Avec l’ICBM nord-coréen, le Sud redoute la fin du parapluie américain

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Photographie prise le 4 juillet 2017 par l’agence officielle nord-coréenne KCNA, montrant un tir de missile balistique intercontinental par la Corée du Nord. (KCNA VIA KNS/AFP/STR)

Le dernier test de missile de Pyongyang a mis une bonne partie du continent américain à sa portée et fait naître une peur nouvelle à Séoul. Washington protégera-t-il la Corée du Sud si cela devait mettre des villes américaines en danger?

Les États-Unis sont le garant de la sécurité du Sud démocratique et capitaliste où sont déployés 28.500 soldats américains. La guerre de Corée (1950-53) a pris fin avec un cessez-le-feu, pas un traité de paix et les GI’s sont chargés de défendre Séoul face à Pyongyang.

Cette alliance est aussi un pilier de la stratégie géopolitique américaine en Asie, où la Chine, qui cherche à développer une puissance militaire plus conforme à son poids économique, montre les muscles.

Mais l’essai vendredi d’un missile balistique intercontinental (ICBM) a mis des grandes villes comme Chicago ou Los Angeles à portée d’une attaque potentielle de Pyongyang, pays reclus doté de l’arme nucléaire.

Et les médias sud-coréens comme des spécialistes craignent que cet état de fait ne remette en cause l’engagement des États-Unis à tenir cette alliance longtemps décrite par les deux parties comme « solide comme un roc ».

« L’administration Trump nous protégerait-elle d’une attaque venue du Nord si une telle action exposait des villes américaines à une attaque nucléaire? », se demande dans un éditorial JoongAng Ilbo, journal influent de Séoul.

Ce n’est « qu’une question de temps » pour que le Nord se dote d’un missile opérationnel équipé d’une ogive nucléaire capable de frapper les États-Unis, poursuit-il. Et à ce moment là, conclut le journal avec pessimisme, la réponse « pourrait ne pas être oui ».

– Alliance ‘inébranlable’ –

Les analystes doutent des capacités du Nord à miniaturiser une tête nucléaire de façon à pouvoir la monter sur un missile ou qu’il maîtrise la technologie de rentrée des ogives dans l’atmosphère depuis l’espace.

Mais Pyongyang assure en être capable et, depuis l’arrivée au pouvoir fin 2011 de Kim Jong-Un, le Nord a clairement réalisé des progrès technologiques rapides et importants. Le jeune dirigeant a supervisé trois essais nucléaires et une flopée de tirs de missiles.

Cela fait des décennies que le Nord exige que les Etats-Unis signent avec lui un traité de paix et qu’ils retirent leurs troupes du Sud.

Les Américains en visite assurent invariablement Séoul du soutien de Washington, à l’instar du vice-président Mike Pence qui a déclaré en avril que l’alliance était « inébranlable, gravée dans le marbre ».

Après le dernier test, le grand quotidien Chosun Ilbo en doute. « Difficile d’attendre l’aide des États-Unis » si cela signifie une attaque nucléaire contre le continent américain, juge-t-il.

« Le scenario du pire serait le retrait des troupes américaines de la péninsule. C’est ce que veut le Nord (…), pour les Sud-Coréens c’est à peine imaginable mais la réalité, c’est que l’on va vers cette situation ».

Les Sud-Coréens redoutent aussi la possibilité d’une frappe préventive de Washington contre le Nord, qui aurait des conséquences désastreuses même si Pyongyang n’utilisait pas l’arme nucléaire.

Séoul est à portée de l’artillerie nord-coréenne, et risque l’anéantissement.

L’entrée en Corée du nord sera interdite aux citoyens américains à partir du 1er septembre, avec quelques exceptions pour des raisons humanitaires ou pour les médias, selon un document du département d’état publié mercredi au journal officiel.

Ces restrictions s’appliquent pendant un an et peuvent être renouvelées.

Les États-Unis avaient annoncé leur intention d’empêcher tout déplacement en Corée du nord après la mort d’Otto Warmbier le 13 juin. Cet étudiant américain avait été rapatrié dans le coma quelques jours plus tôt aux Etats-Unis, après 18 mois de détention en Corée du Nord.

Sa mort a accentué les tensions déjà fortes entre Washington et Pyongyang, sur fond de course à l’armement nucléaire du régime communiste.

Côté Pyongyang, le message officiel est que l’on ne se soucie pas de l’interdiction.

« Si le gouvernement américain dit que les Américains ne peuvent pas venir dans ce pays, nous nous en fichons », avait déclaré Han Chol-Su, un haut-responsable nord-coréen, la semaine dernière à l’AFP à Pyongyang.

Cette interdiction souffre quelques exceptions si elles sont « dans l’intérêt national », répondent à des critères humanitaires ou encore si le demandeur est un représentant de la Croix Rouge.

Environ 5.000 touristes occidentaux, dont un millier d’Américains, se rendent chaque année en Corée du Nord, selon les agences de voyage qui organisent ces visites totalement encadrées par le régime.

Le circuit standard de sept jours coûte environ 2.000 dollars.

– Les morts seront ‘là-bas’ –

Washington a durci le ton depuis vendredi, son ambassadrice à l’ONU Nikki Haley déclarant que le temps des discussions était « terminé ».

L’influent sénateur républicain Lindsey Graham a raconté mardi que le président Donald Trump lui avait dit être prêt à partir en guerre pour empêcher Pyongyang de mettre au point un ICBM doté d’une tête nucléaire.

« Il y a une bonne option militaire, celle de détruire le programme nord-coréen et la Corée du Nord elle-même ».

« S’il y a une guerre, elle se déroulera là bas. S’il y a des milliers de morts, ils mourront là bas. Ils ne vont pas mourir ici. Et ça, il me l’a dit en face ».

Le secrétaire d’État américain Rex Tillerson a souligné peu après que Washington ne cherchait pas à renverser le régime nord-coréen: « nous ne sommes pas votre ennemi, nous ne sommes pas votre menace, mais vous représentez une menace inacceptable pour nous, et nous devons y répondre ».

Pour Jeung Young-Tae, directeur des études militaires à l’Université Dongyang, Pyongyang a franchi une « ligne rouge » avec son dernier essai car cet ICBM « représente une menace apparemment tangible pour la sécurité nationale des Etats-Unis ».

« Qu’on le veuille ou non, le risque d’une action militaire unilatérale américaine ne peut être exclu », dit-il à l’AFP. Le risque de conflit militaire « est plus grand que jamais ».

Certains craignent une « crise du mois d’août ». Séoul et Washington doivent entamer bientôt des exercices militaires annuels conjoints dénoncés comme la répétition d’une invasion par le Nord, qui pourrait répliquer par une provocation majeure.

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