Corée du Nord: les étapes-clés des programmes balistique et nucléaire

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Photo non datée diffusée par l’agence officielle nord-coréenne KCNA le 3 septembre 2017 montre le numéro un nord-coréen Kim Jong-Un (c) examinant une bombe H. (KCNA VIA KNS/AFP/STR)

Pyongyang a mené dimanche son sixième essai nucléaire, selon le gouvernement japonais qui se fonde notamment sur les données de sismologues ayant détecté une « explosion » de magnitude 6,3 près du principal site de tests nord-coréen.

Quelques heures auparavant, les médias officiels nord-coréens avaient assuré que Pyongyang avait mis au point une bombe à hydrogène pouvant être montée sur son nouveau missile balistique intercontinental (ICBM).

D’après l’agence KCNA, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un a inspecté une tête thermonucléaire miniaturisée susceptible d’équiper un missile. Des doutes subsistent quant à la véracité de ces assertions.

Voici les dates clés de la quête de la Corée du Nord pour se doter d’un missile nucléaire capable de frapper le continent américain.

– Fin des années 1970: le Nord commence à travailler sur une version du missile soviétique Scud-B (portée de 300 km). Test en 1984.

– 1987-1992: développe des versions du Scud-C (500 km), le Rodong-1 (1.300 km), le Taepodong-1 (2.500 km), le Musudan-1 (3.000 km) et le Taepodong-2 (6.700 km).

– Août 1998: essai de lancement du Taepodong-1 au dessus du Japon. Pyongyang dit avoir voulu mettre un satellite en orbite, les Etats-Unis affirment que c’est un missile.

– Septembre 1999: le Nord déclare un moratoire sur les essais de missiles à longue portée, avec en toile de fond l’amélioration des relations avec Washington.

– 12 juillet 2000: échec de négociations américano-nord-coréennes sur les missiles, Pyongyang ayant réclamé un milliard de dollars par an pour cesser les exportations de ces engins.

– 3 mars 2005: Pyongyang met fin au moratoire sur les essais de missiles longue portée, arguant de la politique « hostile » de l’administration Bush.

– 5 juillet 2006: essais de tirs de sept missiles, dont un Taepodong-2 (longue portée), qui explose en vol après 40 secondes.

– 9 octobre 2006: le Nord réalise son premier essai nucléaire souterrain.

– 5 avril 2009: le Nord lance une fusée longue portée qui survole le Japon et tombe dans le Pacifique, lors d’une tentative, selon Pyongyang, de mettre en orbite un satellite. Pour les Etats-Unis, le Japon et la Corée du Sud, il s’agit d’un test déguisé du missile Taepodong-2.

– 25 mai 2009: deuxième essai nucléaire souterrain, beaucoup plus puissant que le premier.

– 13 avril 2012: tir de fusée depuis la base de Tongchang-ri (site de Sohae). Le lanceur se désintègre quelques minutes après le décollage.

– 12 décembre 2012: lancement réussi d’une fusée pour officiellement mettre en orbite un satellite civil d’observation terrestre, considéré largement comme un nouvel essai de missile balistique.

– 12 février 2013: troisième essai nucléaire souterrain.

– 6 janvier 2016: quatrième essai nucléaire souterrain. Pyongyang affirme avoir testé une bombe à hydrogène, ce qui est largement mis en doute par les spécialistes.

– 7 février 2016: Pyongyang affirme avoir réussi son deuxième tir de fusée spatiale et avoir mis un satellite en orbite.

– 9 mars 2016: le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un affirme que Pyongyang a réussi à miniaturiser une tête thermonucléaire.

– 23 avril 2016: essai de tir de missile à partir d’un sous-marin.

– 8 juillet 2016: Washington et Séoul annoncent leur projet de déploiement en Corée du Sud du bouclier antimissile américain THAAD.

– 3 août 2016: pour la première fois, le Nord tire directement un missile balistique dans la zone économique maritime du Japon.

– 9 septembre 2016: cinquième essai nucléaire.

– 6 mars 2017: le Nord tire quatre missiles balistiques pour simuler, dit-il, une attaque des bases américaines au Japon.

– 7 mars 2017: Les États-Unis commencent le déploiement du THAAD.

– 14 mai 2017: le Nord tire un missile qui parcourt 700 km avant de tomber en mer du Japon. Les experts pensent que ce projectile a une portée potentielle de 4.500 km et peut atteindre les bases américaines de l’île de Guam.

– 4 juillet 2017: le Nord tire un missile dont la portée est estimée à 6.700 km, ce qui menacerait l’Alaska, selon les experts. Pyongyang annonce l’essai « historique » du Hwasong-14 présenté comme un missile intercontinental (ICBM).

– 28 juillet 2017: Pyongyang lance un missile d’une portée théorique de 10.000 kilomètres, ce qui signifie qu’une bonne partie du continent américain serait menacée.

– 26 août 2017: le Nord tire trois missiles balistiques à courte portée.

– 29 août 2017: le Nord tire un missile qui survole le Japon avant de s’abîmer dans le Pacifique. Selon Séoul, il a parcouru 2.700 kilomètres à une altitude maximum d’environ 550 km.

