La menace nucléaire nord-coréenne est-elle crédible ?

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Photo diffusée par l’agence officielle nord-coréenne KCNA montrant le leader nord-coréen Kim Jong-Un inspectant le missile Hwasong-14, testé le 4 juillet 2017par Pyongyang. (KCNA VIA KNS/AFP/STR)

Le renseignement militaire américain en est désormais convaincu: la Corée du Nord a réussi à miniaturiser l’arme atomique pour l’embarquer à bord d’un missile – y compris intercontinental – capable de menacer les États-Unis, a révélé le Washington Post mardi.

Le pays a réussi ce tour de force technologique plus rapidement que prévu mais, selon les experts, il lui reste des obstacles à franchir avant de devenir une puissance nucléaire à part entière, capable de frapper partout, à tout moment, à un endroit précis.

– Où en est la capacité nucléaire de Pyongyang ?

La Corée du Nord a mené cinq essais nucléaires dont le dernier en date le 9 septembre 2016. La bombe avait à peu près la puissance de celle lancée sur Nagasaki le 9 août 1945, soit environ 20 à 30 kilotonnes.

Pyongyang avait alors annoncé que c’est ce type d’engin qu’il comptait miniaturiser et « standardiser » pour les embarquer sur ses missiles balistiques.

Le pays a procédé à de nombreux tirs de missiles y compris deux lancements réussis de missiles intercontinentaux, dont les experts estiment qu’ils ont la capacité d’atteindre la côte ouest et la côte est des Etats-Unis avec une portée d’environ 10.000 kilomètres.

– Le danger est-il immédiat ?

La miniaturisation de la charge nucléaire et la fabrication d’un missile avec une portée et une précision suffisante ne sont que deux éléments d’une équation complexe. Il faut que la tête survive à un vol à 25.000 km/h pour la propulser dans l’espace et, surtout, elle doit résister à un retour dans l’atmosphère où les frottements la soumettent à des températures et des vibrations extrêmement élevées.

Or, selon Michael Elleman, du centre de réflexion International Institute for Strategic Studies, le véhicule de ré-entrée s’est délité lors du test d’un missile intercontinental le 28 juillet.

Avec un tir réel, la charge aurait sans doute été détruite avant d’atteindre son objectif.

Il est néanmoins possible que les ogives actuelles soient assez robustes pour résister à un tir de missile de moins longue portée.

Siegfried Hecker, un expert nucléaire à l’université de Stanford, estime qu’il faudra peut-être encore cinq ans à la Corée du Nord avant d’avoir un véhicule de ré-entrée assez résistant.

« Je ne pense pas qu’ils aient suffisamment d’expérience en matière de missiles ou d’essais nucléaires pour être capables de mettre en oeuvre une ogive nucléaire suffisamment petite, légère et robuste pour survivre à un tir par missile balistique intercontinental », a-t-il expliqué à l’AFP.

– Quels autres obstacles ?

M. Hecker, qui a visité la Corée du Nord à plusieurs reprises pour évaluer son programme nucléaire, estime que le programme militaire nucléaire de Pyongyang est fortement freiné par ses faibles stocks d’uranium et surtout de plutonium, le matériel de choix pour une arme destinée à un missile intercontinental.

Selon lui, la Corée du Nord a de l’uranium et du plutonium pour fabriquer 20 à 25 bombes.

C’est beaucoup moins que les 60 armes nucléaires dont disposerait Pyongyang, selon le renseignement militaire américain, cité par le Washington Post mardi.

Pyongyang menace de tirer quatre missiles vers Guam, Washington met en garde Kim Jong-Un

Le régime nord-coréen a confirmé jeudi vouloir tirer quatre missiles vers l’île américaine de Guam, dans le Pacifique, affirmant que seule la force fonctionne avec le président américain Donald Trump, « un gars qui a perdu la raison ».

Après avoir promis mardi le « feu et la colère » au régime de Kim Jong-Un, Donald Trump s’est montré mercredi, d’un simple tweet, plus menaçant encore, affirmant que l’arsenal nucléaire américain était « plus fort et plus puissant » que jamais.

S’il a dit espérer ne pas avoir à utiliser l’arme dévastatrice, ses propos marquent un nouveau palier, au moment où la communauté internationale cherche les moyens de freiner le développement des programmes balistique et nucléaire nord-coréens.

Le ton contrastait singulièrement avec celui de son secrétaire d’Etat, Rex Tillerson. Depuis le territoire américain de Guam, au cours d’une escale prévue de longue date, il a insisté mercredi sur le fait qu’il n’existait à ses yeux « aucune menace imminente ».

