Menace nord-coréenne: le comité de la Défense de la Chambre des Communes discute du bouclier américain

0
Photographie prise le 4 juillet 2017 par l’agence officielle nord-coréenne KCNA, montrant un tir de missile balistique intercontinental par la Corée du Nord. (KCNA VIA KNS/AFP/STR)

Remis à jour 24/08/2017 à 21h02

Troublés par la menace nord-coréenne, quatre membres du Comité de la Défense de la Chambre des Commune ont demandé une réunion qui s’est tenue aujourd’hui pour discuter de leur demande d’étudier la capacité du Canada à se défendre et à défendre ses alliés en cas d’attaque de la Corée du Nord sur le continent nord-américain.

Les quatre députés d’opposition opposition membres du Comité ont demandé à ce que celui-ci se réunisse d’urgence au parlement pour se pencher sur cette question et tenter notamment de déterminer si le Canada devrait adopter le système continental de défense contre les missiles balistiques conçu par l’armée américaine auquel Ottawa a jusqu’ici refuser de participer.

La réunion a eu lieu à huis-clos.

Cette rencontre survient après l’escalade des tensions entre Washington et Pyongyang suite aux essais de tirs de missiles balistiques intercontinentaux du régime nord-coréen, tensions exacerbées par la rhétorique enflammée du président américain Donald Trump qui a menacé Pyongyang du feu et de la furie » américaine et du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un,qui a répliqué en menaçant de tirs de missiles vers l’île américaine de Guam qui abrite d’importantes base aériennes et navales des forces armées des États-Unis dans le Pacifique.

À l’origine de la déclaration incendiaire du président américain, la nouvelle révélée le 8 août par le Washington Post que la Corée du Nord aurait réussi à miniaturiser suffisamment une bombe nucléaire pour l’embarquer sur l’un de ses missiles intercontinentaux, selon des conclusions secrètes d’experts du renseignement américain.

Si un jour les missiles nord-coréens chargés d’ogives nucléaire peuvent atteindre Los Angeles, ils pourraient tout aussi bien frapper Vancouver.

Le gouvernement canadien avait en effet décidé en 2005 de ne pas se joindre au controversé projet de bouclier antimissile des États-Unis. Il n’y a donc pas d’accord-cadre juridique entre le Ottawa et Washington en ce qui concerne la défense antimissiles et, si le Canada devait subir une attaque avec des missiles balistiques, le pays serait vulnérable!

Alors que rien dans l’arsenal canadien ne permettrait actuellement d’empêcher une attaque de ce genre, nous ne faisons pas parti du bouclier antimissiles américain. Si une bombe est largué depuis un avion, c’est le NORAD [États-Unis et Canada] qui intervient, mais, dans le cas de missiles balistiques, c’est le NORTHCOM [États-Unis seulement].

Selon les experts, même si les États-unis pourraient intercepter un missile en direction du Canada, sans accord juridique, ils n’ont aucune obligation d’intervenir sur le champ, malgré l’article 5 de l’OTAN stipulant qu’une attaque contre un pays membre de l’OTAN est une attaque contre tous.

Alors que administration Trump cherche actuellement des moyens de renforcer le système antimissile pour parer les menaces d’États-voyous comme la Corée du Nord, la question de la participation canadienne se pose de nouveau avec acuité.

Il y a quelques semaines, l’ancien ministre conservateur Peter MacKay a dit regretter que le gouvernement Harper n’ait pas fait des démarches pour adhérer au programme. En entrevue sur le réseau de langue anglaise de la télévision publique canadienne, celui qui fut Ministre des Affaires étrangères entre 2006 et 2007 et ministre de la Défense entre 2007 et 2013 a affirmé que si les États-Unis s’inquiétaient de la menace que laisse planer la Corée du Nord, le Canada devrait partager la même préoccupation.

Protection nécessaire ou course aux armements qui ne ferait qu’envenimer la situation ?

Le général à la retraite Roméo Dallaire croit pour sa part que le Canada devrait adhérer au système continental de défense contre les missiles balistiques conçu par l’armée américaine.

La participation canadienne obligerait les États-Unis à abattre tout missile qui se dirigerait vers le Canada – ce qui n’est pas le cas actuellement, souligne–t-il.

Mais le premier ministre Justin Trudeau a dès mercredi écarté l’idée que le gouvernement libéral pourrait adhérer à la défense antimissile continentale, en annonçant le maintien de la décision d’Ottawa de ne pas s’y joindre.

