Les forces irakiennes en passe de remporter la bataille de Tal Afar

Des combattants irakiens du Hachd al-Chaabi, unités paramilitaires avancent dans Tal Afar, l'un des derniers bastions de l'État islamique en Irak, le 22 août 2017. (AFP/AHMAD AL-RUBAYE)
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Des combattants irakiens du Hachd al-Chaabi, unités paramilitaires avancent dans Tal Afar, l’un des derniers bastions de l’État islamique en Irak, le 22 août 2017. (AFP/AHMAD AL-RUBAYE)

Les forces gouvernementales irakiennes, accompagnées d’unités paramilitaires et appuyées par une coalition internationale sous commandement américain, étaient en passe dimanche de chasser le groupe État islamique (EI) d’un de ses derniers bastions du pays.

Les troupes tiennent désormais « tous les quartiers » du dernier fief du groupe État islamique (EI) dans la province de Ninive (nord), a indiqué une semaine après le début de l’offensive le Commandement conjoint des opérations (JOC), qui coordonne la lutte anti-EI en Irak.

Elles ont notamment repris le centre-ville ainsi que la citadelle ottomane qui le surplombe, perchée sur une colline. Au pied de la Grande mosquée au long et fin minaret endommagé par les combats, un énorme cratère témoignait de la violence des frappes sur la ville, a constaté un journaliste de l’AFP.

Aux alentours, sur de nombreux bâtiments étaient inscrits des slogans religieux laissés par les djihadistes, et le drapeau, mis à bas par les troupes, gisait au sol, à l’envers.

Les forces irakiennes poursuivent toutefois leurs opérations pour débarrasser la ville des derniers combattants de l’EI, des explosifs et autres obstacles laissés derrière eux par les jihadistes et s’assurer de la sécurité des zones reprises, ont constaté des journalistes de l’AFP.

C’est également dans la province de Ninive que les jihadistes ont perdu début juillet Mossoul, la deuxième ville d’Irak, située à 70 kilomètres à l’est de Tal Afar.

Après la prise samedi du centre de Tal Afar et sa citadelle puis dimanche des derniers quartiers aux mains des djihadistes, les combats se poursuivent aux abords de la ville.

– Progression rapide –

L’objectif est désormais de reconquérir al-Ayadieh, une localité à 15 km au nord de Tal Afar. Cette bourgade est importante pour les forces anti-EI car elle se trouve sur la seule route, depuis Tal Afar, que les djihadistes peuvent emprunter pour fuir en Syrie.

Dans le pays voisin, en guerre, les djihadistes sont présents dans les provinces de Deir Ezzor et de Raqa, leur « capitale » en Syrie dont ils ont déjà perdu plus de la moitié au profit d’une alliance arabo-kurde soutenue par les États-Unis.

Le JOC avait indiqué samedi que, sur l’ensemble de la région de Tal Afar, « 1.155 km carrés avaient été repris sur 1.655 km carrés, soient 70% de la zone ».

Dans leur progression, rapide, les forces irakiennes sont aidées par les avions irakiens et de la coalition internationale anti-EI qui pilonnent la région depuis des semaines.

L’avancée à Tal Afar, qui comptait au moins dix fois moins d’habitants que Mossoul avant l’entrée des djihadistes en 2014, est sans commune mesure avec celle à Mossoul, qui était encore densément peuplé à l’entrée des troupes en novembre 2016. Là-bas, les combats ont duré neuf longs mois.

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Abbas Youssef revient du front de Tal Afar, kalashnikov en main et immense sourire aux lèvres: aujourd’hui, avec ses camarades de combat, ce Turkmène des unités paramilitaires irakiennes a repris sa maison, qu’il avait fuie à l’arrivée des djihadistes il y a trois ans.

En 2014, quand le groupe État islamique (EI) s’emparait lors d’une percée éclair de près d’un tiers de l’Irak, dont sa ville de Tal Afar, à 70 kilomètres à l’ouest de Mossoul, Abbas répondait à l’appel du grand ayatollah Ali al-Sistani, la plus haute autorité chiite du pays.

Avec des milliers d’autres Irakiens, il rejoignait les rangs du Hachd al-Chaabi, ces unités dites de « mobilisation populaire », des forces paramilitaires dominées par les milices chiites soutenues par l’Iran.

Et avec lui, de nombreux Turkmènes chiites, majoritaires à Tal Afar et présents ailleurs dans le nord mais forcés de s’exiler plus loin, dans le sud irakien où se trouvent les villes saintes chiites.

Il y a trois ans, se souvient Abbas, « j’ai dû partir avec ma famille dans la province de Diwaniya », au sud de Bagdad, « et abandonner ma maison », celle-là même pour laquelle cet Irakien aux cheveux et à la barbe poivre et sel avait « tout sacrifié pour payer la construction ».

