Boeing: le Canada choqué et outré, il est devenu politiquement toxique d’acheter le Super-Hornet

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Un Super Hornet F/A-18E affecté aux « Argonauts » du Strike Fighter Squadron (VFA) 147 décolle du porte-avions USS Nimitz (CVN 68). (Archives/Spécialiste en communication Ian Kinkead /US Navy)

Le premier ministre Justin Trudeau répète depuis mardi l’intention de son gouvernement de ne plus «faire affaire» avec Boeing pour protester contre la décision rendue par le département américain du Commerce d’imposer des droits compensatoires de 220 % aux avions C Series de Bombardier à la suite d’une plainte déposée par Boeing .

Ottawa comptait acheter 18 chasseurs Super Hornet de Boeing afin de combler ce qu’ils décrivait comme un «déficit de capacité» entre le nombre d’avions de combat que le Canada s’est engagé à tenir disponibles et le nombre d’appareils réellement prêts à décoller.

De passage jeudi à Riga, en Lettonie, où 450 militaires canadiens sont déployés, le ministre Sajjan s’est pour sa part dit déçu de la décision des autorités américaines, refusant toutefois de préciser si l’option des Super Hornets était officiellement écartée, mais il a indiqué qu’il envisageait d’autres solutions.

Depuis Riga, le ministre de la Défense Harjit Sajjan a également annoncé qu’Ottawa a renoncé à faire l’acquisition d’avions de chasse de seconde main du Koweït pour soutenir temporairement l’armée de l’air en attendant le remplacement de la vieille flotte de CF-18. Le ministre de la Défense a expliqué ce jeudi que les chasseurs du Koweït n’auraient de toutes façons pas pu être livrés à temps.

Le temps presse cependant pour combler l’«écart de capacité», selon la logique du ministre Sajjan et du gouvernement Trudeau, bien que plusieurs experts, dont une douzaine d’anciens commandants des forces aériennes, ont mis en doute cet «écart de capacité», en plus de signaler que l’acquisition d’avions «temporaires» pourrait être effectuée beaucoup plus rapidement.

Une solution pourrait alors être le rachat de chasseurs de seconde main à l’Australie, qui va bientôt changer ses F/A-18 pour des F-35.

Quoi qu’il en soit, que le temps presse, comme le soutient le gouvernement Trudeau, ou pas vraiment, comme l’affirme l’opposition conservatrice qui doute qu’il y ait un si grand « déficit de capacités », avec tout le Canada maintenant choqué et outré depuis la décision rendue par le département américain du Commerce qui crée une intolérable incertitude sur l’avenir d’un fleuron de l’industrie aéronautique nationale, il est devenu politiquement toxique, voire quasi-impossible d’acheter le Super-Hornet après pareil affront.

Ottawa a donc toujours au minimum l’intention d’interrompre ses discussions avec Boeing au sujet de l’achat des 18 avions de chasse Super Hornet, un contrat évalué à 6,4 milliards.

Le gouvernement est aussi en train de réviser en outre «tous les approvisionnements» en vigueur avec l’avionneur américain, rapporte les médias canadiens. Mais l’interruption totale des relations commerciales entre le Canada et Boeing, souhaitée par plusieurs à Ottawa et à Québec, serait toutefois bien difficile à mettre en application, prévient pour sa part l’expert en défense David Perry, du Canadian Global Affairs Institute, cité par La Presse Canadienne.

«Le gouvernement [Trudeau] a dit qu’il n’aurait plus aucune communication avec Boeing, mais cela ne peut être complètement vrai, à moins que nous déchirions toutes les ententes et les contrats d’entretien pour des équipements de Boeing qui sont déjà en service», a expliqué l’analyste. Boeing est notamment responsable de la fourniture et de l’entretien des avions C17 et des hélicoptères Chinook utilisés par l’armée canadienne. L’entreprise procure aussi des systèmes de communication par satellite et des drones.

Les «obligations actuelles» d’Ottawa envers Boeing s’élèvent à 2,9 milliards de dollars. Les contrats d’approvisionnement déjà en cours arrivent à échéance entre 2019 et 2038.

Boeing. lui, minimise ce que les Canadiens perçoivent comme une véritable guerre commerciale en parlant d’une « simple dispute », ignorant complètement savoir ébranlé l’industrie aéronautique canadienne et québécoise.

À Québec, le premier ministre Philippe Couillard a pour sa part exhorté le gouvernement fédéral à adopter une ligne «très dure» envers Boeing. «Pas un boulon, pas une pièce» ne devrait entrer au Canada tant que le dossier de Bombardier ne sera pas réglé ». Et hier, le secrétaire britannique à la Défense a bien fait comprendre que la guerre commerciale intentée par Boeing pourrait «mettre en péril» ses contrats militaires avec le Royaume-Uni.

Quelque soit l’issue de cette histoire, les pays alliés des États-Unis, comme le Canada et le Royaume-Uni, ne sont tout au moins pas près d’oublier cette poussée de protectionnisme américain « galopant ». Attention, avionneur américain méchant et jaloux!

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