Le lieutenant-général à la retraite et ex-sénateur croit cependant que la question reviendra à l’ordre du jour lorsque le Canada et les États-Unis discuteront de la modernisation du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (Norad).

«C’est au cours de ce genre d’exercice que la question des missiles balistiques peut revenir sur le tapis, a-t-il déclaré à La Presse Canadienne. Le Norad, version améliorée et modernisée, peut surveiller les menaces, et ensuite, obtenir des capacités opérationnelles pour y réagir. Tout peut s’intégrer.»

Mais beaucoup d’opposants à la participation canadienne au bouclier anti-missile croient que cela ne ferait qu’envenimer la situation et qu’Ottawa devrait concentrer plutôt ses énergies sur le front diplomatique.

«Ce genre de système de défense ne fait qu’encourager des pays comme la Corée du Nord — mais aussi la Chine ou la Russie — à améliorer leur système, et cela ne fait que mener à une escalade», a déclaré pour sa part cette semaine la députée néo-démocrate et porte-parole de son parti en matière d’Affaires étrangères Hélène Laverdière.

« Je ne crois pas que la participation ou la non-participation du Canada au bouclier antimissile ait une influence réelle sur l’augmentation de la menace nord-coréenne, a commenté Mme Laverdière. Ce sur quoi nous devons travailler collectivement est le désarmement nucléaire. »

Washington accentue la pression sur Pyongyang

Pendant ce temps, Washington accentue la pression sur Pyongyang et le Trésor américain a désigné 10 entreprises et six individus accusés d’apporter leur aide financière à la Corée du Nord en important notamment du charbon.

«Le département du Trésor continuera d’accroître sa pression sur la Corée du Nord, en visant ceux qui soutiennent le développement des programmes nucléaire et balistique, et en les isolant du système financier américain», a prévenu le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin.

«Il est inacceptable que des individus ou des entreprises en Chine, en Russie ou ailleurs, permettent à la Corée du Nord de générer des revenus utilisés pour développer des armes de destruction massive», a-t-il souligné.

Le département du Commerce a prononcé par conséquent le gel aux États-Unis de tous les biens et avoirs des personnes désignées tandis que les citoyens américains ont pour interdiction de commercer avec eux.

Les sanctions visent en particulier d’importants exportateurs de charbon, dont la société chinoise Zhicheng, sur lesquels s’appuie le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un pour développer ses programmes de développement d’armes nucléaires et missiles balistiques.

«La Corée du Nord génère une part importante d’argent qu’il utilise pour alimenter ses programmes nucléaires et de missiles balistiques en exploitant des ressources naturelles qu’il vend à l’étranger», a expliqué le département du commerce.

Celui-ci estime que le commerce du charbon génère plus d’un milliard de dollars de revenus par an pour le régime de Pyongyang.

Selon Washington, les seules entreprises industrielles chinoises visées par les sanctions de mardi ont importé du charbon nord-coréen représentant un demi-milliard de dollars entre 2013 et 2016.

Escalade de tensions et de sanctions

Washington a également sanctionné trois ressortissants russes, Mikhaïl Pisklin, Andreï Serbin et Irina Huish, qui au travers des entreprises Transatlantic et Velmur ont approvisionné la Corée du Nord en pétrole.

Parmi les autres entreprises visées figurent notamment la société Dandong Rich Earth Trading, basée en Chine, et Gefest-M, société basée à Moscou, qui auraient quant à elles acheté des matières premières (vanadium, métaux) également au profit d’entreprises liées aux programmes militaires nord-coréens.

Ces sanctions font suite à une escalade de sanctions des États-Unis et des Nations unies en réponse à une série de tests de missiles et de menaces envers les États-Unis.

C’est le 29 juin que les États-Unis avaient pris leurs premières sanctions contre une banque chinoise accusée de mener des activités illicites avec la Corée du Nord.

Bank of Dandong, installée dans la ville frontalière chinoise du même nom, est «considérée comme une source d’inquiétude de premier ordre pour le blanchiment d’argent», avait alors affirmé Steven Mnuchin.

Elle est accusée de servir d’intermédiaire «à une activité financière illicite de la part de la Corée du Nord» en facilitant des millions de dollars de transactions au profit de compagnies impliquées dans le développement de missiles balistiques.

Le 6 aout, le Conseil de sécurité de l’ONU avait adopté, sur proposition des États-Unis, la résolution 2371 visant à interdire des revenus tirés des exportations nord-coréennes, notamment dans les secteurs du charbon, du fer et de la pêche.

Les commentaires sont fermés.