Quelques heures auparavant Pyongyang avait menacé de tirer des missiles sur cette petite île du pacifique, d’une importance stratégique pour les États-Unis.

« Je pense que les Américains peuvent dormir tranquillement et ne pas s’inquiéter de la rhétorique de ces derniers jours », a ajouté M. Tillerson, insistant sur les intenses tractations diplomatiques en cours.

De son côté, le chef du Pentagone Jim Mattis a appelé Pyongyang à arrêter sa course aux armes nucléaires, mettant en garde contre des décisions qui mèneraient « à la fin de son régime et à la destruction de son peuple ».

« Les actions du régime de la RPDC (la Corée du Nord, ndlr) seront à chaque fois largement surpassées par les nôtres et il perdrait toute course aux armements ou conflit qu’il déclencherait », a insisté l’ancien général des Marines, soulignant l’isolement grandissant de Pyongyang.

Réagissant à l’escalade verbale du président Trump, l’agence officielle nord-coréenne KCNA a affirmé jeudi matin qu' »un dialogue sensé n’est pas possible avec un tel gars qui a perdu la raison et seule la force absolue fonctionne avec lui ».

Selon KCNA, l’armée nord-coréenne aura achevé à la mi-août ses plans pour une attaque contre Guam. Ces plans, prévoyant le tir de quatre missiles qui survoleront le Japon, sera présenté pour approbation à Kim Jong-Un et constituera un « avertissement crucial aux États-Unis », a précisé l’agence.

Et l’agence d’indiquer que ces quatre missiles « voleront 17 minutes et 45 secondes sur une distance de 3.356,7 km, et s’écraseront en mer à 30 ou 40 km de Guam ».

Cette île reculée de quelque 550 km2 est un avant-poste clé pour les forces américaines sur la route de l’Asie, où vivent 162.000 personnes. Environ 6.000 soldats y sont déployés et elle dispose surtout d’une base aérienne capable d’accueillir les bombardiers lourds américains du B-52 au B-2 en passant par le B-1.

Le calme régnait à Guam où les autorités, rassurantes, invitaient habitants et touristes à « se relaxer et à profiter du paradis ».

Le gouvernement japonais de son côté a averti jeudi qu’il ne pourrait « jamais tolérer les provocations » de la Corée du Nord, après que le régime de Pyongyang a menacé de tirer des missiles vers l’île américaine de Guam, dans le Pacifique.

« Nous appelons fermement la Corée du Nord à prendre au sérieux les avertissements répétés de la communauté internationale, à se plier aux résolutions de l’ONU et à s’abstenir d’autres provocations », a déclaré le porte-parole du gouvernement Yoshihide Suga.

Sur la scène internationale, plusieurs pays ont exprimé leurs inquiétudes face au ton belliqueux adopté par le locataire de la Maison Blanche. L’Allemagne a appelé toutes les parties « à la retenue ». La Chine, le seul véritable allié du régime nord-coréen, a exhorté à éviter « les paroles et actions » susceptibles d’accroître la tension dans la péninsule.

Interrogée sur la succession de notes discordantes depuis 24 heures, Heather Nauert, porte-parole du département d’Etat, a assuré que les États-Unis parlaient « d’une seule voix ». « Et d’ailleurs, le monde parle d’une seule voix », a-t-elle ajouté, évoquant le vote par le Conseil de sécurité de l’ONU de nouvelles sanctions contre la Corée du Nord.

Le pays reclus est désormais doté d’armes nucléaires susceptibles d’être embarquées sur des missiles balistiques, y compris des missiles balistiques intercontinentaux (ICBM), selon les conclusions d’un rapport confidentiel achevé en juillet par l’agence américaine de renseignement militaire, la DIA.

Mais les spécialistes divergent de longue date sur les véritables capacités du Nord, en particulier à miniaturiser une tête nucléaire de façon à pouvoir la monter sur un missile.

Seul point de consensus: Pyongyang avance à grand pas depuis l’arrivée au pouvoir de Kim Jong-Un en décembre 2011.

Dans ce climat tendu, l’un des conseillers de Donald Trump, Sebastian Gorka, a appelé à l’unité derrière le président, dressant un parallèle avec la crise des missiles soviétiques à Cuba, qui, au début des années 60, mena le monde au bord du conflit nucléaire. « Durant la crise des missiles de Cuba, nous nous sommes rassemblés derrière JFK. C’est comparable à la crise des missiles », a-t-il déclaré sur Fox News.

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