Les États-Unis toussent, le Canada attrape le rhume: le flot de migrants effrayés par Trump ne tarit pas

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ur les six premiers mois de l’année, ce sont 6500 réfugiés qui ont été accueillis au Québec, un chiffre qui va gonfler avec l’afflux des Haïtiens. Mais la gestion de ces volumes n’inquiète pas le gouvernement fédéral qui a accueilli plus de 40 000 réfugiés syriens depuis fin 2015.

Des dizaines de migrants, majoritairement des Haïtiens craignant d’être expulsés des États-Unis, continuaient à passer illégalement la frontière dimanche pour demander l’asile au Canada.
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Mise à jour 07/08/2017 à 18h33

Montréal a reçu des demandes pour ouvrir d’autres centres d’hébergement pour accueillir les demandeurs du statut de réfugié qui affluent à la frontière canado-américaine, a indiqué le vice-président du conseil exécutif de la métropole, Harout Chitilian, qui faisait le point sur la situation lundi, en fin d’après-midi, près de l’édifice des Sœurs de la providence, dans le quartier Ahunstic-Cartierville, qui héberge depuis dimanche des nouveaux arrivants.

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Sous une grande tente, dressée au bout d’un chemin forestier, principal point d’entrée des migrants dans le sud du Québec, des policiers fédéraux procédaient aux premières vérifications de l’identité des migrants dont le flot ne tarit pas.

Plus d’une centaine de personnes ont été contrôlées sous cette tente en début de matinée dimanche tandis qu’une cinquantaine attendaient patiemment leur tour pour se faire enregistrer par les services frontaliers canadiens, a constaté un photographe de l’AFP.

Les migrants majoritairement des Haïtiens, mais aussi des Yéménites ou des Somaliens, traînant valises et paquets, traversent la frontière à pied à proximité du poste frontière de Lacolle dans le sud du Québec.

Une fois enregistrés, les réfugiés sont acheminés dans un centre de transit avant d’être dirigés sur Montréal, où ils seront hébergés pendant que les autorités se penchent sur leurs demandes d’asile.

Aujourd’hui, à l’appel de Solidarité sans frontières, un réseau impliqué dans les luttes immigrantes, actif à Montréal depuis 2003, des centaines de personnes se sont massées près du Stade olympique à Montréal manifester leur appui aux migrants et aux réfugiés, rapportaient les médias locaux.

Une autre manifestation opposée à l’accueil de réfugiés a quant à elle été annulée: le groupe anti-immigration La Meute, craignant d’être taxé de racisme, s’était lui-même dit opposé à cette initiative. «Naturellement, la Meute est contre l’immigration illégale, mais les réfugiés ne sont pas responsables des politiques du gouvernement Trudeau. Ce combat politique doit être mené ailleurs et nous croyons qu’une manifestation devant le Stade Olympique ne fera qu’ajouter au désarroi de familles en détresse qui ont tout abandonné pour une vie meilleure», a écrit le groupe de droite dans un communiqué paru sur sa page Facebook publique.

Alors qu’une partie du complexe du stade olympique de Montréal est utilisée comme refuge temporaire pour les réfugiés arrivés récemment, les migrants haïtiens en particulier, la manifestation organisée par Solidarité sans frontières visait, selon les mots du groupe, « à rejeter le narratif raciste qui mets en contraste les migrants avec les itinérants et les pauvres qui demeurent déjà au Québec » « Nous lançons un appel pour faire un lien entre les luttes de tout les opprimés, pauvres et de classe ouvrière contre les riches et privilégiés. Au lieu de blamer les migrants d’avoir fait des choix valides, nous mettons nos énergies à nous opposer aux systèmes d’oppression […]. « , écrivait l’organisme dans le communiqué invitant les gens à la manif qui a débuté à 12h.

Le flot de migrants, qui s’est soudain accéléré ces dernières semaines, a contraint les autorités à transformer le stade olympique de Montréal en centre d’accueil, dont la capacité a été portée à 1.025 places en fin de semaine.

Selon les estimations du président du syndicat des douanes et de l’immigration, Jean-Pierre Fortin, de 450 à 700 migrants franchissent la frontière chaque semaine à ce point de passage. La ministre québécoise de l’Immigration Kathleen Weil avait indiqué jeudi que d’une « moyenne de 50 demandes (d’asile) par jour » pour la première moitié de juillet, « le rythme était passé à 150 demandes ».

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a promis vendredi que le Canada redoublerait d’efforts pour faire face à la forte augmentation de personnes qui traversent illégalement la frontière américaine afin de demander l’asile au Canada.

Mais il a aussi appelé les demandeurs du statut de réfugié à passer par les « procédures habituelles » d’immigration plutôt que de traverser la frontière illégalement.

La vague de réfugiés haïtiens vers le Canada est la conséquence de la perte prévue de leur Statut de protection temporaire (TPS) aux États-Unis. Ce TPS a été accordé à près de 60.000 Haïtiens après le séisme de 2010. Il a été prolongé au printemps de six mois par l’administration Trump, et devrait donc se terminer en fin d’année.

De nombreux migrants choisissent de traverser illégalement la frontière, non pas pour se perdre dans la nature, ni parce qu’ils ont quelque chose à se reprocher,  mais pour faire leur demande d’asile au Canada une fois sur le territoire, alors que, s’ils se présentaient au poste-frontière, ils seraient immédiatement renvoyés.

Partant de la prémisse que le Canada et les États-Unis sont tous les deux des pays sûrs pour les réfugiés et que les migrants sont tenus de présenter leur demande d’asile dans le premier pays où ils arrivent, s’ils se présentaient à un poste-frontière canadien pour déposer une demande d’asile, en vertu de l’entente entre les États-Unis et le Canada sur les tiers pays sûrs, ils seraient immédiatement renvoyés au États-Unis.

C’est pourquoi ce n’est qu’après avoir traversé la frontière, certes illégalement, qu’ils font la demande d’asile. C’est la seule « illégalité » dont ils se rendent coupables, parce qu’effrayés par la politique de nos voisins, ils craignent d’être renvoyés par les États-Unis dans leur pays d’origine qu’ils ont souvent quitté pour fuir des conditions inhumaines.

*Avec AFP

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