Trump intensifie l’escalade verbale face à Pyongyang

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Le président américain Donald Trump, à New London, dans le Connecticut, le 17 mai 2017. (AFP/Archives/ SAUL LOEB)

Donald Trump a encore intensifié mercredi l’escalade verbale face à la Corée du Nord, affirmant que l’arsenal nucléaire américain était «plus fort et plus puissant» que jamais.

Après avoir promis mardi le «feu et la colère» à Pyongyang sur fond de développement de ses programmes balistiques et nucléaires, le président américain s’est montré, d’un simple tweet, plus explicite encore.

S’il a dit espérer ne jamais avoir à utiliser cette «puissance», ses propos, qui font écho à la rhétorique enflammée du régime de Kim Jong-Un, marquent un nouveau palier spectaculaire.

Ils contrastent avec ceux, plus apaisants, de son secrétaire d’État, Rex Tillerson. Depuis depuis le territoire américain de Guam, menacé par Pyongyang, il a insisté sur le fait qu’il n’existait à ses yeux «aucune menace imminente» et que rien n’indiquait que la situation ait évolué «de façon dramatique» au cours des 24 dernières heures.

Le calme régnait dans cette petite île touristique du Pacifique où les autorités se voulaient rassurantes invitaient les habitants à «se relaxer et à profiter du paradis».

Cette île reculée de quelque 550 km2 est un avant-poste clé pour les forces américaines sur la route de l’Asie, où vivent 162 000 personnes.

Environ 6000 soldats y sont déployés et elle dispose surtout d’une base aérienne capable d’accueillir les bombardiers lourds américains du B-52 au B-2 en passant par le B-1.

Appel à la retenue

Les réactions internationales à ce soudain changement de ton de la part du locataire de la Maison-Blanche étaient contrastées: si Paris a jugé qu’il avait fait preuve de détermination, Berlin a appelé toutes les parties «à la retenue».

La Chine, le seul véritable allié du régime nord-coréen, a appelé à éviter «les paroles et actions» susceptibles d’accroître la tension dans la péninsule.

Pyongyang a été visé le weekend dernier par une nouvelle volée de sanctions de l’ONU qui pourraient lui coûter un milliard de dollars de revenus annuels tout en restreignant des échanges cruciaux avec la Chine, son principal partenaire économique.

«La Corée du Nord ferait mieux de ne plus proférer de menaces envers les États-Unis», avait lancé mardi le président américain dans son golf de Bedminster, dans le New Jersey, où il passe des vacances. Les menaces, si elles continuaient, «se heurteront au feu et à la colère», a-t-il ajouté.

Le Nord a surenchéri quelques heures après, annonçant envisager des tirs de missiles près des installations militaires des États-Unis sur l’île de Guam.

Une fois finalisé, ce projet pourrait être mis en oeuvre «à tout moment», dès que le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un l’aura décidé, a rapporté l’agence officielle KCNA, qui cite un communiqué de l’armée.

Des bombardiers lourds américains B-1B basés à Guam ont survolé mardi la péninsule coréenne, ce qui «prouve», selon KCNA, que les «impérialistes américains sont des maniaques de la guerre nucléaire».

Le contexte s’était encore alourdi avec des informations du Washington Post sur les progrès militaires nord-coréens.

Le pays reclus est désormais doté d’armes nucléaires susceptibles d’être embarquées sur des missiles balistiques, y compris des missiles balistiques intercontinentaux (ICBM), selon les conclusions d’un rapport confidentiel achevé en juillet par l’agence américaine de renseignement militaire, la DIA.

Les spécialistes divergent de longue date sur les véritables capacités du Nord, en particulier à miniaturiser une tête nucléaire de façon à pouvoir la monter sur un missile. La DIA avait émis voici quatre ans des conclusions similaires mais elles avaient été balayées par d’autres services de renseignement.

Tous sont d’accord cependant que Pyongyang avance à grands pas depuis l’arrivée au pouvoir de Kim Jong-Un en décembre 2011.

En juillet, Pyongyang a procédé à deux tirs réussis d’ICBM. Le premier, qualifié par Kim Jong-Un de cadeau pour les «salauds d’Américains», mettait l’Alaska à la portée du Nord, le second était le signe que peut-être même New York et Washington étaient vulnérables.

Avec sa dernière offensive verbale contre Pyongyang qui emprunte au registre rhétorique nord-coréen, Donald Trump risque de pousser le régime reclus et imprévisible à lancer cette même attaque qu’il cherche à éviter, dénoncent les critiques du président américain.

Depuis son club de golf du New Jersey, le chef de la Maison Blanche a promis « feu » et « colère » à Pyongyang, qui vient de mener deux tests réussis de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM).

Ces propos semblaient faire écho au registre oratoire de la Corée du Nord elle-même. Le pays hermétique est connu pour ses diatribes grandiloquentes contre ceux qu’il perçoit comme ses ennemis, dont la Corée du Sud, menacée régulièrement d’être transformée « en mer de flammes ».

« La Corée du Nord ferait mieux de ne plus proférer de menaces envers les États-Unis », a lancé le président américain. Faute de quoi, elle s’exposerait « au feu et à la colère, comme le monde ne l’a jamais vu jusqu’ici ».

