Colombie: fin du désarmement des Farc et d’un conflit de plus de 50 ans

Photo fournie par la présidence colombienne montrant le président Juan Manuel Santos (g) un moment avant de fermer les containers des dernières armes rendues par les Farc à Pondores au nord de la Colombie, le 15 août 2017. (Nelson Cardenas/SIG)
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Photo fournie par la présidence colombienne montrant le président Juan Manuel Santos (g) un moment avant de fermer les containers des dernières armes rendues par les Farc à Pondores au nord de la Colombie, le 15 août 2017. (Nelson Cardenas/SIG)

Remis à jour 16/08/2017 À 15h28

Le conflit avec la guérilla des Farc, qui a déchiré la Colombie pendant plus d’un demi-siècle est « vraiment » terminé, a proclamé mardi le président Juan Manuel Santos après la remise des dernières armes de cette puissante rébellion, qui a signé la paix et prépare désormais sa reconversion en parti politique.

« Aujourd’hui, c’est le dernier souffle du conflit (…) Avec cet abandon des armes, le conflit se termine vraiment et une nouvelle phase débute dans la vie de notre Nation », a déclaré le chef de l’Etat et prix Nobel de la Paix 2016, dans une allocution retransmise depuis la zone de Pondores (La Guajira, nord).

Les FARC sont la plus ancienne et plus importante rébellion du continent américain, fondée en 1964.

« Avec cet évènement, le processus de vérification du cessez-le-feu et du dépôt des armes se termine (…) et débute, également par les Nations unies, la vérification de la réincorporation des Farc à la vie politique, économique et sociale du pays », a souligné Ivan Marquez, l’un des chefs des Farc et ex-négociateur aux pourparlers pour l’accord de paix signé en novembre.

À ses côtés, M. Santos a verrouillé le dernier conteneur à quitter, sous supervision des Nations unies, la zone de Pondores, l’une des 26 où les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes) sont regroupées depuis le début de l’année.

– Des milliers d’armes récupérées –

Depuis huit mois, près de 7.000 hommes, femmes et mineurs des Farc ont laissé leurs armes qui seront fondues en trois monuments érigés à Bogota, au siège de l’ONU à New York et à La Havane où se sont tenues les négociations de paix pendant quatre ans.

Le Français Jean Arnault, chef de la mission des Nations unies, a salué ce « processus exhaustif de dépôt des armes ». Il a précisé qu’ont été récupérées 8.111 armes et près de 1,3 million de cartouches, et que « les Farc ont communiqué la localisation de 873 caches », contenant « 795 armes, 22 tonnes d’explosifs divers, 3.957 grenades et 1.846 mines antipersonnel ». Le délai pour localiser les dernières caches court jusqu’au 1er septembre.

Les Farc entament désormais une nouvelle étape, comme prévu par l’accord de paix signé en novembre pour mettre fin à un conflit qui, au fil des décennies, a impliqué d’autres guérillas et des paramilitaires, faisant environ 7,5 millions de victimes, entre morts, disparus et déplacés.

Tout en devant rendre des comptes devant une justice spéciale, elles vont se transformer en parti politique de gauche, sans doute fin août. « Nous tiendrons bientôt le congrès fondateur du nouveau parti politique qui s’appellera sûrement Force alternative révolutionnaire de Colombie », a avancé Ivan Marquez.

L’accord garantit à l’ex-guérilla au moins dix sièges au Congrès bicaméral qui compte 268 parlementaires, pendant deux mandats, soit huit ans.

Devenus civils, les ex-guérilleros devraient vivre dans les 26 zones désormais appelées « espaces territoriaux de formation et de réincorporation ». « Notre pari est que l’immense majorité, du moment que nous réussissons à générer des projets collectifs économiques, restent dans ces zones, voire avec leurs familles », a déclaré à l’AFP Carlos Antonio Lozada, autre chef de l’ancienne rébellion.

[toggle title= »LA COLOMBIE ADOPTE UN PLAN DE PROTECTION DES EX-GUÉRILLEROS DES FARC » load= »hide »]

Le gouvernement colombien a annoncé mercredi un plan de sécurité pour protéger les quelque 7.000 ex-guérilleros des Farc, après des assassinats dénoncés par les chefs de l’ancienne rébellion, qui va se convertir en parti politique.

