Demandeurs d’asile: la Force opérationnelle interarmées (Est) construit un camp temporaire à Saint-Bernard-de-Lacolle

0
Migrants effrayés par Trump: la Force opérationnel interarmées (Est) construit un camp temporaire. (Yves Desbiens/Affaires publiques/2e Division du Canada)

Remis à jour le 10/08/2017

Le camp temporaire à Saint-Bernard-de-Lacolle pour héberger les centaines de migrants qui traversent la frontière canado-américaine, effrayés par les nouvelles politiques de l’administration Trump, « est maintenant prêt à accueillir les migrants avec d’éclairage pour alimenter les tentes, installations sanitaires et les ‘campcuts’ [campements, NDLR] sont installés. », a indiqué jeudi matin le ministère de la Défense.

Près d’une centaine de militaires provenant de la Force opérationnelle interarmées (Est) étaient arrivés mercredi matin pour construire ce camp constitué d’abris de type tente modulaire avec plancher, éclairage et chauffage, et pourra héberger temporairement près de 500 personnes, a indiqué Daniel Lebouthillier, porte-parole du Ministère de la Défense.

Présent sur place, le major Yves Desbiens, responsable des affaires publiques de la 2e Division du Canada, responsable des forces armées pour tout le Québec, a confirmé à 45eNord.ca l’arrivée des militaires à Saint-Bernard-de-Lacolle à 11h15 mercredi 9 août.

Les militaires de l’Unité d’intervention immédiate du Québec provenant du 1er bataillon du Royal 22e Régiment, assistés de militaires de la Garnison Saint-Jean et de la Garnison Montréal, se sont tout de suite mis au travail.

Les 25 grandes tentes étaient prêtes, le plancher rigide en place et alimentées en électricité et munis d’un plancher rigides, dès mercredi dans la soirée, bien que les responsables de l’Agence des service frontaliers ne devaient commenceront à les utiliser qu’aujourd’ui.

Le camp sera complété, les militaires sont retournés à leur base d’appartenance à l’exception de quelques-uns d’entre eux qui sont demeurés sur place afin d’assurer la maintenance de l’équipement des Forces armées canadiennes.

Les Forces armées canadiennes n’assument aucun rôle en matière de sécurité, a tenu à préciser le porte-parole de la Défense. Son personnel ne participera pas à l’accomplissement de tâches liées au maintien de l’ordre et n’assistera pas les autorités civiles dans la conduite de leurs tâches d’application de la loi.

« Notre tâche est d’ériger le camp. Une fois que ce sera terminé, la majorité des militaires vont retourner à leur base respective », a bien souligné le major Desbiens.

La situation précaire accaparait une part importante des ressources de l’Agence des services frontaliers du Canada et de la Gendarmerie royale du Canada dans la région de Saint-Bernard-de-Lacolle.

Alors que le flot de demandeurs d’asile ne tarit pas, des centaines de migrants ont dû être entassés dans les locaux de fortune où ils devaient demeurer parfois pendant deux ou trois jours, le temps que leur identité soit confirmée et qu’ils soient soumis à des vérifications de sécurité.

C’est pourquoi l’aide des Forces armées canadiennes a été sollicitée afin d’appuyer les autorités civiles du gouvernement du Canada à héberger temporairement les demandeurs d’asile à la frontière.

En bref

Migrants «illégaux»: la Force opérationnel interarmées (Est) construit un camp temporaire. (Yves Desbiens/Affaires publiques/2e Division du Canada)

Près d’une centaine de militaires se sont donc rendus à Saint-Bernard-de-Lacolle, mercredi 9 août, pour construire un camp temporaire et débuter le montage des tentes qui serviront d’hébergement aux demandeurs d’asile.

Parmi leurs tâches, les militaires des Forces armées canadiennes ont procédé à:

  • La préparation du site afin d’accueillir l’équipement et les abris de type «tentes modulaires» qui seront installés;
  • La mise en place de l’infrastructure temporaire et de l’équipement nécessaire pour le montage des tentes modulaires;
  • La mise en place d’une centaine (100) de sections de tentes modulaires avec portes permettant d’abriter environ 500 personnes;
  • L’installation des équipements de chauffage et d’éclairage pour alimenter les tentes et assurer un confort aux personnes qui seront hébergées;
  • L’installation des ressources servant à assurer le maintien du camp, tels que des génératrices et le matériel de sécurité incendie, au besoin;

Outre l’équipement spécifié pour le moment, aucun autre matériel n’était requis à ce stade-ci;

L’ampleur, la structure et les capacités de l’aide fournie sont adaptées en fonction des besoins propres à cette intervention d’urgence.

C’est la deuxième intervention de soldats des Forces armées canadiennes en appui aux autorités civiles, ici au Québec, au cours des derniers mois, alors que plusieurs centaines de soldats avaient été déployés dans certaines municipalités du Québec dans le cadre de l’opération LENTUS lors des graves inondations printanières.

L’entente sur les tiers pays sûrs

Le président du syndicat des douanes et de l’immigration, Jean-Pierre Fortin, estimait hier que de 450 à 700 migrants franchissent la frontière chaque semaine à ce point de passage.

Si de nombreux migrants choisissent de traverser illégalement la frontière, ce n’est pas pour se perdre dans la nature, ni parce qu’ils ont quelque chose à se reprocher,  mais pour faire leur demande d’asile au Canada une fois sur le territoire, alors que, s’ils se présentaient au poste-frontière, ils seraient immédiatement renvoyés.

Partant de la prémisse que le Canada et les États-Unis sont tous les deux des pays sûrs pour les réfugiés et que les migrants sont tenus de présenter leur demande d’asile dans le premier pays où ils arrivent, s’ils se présentaient à un poste-frontière canadien pour déposer une demande d’asile, en vertu de l’entente entre les États-Unis et le Canada sur les tiers pays sûrs, ils seraient immédiatement renvoyés au États-Unis.

C’est pourquoi ce n’est qu’après avoir traversé la frontière, certes illégalement, qu’ils font la demande d’asile. C’est la seule « illégalité » dont ils se rendent coupables, parce qu’effrayés par la politique de nos voisins, ils craignent d’être renvoyés par les États-Unis dans leur pays d’origine qu’ils ont souvent quitté pour fuir des conditions inhumaines.

Originaires d’Haïti pour la plupart, les demandeurs d’asile sont des victimes du séisme de 2010 dont leur pays ne s’est jamais véritablement remis. Ils craignent maintenant que l’administration Trump ne mette à exécution sa menace de leur retirer le Statut de protection temporaire qui leur permet de vivre et de travailler légalement aux États-Unis.

Par contre, sans être insensibles au sort des demandeurs d’asile, plusieurs Canadiens craignent pour leur part que l’arrivée de tous ces gens n’ait un effet boule de neige, amenant de plus en plus de réfugiés à nos portes, et que nos capacités d’accueil finissent par être dépassées.

Ce à quoi le premier ministre provincial Philippe Couillard a répliqué jeudi que le Québec est une société mature et disposant des ressources nécessaires pour faire face à cette situation dans l’ordre et la dignité.

M. Couillard a aussi valoir que le fédéral contrôle la frontière québécoise et que les demandeurs d’asile qui la traversent de façon irrégulière sont interceptés par les forces policières et pris en charge afin qu’ils puissent formaliser leur demande d’asile, aucun compromis n’étant fait sur la sécurité.

Les commentaires sont fermés.