M. Trump a tenu ces propos quelques heures avant le 72ème anniversaire de l’attaque nucléaire américane sur Nagasaki, au Japon. Et d’après les analystes, Pyongyang va les étudier de près.

Les États-Unis doivent éviter « la rhétorique enflammée qui risque de provoquer cette même attaque qu’on cherche à éviter », a estimé Laura Rosenberger, ancienne directrice du Conseil national de sécurité pour la Corée et la Chine.

La « plus grande inquiétude, c’est qu’ils craignent qu’une action américaine soit imminente et qu’ils agissent d’une manière qu’ils pensent préventive », a-t-elle ajouté sur Twitter.

« Les déclarations de M. Trump aujourd’hui représentent le genre de menaces qui pourraient accélérer et/ou faire prendre cette décision ».

Le sénateur républicain John McCain a aussi déclaré que M. Trump devait marcher sur des œufs avec le Nord, estimant sur une station de radio américaine: « tout ce que cela va faire, c’est nous rapprocher d’une confrontation grave ».

Le premier ICBM tiré par Pyongyang a mis l’Alaska à sa portée, d’après les spécialistes. Le second montre qu’une bonne partie du continent américain, dont Chicago et peut-être même New York, pourrait être menacée.

L’ONU vient d’adopter une septième salve de sanctions qui pourraient coûter à Pyongyang un tiers de ses revenus d’exportation, et Washington, Séoul et Tokyo ont organisé des exercices militaires conjoints pour montrer leur puissance.

Pyongyang, qui justifie ses ambitions nucléaires par le besoin de dissuader les menaces d’invasion, a répliqué en déclarant qu’il envisageait de tirer des missiles sur le territoire américain de Guam, dans le Pacifique.

– À glacer le sang –

La Corée du Nord est coutumière des menaces à glacer le sang et les analystes font valoir qu’annoncer ses projets à l’avance ne relève pas normalement d’une bonne stratégie militaire.

Toute frappe américaine sur le Nord risque de déboucher sur des représailles immédiates — le régime nord-coréen fonde en partie sa légitimité sur son opposition aux États-Unis — et une escalade rapide, avec des conséquences dévastatrices pour la Corée du Sud.

Séoul, où vivent 10 millions d’habitants, est à portée des forces d’artillerie conventionnelles considérables de Pyongyang.

« En s’abaissant à de la rhétorique de style nord-coréen, sans bonnes options pour la suite, M. Trump risque de mettre en jeu sa crédibilité envers ses alliés et ses ennemis », souligne sur Twitter Rory Medcalf, de l’Université nationale australienne.

– ‘Une crevette parmi les baleines’ –

Cela fait des décennies que les Sud-Coréens sont habitués aux déclarations hostiles de leurs voisins, mais l’escalade verbale avec M. Trump, dont les discours sont à géométrie variable, en inquiète plus d’un.

« Vous croyez qu’on en sortira indemnes si les États-Unis transforment la Corée du Nord en mer de flammes? On va tous mourir », disait un internaute sur le site sud-coréen Naver.

Les États-Unis sont le garant de la sécurité du Sud démocratique et capitaliste où sont déployés 28.500 soldats américains. La guerre de Corée (1950-53) a pris fin avec un cessez-le-feu, pas un traité de paix et les GI’s sont chargés de défendre Séoul face à Pyongyang.

Mais en Corée du Sud, certains se demandent déjà si les États-Unis seraient toujours disposés à protéger leur pays, si cela pouvait déclencher des représailles contre des villes américaines à la portée des ICBM nord-coréens.

Les internautes usaient beaucoup de l’expression « une crevette parmi les baleines » pour décrire leur pays ballotté entre les courants diplomatiques et les conflits entre puissants voisins.

« Si ces deux dingos commencent vraiment une guerre, la Corée du Sud sera la plus grande victime », se lamentait un utilisateur en référence à M. Trump et au dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un.

«Ligne rouge absurde»

Les autorités américaines ont répété maintes fois cette année que l’option militaire était «sur la table», mais nombre d’analystes ont exprimé leur surprise face aux propos présidentiels.

«Vouloir surenchérir avec la Corée du Nord en matière de menaces, c’est comme vouloir surenchérir avec le pape en matière de prières», a déclaré sur Twitter John Delury, professeur à l’université Yonsei de Séoul.

Le démocrate Eliot Engel, membre de la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, a regretté la «ligne rouge absurde» tracée par M. Trump et que Kim Jong-Un allait inévitablement franchir.

Le Washington Post a par ailleurs rapporté, citant un autre rapport du renseignement, que le Nord détenait jusqu’à 60 armes nucléaires, soit plus qu’envisagé auparavant.

Malgré tout, les spécialistes jugent que Pyongyang doit encore franchir certaines étapes technologiques.

Après le second test d’ICBM, des experts ont estimé que l’ogive n’avait pas réussi le cap de la rentrée dans l’atmosphère depuis l’espace.

Pour Siegfried Hecker, ex-directeur du laboratoire national de Los Alamos, cité par le Bulletin des scientifiques atomiques, Pyongyang n’a pas l’expérience pour tirer «une tête nucléaire suffisamment petite, légère et robuste pour pouvoir survivre à un acheminement par ICBM»

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