Environ 5.000 soldats ont été déployés dans 10 zones présentant le plus de risques, sur les 26 où sont regroupés les anciens membres des Farc, dont le désarmement s’est achevé mardi, a expliqué le ministre de la Défense, Luis Carlos Villegas.

« La sécurité des démobilisés, des réincorporés (à la vie civile) est la priorité de la force publique », a-t-il assuré lors d’une conférence de presse à Bogota.

Le président Juan Manuel Santos a proclamé mardi que le conflit de plus d’un demi-siècle avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes) est « vraiment » terminé, suite à leur désarmement prévu par l’accord de paix signé en novembre.

Selon les chefs des Farc, la grande majorité des ex-guérilleros devraient rester dans ces zones, où ils sont regroupés depuis huit mois pour préparer leur retour à la vie civile, et y développer des projets productifs.

Le ministère de la Défense a classé ces régions en fonction des risques, et dans chacune des dix plus exposées il maintiendra le dispositif militaire actuel, soit 450 à 500 effectifs de l’armée de terre.

Les 16 autres, où le niveau de risques est jugé moyen ou faible, compteront 281 militaires, en plus d’un dispositif policier, a ajouté M. Villegas.

Les chefs de ce qui fut la guérilla la plus puissante du continent américain ont exprimé leur préoccupation quant à la sécurité de ses membres. « La sécurité des Farc et de leurs familles est critique: il y a déjà eu 22 assassinats en 2017 », a déploré Rodrigo Londoño, le leader des Farc, sur Twitter.

Au cours de la seule semaine écoulée, deux ex-guérilleros, qui avaient été amnistiés, ont été assassinés, a admis le ministre de la Défense.

M. Santos s’est engagé à garantir la sécurité des anciens rebelles. « Nous avons écouté les membres des Farc qui ont fait des réclamations recevables, disant que des membres de leur organisation ont été assassinés (…) Nous sommes déterminés à ne pas permettre que cela arrive », a-t-il déclaré mardi, lors d’un acte symbolique marquant la fin du désarmement des guérilleros.

Les derniers conteneurs transportant les armes, sous supervision de l’ONU, ont quitté les zones de regroupement. Elles seront fondues pour ériger trois monuments à la paix.

Les Farc, qui doivent lancer leur parti politique le 1er septembre à Bogota, ont par ailleurs remis aux autorités les derniers mineurs présents dans leurs rangs, ainsi que l’inventaire définitif de leurs biens qui serviront à dédommager les victimes.

Au total, 124 adolescents mineurs ont quitté les Farc, selon Paula Gaviria, conseillère présidentielle pour les droits humains.

Le conflit armé colombien a, au fil des décennies, impliqué une trentaine de guérillas — dont l’Armée de libération nationale (ELN), dernière rébellion active avec laquelle le gouvernement négocie la paix depuis février — des milices paramilitaires d’extrême droite et les forces de l’ordre. Il a fait au moins 260.000 morts, plus de 60.000 disparus et environ 7,1 millions de déplacés.[/toggle]

– Risques et défis –

« On peut déjà considérer que les Farc disparaissent comme groupe guérillero (…) et deviennent des citoyens normaux », a déclaré à l’AFP l’analyste Ariel Avila, de la fondation Paix et Réconciliation, qui suit la mise en oeuvre du processus.

Cette nouvelle étape cruciale pour la Colombie comporte toutefois des défis, qui vont de la sécurité physique des ex-rebelles au lent processus d’amnistie de centaines de Farc emprisonnés.

Outre quelque 450 dissidents des Farc, l’Etat affronte encore l’Armée de libération nationale (ELN), guérilla moins importante avec laquelle des pourparlers ont débuté en février, et les gangs de trafic de drogue essentiellement issus des ex-milices paramilitaires.

Sept membres de l’ex-guérilla ont été assassinés depuis le début du désarmement en janvier, selon M. Avila.

Les ex-guérilleros et les agents des forces de l’ordre devront comparaître devant une juridiction spéciale de paix, qui prévoit des sanctions alternatives à la prison pour ceux qui avouent leurs crimes, dédommagent les victimes et s’engagent à ne plus jamais exercer de violence.

Mais l’opposition de droite promet de réviser l’accord avec les Farc, qu’elle juge trop indulgent, si elle remporte les élections générales prévues en 2018.