Régis Labeaume: capital politique, ignorance des dossiers et l’art de pelleter les problèmes dans la cour du voisin

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(Ville de Québec)

Les commentaires de Régis Labeaume, maire de Québec, en marge de l’annonce d’une partie de baseball caritative au profit de la Fondation des amis de l’Aviation royale du Canada, comme quoi «les soldats n’ont pas de soutien» m’ont mis en rogne.

À priori, quelle belle tribune qui est celle de l’annonce d’une partie de baseball amicale pour lancer cette balle courbe directement dans le grillage pour faire un mauvais jeu de mots !

Sérieusement Monsieur Labeaume qu’avez-vous fait pour aider les militaires, les anciens combattants et les familles depuis que vous êtes maire de Québec ?

Comme un fin politicien, vous avez utilisé, à mauvais escient, la tribune qui vous était offerte la semaine dernière pour vous faire du capital politique sur le dos des militaires, des vétérans et des familles. Eh bien, les militaires, les anciens combattants et les familles ne sont pas dupes ! Comme une majorité de municipalités du Québec, vous n’avez pas fait grands choses pour soutenir les militaires et à quelques mois des élections municipales, vous montez sur vos grands chevaux en vous improvisant le «défenseur de la communauté militaire et des vétérans». C’est n’importe quoi !

C’est tellement plus simple de pelleter les problèmes dans la cour du voisin en l’occurrence le gouvernement fédéral ! Bien entendu que les militaires et les anciens combattants relèvent du gouvernement fédéral, sur papier, mais dans la vraie vie, dans le quotidien, les militaires, les anciens combattants et leurs familles habitent dans les villes et les villages du Québec et sont des membres à part entière de ces communautés. À ce que je sache, les militaires et les anciens combattants payent des taxes municipales et scolaires. Les municipalités soutiennent des organismes communautaires qui viennent en aide à différentes populations (pauvreté, dépannage alimentaire, problèmes psychosociaux, violence, santé mentale, itinérance, etc.). Toutefois, dans le cas des militaires et des anciens combattants, les municipalités «n’osent pas» se sortir la tête du sable, car ces derniers sont de responsabilité fédérale.

Monsieur Labeaume vous avez été en mesure de faire bâtir un amphithéâtre de 370 millions $ à Québec (sans même avoir une équipe professionnelle pour l’occuper), vous ne me ferez pas à croire que vous n’auriez pas pu mobiliser une vingtaine de militaires, d’anciens combattants et de membres de la famille pour discuter des besoins en santé mentale et pour édifier des services «municipaux» dans ce domaine. Vous auriez même pu offrir un local vide de votre grand amphithéâtre pour tenir la rencontre et pour donner un lieu physique à ces initiatives. Mais non, les militaires et les anciens combattants relèvent du gouvernement fédéral et ce dernier, ne fait pas bien son travail selon vous. J’en profite pour mentionner que le gouvernement du Québec n’est pas mieux que votre administration municipale et que les gouvernements municipaux dans le cas des militaires et des anciens combattants. Les politiciens provinciaux sont toujours aux premières loges, couronne de fleurs aux mains et ce, une fois par année, lors du Jour du Souvenir. Pour les 364 autres jours de l’année, les dossiers touchant les militaires et les anciens combattants filent entre leurs doigts comme l’eau sur le dos du canard. D’ailleurs, une preuve tangible, que le gouvernement du Québec se fiche éperdument des militaires, des anciens combattants et de leurs familles, est qu’il ne veut rien savoir de faire du Jour du Souvenir, un jour férié à date fixe. Nous allons donc continuer de nous remémorer les sacrifices de nos héros, le dimanche qui précède le Jour du Souvenir ! C’est comme ça au Québec !

Monsieur Labeaume vous ne connaissez pas les dossiers touchant les militaires et les anciens combattants et comme je peux le constater vous en connaissez encore moins sur ceux qui touchent les questions de santé mentale. Vous avancez: «Le nombre de personnes qu’on connait même ici à Québec, qui ont des problèmes, des syndromes post-traumatiques. [Le gouvernement] ne se préoccupe pas de ces gens-là. C’est déjà beaucoup de gens à Québec qui ont de gros problèmes avec ça, et je trouve qu’ils n’ont pas de soutien». Personne ne va nier que le trouble de stress post-traumatique a une prévalence élevée chez les militaires et que les comportements suicidaires sont malheureusement utilisés pour mettre fin aux souffrances, surtout dans le contexte post-Afghanistan, mais dire que les militaires n’ont pas de soutien, c’est absolument faux, c’est une absurdité !