– 3 septembre 2017: Pyongyang semble mener son sixième essai nucléaire

Les questions posées par l’essai nucléaire nord-coréen

Voici les principales questions qui se posent alors que la Corée du Nord a revendiqué dimanche l’essai « parfaitement réussi » d’une bombe à hydrogène:

Pyongyang a affirmé dimanche avoir testé une bombe H (à hydrogène ou thermonucléaire) « d’une puissance sans précédent » et pouvant être installée sur son nouveau missile intercontinental.

Il s’agit du sixième essai nucléaire nord-coréen et le plus puissant à ce jour. Même si des experts l’estiment probable, il n’y a pas encore eu de confirmation indépendante qu’il impliquait une bombe H, beaucoup plus puissante que la bombe atomique classique déjà testée par Pyongyang.

La bombe H, basée sur le principe de la fusion nucléaire, libère une énergie supérieure aux températures et aux pressions régnant au cœur du soleil. Les États-Unis l’ont testée le 1er novembre 1952 et l’URSS un an après.

La plus grosse à avoir jamais explosé, lors d’un essai soviétique en octobre 1961, avait une puissance de 57 mégatonnes, théoriquement près de 4.000 fois plus que la bombe larguée sur Hiroshima. Aucune bombe H n’a à ce jour été utilisée en dehors de tirs d’essai.

La bombe A, elle, communément appelée « bombe atomique », utilise le principe de la fission nucléaire et a été larguée sur Hiroshima et Nagasaki en 1945. Deux filières ont été développées d’entrée, l’une à l’uranium enrichi, l’autre au plutonium.

L’énergie dégagée lors de la secousse sismique (6,3 de magnitude) provoquée par l’essai était, selon les services météorologiques sud-coréens, cinq à six fois supérieure à celle de la secousse provoquée il y a un an par l’essai précédent.

L’explosion de septembre 2016 (5e essai, lors duquel Pyongyang n’a pas déclaré qu’il s’agissait d’une bombe H) avait provoqué un séisme de 5,3 de magnitude et dégagé une énergie de 10 kilotonnes, moins que la bombe d’Hiroshima (15 kilotonnes).

Le Nord, qui a réalisé son premier essai nucléaire en 2006, avait affirmé lors de son 4e essai en janvier 2016 avoir testé avec succès la bombe H. Mais les experts en ont douté en raison de la faible puissance détectée de l’explosion (six kilotonnes).

Dimanche, la télévision publique nord-coréenne a évoqué une bombe « d’une puissance sans précédent ».

Pyongyang a affirmé que l’essai marquait « une occasion très importante, le fait d’atteindre le but final qui est de parachever la force nucléaire de l’Etat ».

« Je pense que le Nord a atteint le stade où il n’a plus besoin de procéder à des essais. Davantage d’essais n’aurait aucun sens », a dit à l’AFP Koo Kab-Woo, professeur à l’Université des études nord-coréennes de Séoul.

Il souligne que le Pakistan, dont le programme nucléaire serait lié à celui de la Corée du Nord, a effectué six essais nucléaires au total et n’a peut-être pas trouvé nécessaire d’en faire d’autres.

« Si nous prenons l’exemple du Pakistan, le Nord pourrait en être aux étapes finales », ajoute-t-il.

Pour Cha Du-Hyeogn de l’Institut Asan des études politiques de Séoul, le Nord a fait une ultime démonstration de force avec l’essai d’une bombe H et veut que les États-Unis croient ce qu’il dit.

« Tous les essais technologiques peuvent être interprétés comme un jeu de poker », dit-il. « Vous voulez que votre adversaire interprète votre coup comme vous le souhaitez ».

Les analystes sont divisés pour savoir si de nouvelles provocations du Nord pourraient suivre l’essai de dimanche ou bien s’il pourrait permettre l’ouverture d’un dialogue.

Pyongyang a effectué en juillet deux essais réussis d’un missile balistique intercontinental ou ICBM, le Hwasong-14, censé mettre le territoire américain à portée de ses frappes. Mais des interrogations subsistent sur la fiabilité du missile et la capacité nord-coréenne à maîtriser la technologie du retour dans l’atmosphère d’une tête nucléaire.

Pyongyang, qui doit aussi prouver qu’il a réussi à miniaturiser la charge, pourrait lancer un autre ICBM ces prochains mois, estime M. Cha.

Le Nord pourrait aussi déployer son nouvel arsenal tout en cherchant une ouverture diplomatique avec Washington, pense le politologue Yoo Ho-Yeol, professeur à l’Université de Corée à Séoul. Ce déploiement interviendrait « au moment le plus propice pour maximiser son impact diplomatique », dit-il à l’AFP.

Pyongyang cherchera à faire reconnaître son statut de puissance nucléaire au sein de la communauté internationale, estime Go Myong-Hyun, chercheur à l’Institut Asan des études politiques.

Le président sud-coréen Moon Jae-In a réclamé « la punition la plus forte » contre Pyongyang, notamment via de nouvelles sanctions dans le cadre de l’ONU.

Le Sud discutera du déploiement des « actifs stratégiques les plus forts de l’armée américaine », selon lui, une référence potentielle à l’arsenal nucléaire tactique retiré de la péninsule par Washington en 1991.

Le président américain Donald Trump a affirmé qu’une politique d' »apaisement » envers Pyongyang « ne fonctionnera pas » et a dénoncé ses actions « très hostiles et dangereuses pour les États-Unis », qualifiant le Nord d' »État voyou ».

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