– ‘Bonheur indescriptible’ –

Aujourd’hui, ce quadragénaire, militaire à la retraite, est de retour. Il combat dans son quartier d’al-Kifah, dans l’ouest de Tal Afar, l’un des derniers bastions de l’EI en Irak visé depuis une semaine par une offensive des forces gouvernementales irakiennes associées au Hachd et soutenues par la coalition sous commandement américain.

« Vous ne pouvez pas imaginer mon bonheur quand j’ai vu ma maison », dit-il à l’AFP. « C’est un sentiment indescriptible de la reprendre, le fusil à la main », s’épanche l’homme, qui s’essuie le front couvert de poussière et de sueur avec un bandeau vert, couleur symbole des combattants chiites.

À côté de lui, son compagnon d’armes et voisin à Tal Afar, Akram Qambar Yass, est assis sur une pierre, devant une clinique. « C’est ici même que j’étais posté quand je travaillais comme membre de la police locale » de Tal Afar, explique-t-il à l’AFP, jusqu’à l’arrivée des djihadistes sunnites de l’EI.

Après leur entrée dans la ville de 200.000 habitants, en majorité Turkmènes chiites, mais également Turkmènes et Kurdes sunnites, comme les autres, Akram a pris la route du sud avec toute sa famille. Aujourd’hui, de là où il est assis, il montre du doigt une maison aux murs roses et au toit de briques. « C’est celle de ma soeur », dit-il.

Si lui et Abbas ont pris le chemin de la guerre, les autres Turkmènes chiites de Tal Afar ne sont pas en reste, assure-t-il. « Les jeunes combattent et les plus âgés organisent des convois », ces longues files de voitures et de pick-up venus principalement du sud de l’Irak à bord desquels des familles viennent apporter nourriture, vêtements et autres équipements aux troupes au front.

– ‘On est chez nous’ –

Quant aux habitants de Tal Afar qui sont restés dans la ville, « ce ne sont que quelques familles, et elles appartiennent à l’EI », assure Akram.

« La plupart des chefs de l’EI à Tal Afar viennent de familles connues », l’interrompt Abbas. L’un des hommes les plus proches d’Abou Bakr al-Baghdadi, le « calife » autoproclamé de l’EI, ajoute-t-il, était d’ailleurs « un Kurde de Tal Afar, Abou Alaa al-Afri ».

« La plupart des émirs locaux de l’EI sont des gens de Tal Afar, ce n’est qu’après que les Turcs et les étrangers sont arrivés », explique encore Abbas, qui comme beaucoup de Turkmènes est turcophone. « Hier, on a entendu des djihadistes turcs parler dans leurs talkiewalkies et dire qu’ils ne se rendraient pas. Qu’ils aillent en enfer! », lâche-t-il.

À ses côtés, un combattant âgé d’une trentaine d’années accuse les djihadistes de détruire « les maisons pour empêcher les habitants de revenir ».

« En réalité, ils ne combattent même pas », poursuit celui qui se fait appeler Abou Zineb, son uniforme militaire couvert de poussière beige. « Hier, on est entrés dans une maison où il y avait un stock d’armes qui aurait pu leur permettre de tenir encore deux semaines s’ils le voulaient », poursuit l’homme.

« Mais ce sont des lâches, ils ne peuvent pas nous résister, parce qu’ici, on est chez nous! ».[/toggle]

– Ville fantôme –

Ses 200.000 habitants, en majorité Turkmènes chiites, ont pour beaucoup fui l’occupation jihadiste à partir de l’été 2014. Alors que les humanitaires se préparaient à un nouvel exode de civils au fur et à mesure de l’avancée des troupes, jusqu’ici le flux de déplacés est ténu, assurent combattants et humanitaires.

Parmi eux, Abou Zineb est revenu dans sa ville, désormais fantôme et où les dégâts sont importants, en tant que combattant du Hachd al-Chaabi, des unités paramilitaires dominés par les milices chiites.

Il accuse les djihadistes d’avoir « tout fait exploser ». « Ils détruisent les maisons en raison des combats, mais aussi pour empêcher les habitants de revenir », affirme le trentenaire à l’AFP.

Mais alors que se dessine la fin des opérations à Tal Afar, les forces anti-EI en Irak ont encore deux objectifs.

D’un côté, Hawija, à près de 300 km au nord de Bagdad, dans la province de Kirkouk. La coalition internationale a annoncé avoir mené ces derniers jours dans ce secteur deux raids aériens ayant notamment détruit « deux unités tactiques de l’EI et un point de contrôle et de commande ».

De l’autre, trois localités de l’ouest désertique frontalier de la Syrie: al-Qaïm, Rawa et Anna, tenues par l’EI.

Lors d’une offensive fulgurante en 2014, l’EI s’était emparé de près d’un tiers de l’Irak mais il a ensuite perdu beaucoup de terrain.

Mais cette organisation ultraradicale, également en perte de vitesse en Syrie, parvient encore à frapper. Elle a récemment revendiqué des attentats meurtriers en Espagne, en Belgique et en Russie.