Les militaires ont actuellement le meilleur système de soin de services de santé au Canada. Point final. Aucune province canadienne ne peut prétendre avoir un système de santé aussi efficace, spécialisé et dont les délais d’accessibilité ne sont pas interminables. Aucune province, Monsieur Labeaume ! Le militaire qui a besoin d’aide sur le plan de la santé mentale peut en avoir en quelques instants seulement. Évidemment, ce dernier doit être prêt à aller chercher de l’aide et à passer par-dessus tous les stigmates qui existent encore dans l’organisation militaire canadienne. Il peut bénéficier de l’expertise d’une multitude de professionnels de la santé mentale: travailleur social, psychologue, psychiatre, infirmière en santé mentale, conseiller en toxicomanie, aumônier en santé mentale et gestionnaire de cas. Bien évidemment, le système de santé des Forces armées canadiennes n’est pas parfait et force de convenir qu’il y a place pour faire mieux, mais le système actuellement en place fonctionne. Pour y avoir œuvré, dans des positions cliniques, de gestion et d’état-major, je peux être extrêmement critique envers le système de services de santé des Forces armées armées, mais il s’agit d’un système qui répond aux besoins en santé mentale des militaires.

J’ose espérer, que votre méconnaissance des dossiers fait en sorte, que vous avez intégré/mélangé dans vos propos les cas des militaires et des anciens combattants, car il est absolument nécessaire de différencier les deux groupes d’individus en matière de services de santé mentale. Les anciens combattants sont beaucoup plus «mal pris» que les militaires devant des besoins urgents ou non en santé mentale. Je l’ai déjà mentionné dans un autre texte publié sur 45eNord.ca que: «Le ministère des Anciens combattants dans pratiquement toute sa structure, toute sa grandeur, a besoin d’être modernisé et pour se faire de nouveaux procédés doivent être édifiés. Il ne faut pas tenter de donner quelques couches de peinture pour le mettre au goût du jour, mais il faut mettre la structure actuelle au rancart et en construire une nouvelle qui répondra aux besoins, aux réalités et aux défis des anciens combattants. Il faut un plan. Il faut des idées. Il faut consulter les anciens combattants et les familles. Il s’agit d’un travail de longue haleine qui demande volonté et rigueur».

En plus de cela, je suis d’avis que les anciens combattants du Canada, comme aux États-Unis, devraient avoir accès au système de services de santé des Forces armées canadiennes jusqu’à leur décès. Cela viendrait certainement régler quelques problèmes d’accessibilité aux services civils de santé pour les anciens combattants, mais ça ne réglerait pas tout. Les familles sont souvent les grandes oubliées dans le domaine des services de soin et de soutien en santé mentale et il faut augmenter l’offre de services qui leur est destinée.

Voilà, Monsieur Labeaume, la prochaine fois à la place de dire n’importe quoi, je vous invite fortement à mettre en place des initiatives «municipales» pour aider les militaires, les anciens combattants et les familles. Il vous reste quelques mois avant les élections municipales. Si vous désirez que vos paroles aient un peu plus de crédibilité, passez donc à l’action ! Arrêtez de pleurnicher que le gouvernement fédéral n’en fait pas assez et mettez la main à la pâte pour aider vos citoyens et citoyennes. Il s’agit d’un devoir essentiel des gouvernements municipaux et provinciaux qui est celui de s’investir sur les questions sociales et de santé mentale qui touchent les militaires et les anciens combattants. Le gouvernement fédéral ne peut pas tout faire à lui seul.

Libéré volontairement en 2014 avec le rang de major, Dave Blackburn est docteur en sociologie de la santé et est professeur régulier à l’Université du Québec en Outaouais (UQO) où le champ de la santé mentale et les Forces armées canadiennes figure dans ses domaines de recherche.

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