Syrie: conditions de vie «terribles» pour les réfugiés fuyant l’EI (CICR)

Tous les jours, des personnes arrivent de Raqqa avec rien du tout - juste les vêtements sur le dos. Leur seul espoir est de rester en vie. (ICRC/Syria)
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Tous les jours, des personnes arrivent de Raqqa avec rien du tout – juste les vêtements sur le dos. Leur seul espoir est de rester en vie. (ICRC/Syria)

Les civils qui fuient les derniers bastions du groupe État Islamique (EI) en Syrie vivent dans des conditions « terribles » dans une dizaine de camps informels mal équipés, a affirmé lundi le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Les djihadistes sont assiégés dans la ville de Raqa (nord) par une alliance kurdo-arabe soutenue par les États-Unis et sous forte pression dans le centre et l’est de la Syrie où les troupes du régime de Bachar al-Assad se rapprochent de Deir Ezzor.

Les combats ont déplacé des dizaines de milliers de personnes, dont une grande partie a trouvé refuge dans des camps de fortune installés dans les province de Raqa et de Hassaké.

[toggle title= »VIOLENTS COMBATS OPPOSANT LES FORCES ANTIDJIHADISTES SOUTENUES PAR WASHINGTON AU GROUPE EI À RAQA » load= »hide »]

De très violents combats ont opposé dimanche les forces antidjihadistes soutenues par Washington en Syrie au groupe État islamique (EI) au cœur de son principal bastion de Raqa, a constaté un correspondant de l’AFP.

Des échanges de tirs nourris entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) –une alliance de combattants kurdes et arabes– et les djihadistes avaient lieu à l’intérieur la vieille ville, a pu constater le journaliste qui se trouvait à la périphérie de ce secteur, près de la muraille historique.

Des obus de mortier tirés par les djihadistes s’abattaient près des positions des FDS qui sont entrées dans la « capitale » de l’EI en Syrie le 6 juin et qui en contrôlent désormais plus de la moitié.

Les FDS ripostaient par des obus de mortier et à l’aide de mitrailleuses lourdes.

Un avion de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis bombardait de manière incessante les positions des combattants de l’EI dans la vieille ville, provoquant d’épaisses fumées blanches.

C’est dans ce secteur que se trouvent les principales fortifications de l’organisation ultraradicale.

Les FDS contrôlent plus de la moitié de Raqa mais rencontrent une résistance acharnée des jihadistes.

« Il y a de violents combats. Nos forces tentent d’assiéger de plus en plus Daech (acronyme en arabe de l’EI) », a expliqué sur place Nouri Mahmoud, porte-parole des Unités de protection du peuple kurde (YPG) –principale composante des FDS–.

Près de la muraille, le journaliste de l’AFP a vu des combattants des FDS transporter cinq des leurs, blessés par l’explosion d’une mine, une des armes de prédilection de l’EI dans cette bataille.

Les djihadistes « ont recours à tous les moyens pour survivre », selon M. Mahmoud.

D’après les FDS, l’EI utilise des mines, des voitures piégées, des drones, des tunnels et des kamikazes pour défendre ses positions à Raqa.

Les FDS, appuyées par les frappes de la coalition internationale, ont lancé il y a huit mois une offensive en vue de s’emparer de Raqa.

L’ONU estime à entre 10.000 et 25.000 le nombre de civils bloqués dans la ville et sans accès à l’aide humanitaire.[/toggle]

Selon Ingy Sedky, porte-parole du CICR à Damas, il existe dans ces deux provinces plus de 40 camps abritant chacun entre 2.000 et 10.000 personnes et installés dans des zones isolées, ce qui complique l’acheminement d’aides et de provisions.

« Ces tentes sont littéralement en plein désert. Les serpents et les scorpions sont une menace quotidienne pour ces gens », a-t-elle expliqué à l’AFP après une visite qu’elle a effectuée afin que CICR évalue les conditions de vie.

« La moitié de la population de ces camps sont des enfants. Ils vivent dans de terribles conditions en raison de la chaleur car la température peut atteindre les 50 degrés durant la journée », a-t-elle dit.

Selon elle, environ 70.000 personnes vivent dans ces camps dont beaucoup manquent d’équipements élémentaires, comme des tentes. Les nouveaux arrivants doivent dormir à la belle étoile, parfois pendant dix jours, en attendant un abri.

« Le camp d’Aricha, dans la province de Hassaké, se trouve dans une ancienne raffinerie de pétrole. Vous pouvez y voir des enfant qui jouent dans des déchets toxiques, qui boivent et se baignent dans de l’eau contaminée », a expliqué Mme Sedky.

« Il n’y a pas de docteurs présents en permanence dans la majorité de ces camps. Il n’y a pas de bandages et il manque même les choses les plus élémentaires », a-t-elle ajouté.

Elle a précisé que le CICR allait agir pour améliorer l’accès à l’eau et aux médicaments dans ces camps.

« La priorité c’est l’eau. Il est essentiel que les gens aient de l’eau potable, car vous pouvez déjà voir que les maladies apparaissent », dont des diarrhées chroniques, dit-elle.

« Même les médicaments de base ne sont guère disponibles, et encore moins ceux pour traiter des maladies chroniques ».

L’alliance kurdo-arabe appuyées par les États-Unis contrôle l’essentiel de la province de Raqa et la moitié de sa capitale éponyme.

Pour leur part, les forces progouvernementales avancent sur deux axes vers la province de Deir Ezzor avec pour objectif d’aller briser le siège imposé depuis des années par l’EI sur une partie de la ville de Deir Ezzor tenue par le régime.

Ingy Sedky a assuré que le nombre d’habitants fuyant cette ville de l’est syrien était en hausse.