Bangladesh: l’armée va acheminer l’aide aux Rohingyas, le Canada annonce une aide supplémentaire

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Une famille vient d’arriver, pieds nus dans la boue, au camp de réfugiés bondé de Kutupalong, alors que des milliers d’autres cherchent un abri. (HCR/Vivian Tan)

L’armée du Bangladesh va entrer en scène pour faciliter l’arrivée de l’aide humanitaire aux centaines de milliers de réfugiés rohingyas qui fuient les violences de l’armée birmane, accusée par l’ONU de procéder à une épuration ethnique.

Les autorités locales et les organisations humanitaires sont débordées par l’afflux de réfugiés. En trois semaines s’est constitué ici l’un des plus grands camps de réfugiés au monde, selon le Haut commissariat aux réfugiés (HCR).

« C’est à désespérer. C’est l’une des plus grandes crises humanitaires et l’un des plus grands mouvements de masse de personnes dans la région depuis des décennies », a estimé Martin Faller, de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR).

Des campagnes de vaccination contre la rougeole et la polio vont commencer samedi ont indiqué l’OMS et l’Unicef, à destination des 150.000 réfugiés, âgés de 6 mois à 15 ans.

Au total, quelque 391.000 Rohingyas sont arrivés depuis fin août pour fuir une campagne de répression de l’armée birmane consécutive à des attaques de rebelles rohingyas.

L’armée birmane est accusée par la communauté internationale de pratiquer la politique de la terre brûlée. Selon des témoignages des réfugiés confirmés par des rapports d’Amnesty International et de Human Rights Watch, les soldats birmans débarquent dans les villages rohingyas, et font fuir les civils en leur tirant dessus avant d’incendier les maisons.

Pour les ONG et la communauté internationale, le but est clair: vider cette région de l’ouest de la Birmanie de sa minorité musulmane.

« Les soldats ont brûlé tout notre village. Quand nous marchions dans la boue pour rejoindre la frontière, je n’ai vu que des villages réduits en cendres », raconte à l’AFP Somira, 29 ans, installée sur le bord d’une route.

« Certains ont tenté de faire demi-tour pour retrouver leur bétail mais il ne restait plus rien. Ils brûlent tout pour que nous ne puissions même plus retrouver l’endroit où nous vivions avant », ajoute la jeune femme, arrivée depuis quatre jours.

Selon un rapport de Human Rights Watch (HRW) publié vendredi qui vient confirmer celui d’Amnesty international, 62 villages ont été incendiés de façon intentionnelle par l’armée birmane.

« Notre recherche sur le terrain confirme ce que l’imagerie satellitaire a indiqué: l’armée birmane est directement responsable de l’incendie à grande échelle des villages rohingyas dans le nord de l’État Rakhine », a déclaré Phil Robertson, directeur adjoint de HRW Asie.

« Les Nations unies et les pays membres doivent de façon urgente imposer des mesures au gouvernement birman pour arrêter ces atrocités et mettre fin à l’expulsion des Rohingyas », ajoute-t-il.

– ‘Scénario du pire’ –

La communauté internationale doit se préparer au « scénario du pire », a averti jeudi un responsable onusien, à savoir le déplacement de tous les Rohingyas présents en État Rakhine, autour un million, vers le Bangladesh.

Ces dernières années, les pics de violence ont été fréquents mais cela n’avait jamais pris une telle ampleur. Traités comme des étrangers en Birmanie, un pays à plus de 90% bouddhiste, les Rohingyas représentent la plus grande communauté apatride du monde.

Depuis que la nationalité birmane leur a été retirée en 1982, ils sont soumis à de nombreuses restrictions: ils ne peuvent pas voyager ou se marier sans autorisation, ils n’ont accès ni au marché du travail ni aux écoles et hôpitaux.

La « persécution » contre cette minorité musulmane est « inacceptable », a tancé jeudi le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson.

Et le Parlement européen, « gravement préoccupé », a adopté une résolution demandant à l’armée de « cesser immédiatement » ses exactions.

La dirigeante birmane Aung San Suu Kyi, au pouvoir depuis avril 2016 après les premières élections libres depuis plus de 20 ans, concentre les critiques de la communauté internationale.

Elle a promis de sortir de son silence mardi prochain lors d’un grand discours. Un exercice qui s’annonce périlleux pour l’ex-icône de la démocratie qui incarne les espoirs de tout un peuple bâillonné pendant plus de 50 ans par une dictature militaire.

La prix Nobel de la paix doit en effet composer avec l’armée birmane, qui est toute puissante dans la région et reste politiquement incontournable puisqu’elle détient un quart des sièges au Parlement via des députés non-élus, et dirige trois ministères d’importance: la Défense, les Frontières et l’Intérieur.

Le Canada offre une aide humanitaire supplémentaire pour les personnes déplacées au Bangladesh

La ministre du Développement international et de la Francophonie, l’honorable Marie-Claude Bibeau, a annoncé aujourd’hui un financement additionnel de 2,55 millions de dollars pour répondre à la crise humanitaire actuelle dans le nord de l’État de Rakhine, au Myanmar, et à ses répercussions sur son voisin le Bangladesh.

Puisque d’autres civils devraient fuir les violences et entrer au Bangladesh au cours des prochains jours et des prochaines semaines, ces nouveaux fonds permettront de répondre aux besoins vitaux des personnes déplacées, particulièrement les femmes et les enfants, qui constituent 70 % des personnes ayant désespérément besoin d’aide humanitaire.

Conformément à la nouvelle Politique d’aide internationale féministe du Canada, les initiatives dont le financement a été annoncé aujourd’hui contribueront à combler certains de ces besoins et à améliorer le sort des personnes les plus vulnérables, en particulier les femmes et les enfants. Les fonds versés par le Canada financeront notamment les activités suivantes :

  • la distribution d’aliments thérapeutiques aux femmes enceintes et aux enfants de moins de cinq ans;
  • la prestation de soins cliniques et de consultation psychosociale pour les survivantes de violence sexuelle et basée sur le genre;
  • la prestation de soins obstétricaux et néonatals d’urgence;
  • la création d’espaces accueillants pour les enfants.
  • L’aide sera fournie par des partenaires humanitaires d’expérience : le Fonds des Nations Unies pour la population, l’UNICEF et le Programme alimentaire mondial.

« Le Canada demeure profondément préoccupé par la violence dans l’État de Rakhine et par le fait que plus de 375 000 personnes se sont réfugiées au Bangladesh depuis la fin du mois d’août. La contribution canadienne annoncée aujourd’hui permettra aux partenaires de fournir une aide essentielle aux personnes qui fuient la violence. Elle ciblera les besoins en santé sexuelle et reproductive et aidera les femmes et les filles confrontées à la violence sexuelle et basée sur le genre. », a expliqué la ministre canadienne du Développement internationale, Marie-Claude Bibeau. « Nous exhortons également les autorités du Myanmar à prendre des mesures pour protéger tous les civils contre la violence en cours, et nous demandons la reprise complète et sans restriction des activités d’aide humanitaire par l’ONU et les organisations humanitaires internationales présentes au Myanmar. »

Jusqu’à présent, en 2017, le Canada a fourni 6,63 millions de dollars en aide humanitaire à ses partenaires au Myanmar et au Bangladesh pour qu’ils puissent répondre aux besoins des personnes touchées par un conflit, y compris les Rohingya.

L’annonce d’aujourd’hui porte le total de l’aide humanitaire du Canada en 2017 à 9,18 millions de dollars.

*Avec AFP

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