mener « des réformes institutionnelles et des efforts de gouvernance, appelés par vos populations ».

Déployée dans un premier temps aux confins du Mali, du Burkina Faso et du Niger, la force du G5 s’ajoutera à l’opération française Barkhane qui traque les jihadistes dans le Sahel et à la Mission de l’ONU au Mali (Minusma).

L’idée d’une force régionale, soutenue par Paris, avait été relancée le 6 février lors d’un sommet à Bamako. Elle doit démarrer avec environ 5.000 hommes fournis par les cinq pays.

L’Union européenne (UE) a déjà promis 50 millions d’euros. Le ministre malien des Affaires étrangères Abdoulaye Diop a évoqué samedi soir un budget total de 450 millions de dollars.

Concernant les 50 millions de l’UE, M. Macron y a vu « l’amorce d’un engagement dans la durée » que compte favoriser la France. Une conférence des donateurs doit se tenir dans les prochains mois.

Il a aussi promis que l’Agence française de développement (AFD) débloquerait « 200 millions sur 5 ans » spécifiquement pour le Sahel.

Emmanuel Macron a demandé au président malien la « pleine mise en oeuvre de l’accord de paix » de 2015, y compris « le redéploiement de l’Etat sur tout le territoire et la décentralisation ».

« Nous avons chaque jour à affronter des terroristes, des voyous, des assassins », a affirmé le président français.

Mais ils « se sont nourris de nos faiblesses, de nos hypocrisies, des complexes du passé, de notre inefficacité collective », a-t-il estimé, appelant à ne plus « faire semblant de faire ».[/toggle]

Premiers financements européens

L’Union européenne a promis 50 millions d’euros, mais une telle force requiert au moins 400 millions d’euros, selon les experts. Le budget prévu avoisinerait les 500 millions d’euros, a indiqué à l’AFP une source au sein de la délégation mauritanienne.

La France, elle-même en pleine recherche d’économies pour cause de déficit budgétaire aggravé, espère le soutien d’autres pays de l’Union européenne, en faisant valoir que son engagement militaire au Sahel protège l’Europe toute entière.

Elle compte notamment sur l’Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique, et espère aussi un « soutien concret » des États-Unis, présents militairement avec notamment des drones basés au Niger, a indiqué l’Élysée.

Le 21 juin, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté une résolution qui « salue » le déploiement de cette force mais sans lui délivrer ni mandat ni fonds.

Avec M. Macron, le G5 Sahel devrait donc lancer un appel aux contributions internationales.

La question financière est d’autant plus sensible que le président tchadien, dont le pays est déjà engagé dans la Minusma et dans la force multinationale contre le groupe islamiste nigérian Boko Haram, a menacé de se retirer de ce projet pour des raisons budgétaires.

Pour compléter le volet militaire, les acteurs de la Justice des 5 se réunissaient cette semaine à Bamako pour concrétiser un accord de coopération conclu en mai entre le Niger, le Tchad et le Mali.

Le Mali est sous état d’urgence quasiment sans interruption depuis l’attentat djihadiste contre l’hôtel Radisson Blu de Bamako le 20 novembre 2015, qui a fait 20 morts, outre ses deux auteurs.

Le 18 juin dernier, un lieu de villégiature proche de Bamako, fondé par un Français, a été attaqué, faisant cinq morts, en plus de quatre assaillants tués.

Le nord du Mali était tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes djihadistes liés à Al-Qaïda. Ils ont été en grande partie chassés par une intervention militaire internationale lancée en 2013 à l’initiative de la France.

Mais des zones entières échappent au contrôle des forces maliennes, françaises et de l’ONU, régulièrement visées par des attaques, malgré la signature en mai-juin 2015 d’un accord de paix censé isoler définitivement les jihadistes. Depuis 2015, ces attaques se sont étendues au centre et au sud et le phénomène gagne les pays voisins.