Corée du Nord: réponse militaire risquée, priorité aux sanctions

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Le ministre de la Défense Jim Mattis (G) s'exprime devant la presse sur la Corée du Nord aux côtés du général Joe Dunford, le plus haut gradé américain, le 3 septembre 2017 à Washington. (AFP/NICHOLAS KAMM)
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Le ministre de la Défense Jim Mattis (G) s’exprime devant la presse sur la Corée du Nord aux côtés du général Joe Dunford, le plus haut gradé américain, le 3 septembre 2017 à Washington. (AFP/NICHOLAS KAMM)

Les États-Unis ont affirmé dimanche disposer de « nombreuses options militaires » pour faire plier la Corée du Nord, qui vient de réaliser un test nucléaire d’une puissance sans précédent.

Mais frapper la Corée du Nord est une option très risquée, selon les experts, et l’approfondissement des sanctions économiques devrait rester une fois de plus l’arme privilégiée.

– Une frappe militaire? Peu probable –

Au sortir d’une réunion à la Maison Blanche, le ministre de la Défense Jim Mattis a promis une « réponse militaire massive » en cas de menaces de la Corée du Nord visant le territoire américain ou ses alliés. Il a insisté sur le fait que les Américains disposaient de « nombreuses options militaires ».

Mais pour de nombreux experts, le nouvel essai nord-coréen ne change pas fondamentalement l’équation américaine. Une frappe militaire contre le régime de Pyongyang reste extrêmement risquée.

« Il n’y a pas d’option militaire réaliste s’il s’agit de frapper la Corée du Nord car cela provoquerait probablement une guerre à grande échelle », estime auprès de l’AFP Mark Fitzpatrick, directeur exécutif pour l’Amérique de l’International Institute for Strategic Studies.

Le régime de Kim Jong-Un a notamment amassé des unités d’artillerie à la frontière avec la Corée du Sud, à seulement 55 kilomètres de Seoul. Le risque principal serait un embrasement entre les deux Corées après une frappe américaine et la menace d’un conflit régional.

« Avant que tout le monde s’affole, un test nucléaire par la Corée du Nord est un développement inquiétant, mais il ne change pas la nature du défi auquel nous sommes confrontés », estime de son côté Jon Wolfstahl, du Carnegie Endowment for International Peace.

« Un tel test n’appelle pas une réponse militaire, ce qui est bien parce que nous n’avons pas d’options viables », a-t-il ajouté sur Twitter.

– Les moyens de pression militaire –

S’ils ne frappent pas, les Américains peuvent accroître la pression militaire sur Pyongyang. Avant même le dernier essai nucléaire nord-coréen, les présidents américain et sud-coréen s’étaient entendus pour renforcer les capacités de Séoul en matière de missiles, une manière d’augmenter ses moyens de dissuasion.

« Les options militaires viables incluent des initiatives telles que le déploiement de nouveaux moyens dans la région », note Mark Fitzpatrick. « Il faut noter que la Corée du Sud veut maintenant réfléchir au redéploiement d’armes nucléaires tactiques » sur son territoire, ajoute-t-il. « Ce serait très compliqué, mais cela peut faire partie des options envisagées ».

Les Américains avaient retiré, il y a 25 ans, toutes leurs armes nucléaires déployées en Corée du Sud.

Dans le domaine des pressions, Donald Trump s’est aussi essayé à la rhétorique belliqueuse, avec sa désormais célèbre menace de faire s’abattre « le feu et la colère » sur la Corée du Nord.

Il s’est d’abord félicité de ses résultats: Kim Jong-Un « commence à nous respecter », disait-il le 23 août. Mais quelques jours plus tard, le dirigeant nord-coréen faisait survoler le Japon par un de ses missiles. Et dimanche, il testait une bombe à hydrogène.

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La Corée du Sud a mené dimanche soir des manœuvres impliquant des missiles balistiques en réponse à l’essai nucléaire effectué par la Corée du Nord, a rapporté l’agence officielle sud-coréenne Yonhap.

L’armée sud-coréenne a conduit un exercice à munition réelle simulant une attaque sur le polygone de tir nucléaire nord-coréen, touchant « des cibles choisies dans la mer du Japon », a écrit Yonhap en citant l’état-major interarmes.

« L’exercice est intervenu en réponse au sixième tir nucléaire du Nord (…) et a impliqué le missile balistique sud-coréen Hyunmoo et des chasseurs F-15K », selon l’agence.

L’armée sud-coréenne a précisé que les cibles choisies étaient à une distance équivalente à celle du polygone de tir nucléaire nord-coréen de Punggye-ri, dans le nord-est du pays.

Pyongyang a dit avoir procédé dimanche à un test d’une bombe à hydrogène d’une puissance beaucoup plus grande que celle de ses précédents essais nucléaires – « une réussite parfaite », selon la télévision nord-coréenne.[/toggle]

– Les sanctions économiques, encore et toujours –

C’est la piste sur laquelle l’administration américaine insistait dimanche à Washington, dans le but d’isoler économiquement Pyongyang.

« Les États-Unis examinent la possibilité, en plus d’autres options, de mettre fin à tous les échanges commerciaux avec tout pays faisant des affaires avec la Corée du Nord », a déclaré Donald Trump sur Twitter.

Steven Mnuchin, le secrétaire au Trésor, a indiqué plus tôt dans la journée qu’il préparait une série de sanctions à l’intention du président américain. Il a déclaré vouloir travailler avec les alliés des États-Unis et avec la Chine, qui est destinataire de 90% des exportations nord-coréennes.

Les États-Unis ont commencé à prendre des sanctions bilatérales contre quelques entités chinoises ou russes qui ont des relations d’affaires avec la Corée du Nord. Le 22 août, 10 entreprises et 6 individus ont ainsi été sanctionnés par le Trésor américain.

Les États-Unis sont aussi à l’initiative du dernier train de sanctions de l’ONU contre la Corée du Nord, adopté le 6 août à l’unanimité, avec donc le soutien des Chinois et des Russes. Cette septième série de sanctions vise à priver la Corée du Nord d’un milliard de dollars de recettes commerciales provenant de la pêche, du charbon et du fer.

L’étape supplémentaire, à l’ONU, pourrait être un embargo pétrolier, total ou partiel, contre la Corée du Nord.

Autre option évoquée par Londres à l’ONU: des sanctions qui pousseraient la Russie et la Chine à renvoyer en Corée du Nord ses travailleurs expatriés, source d’importants revenus pour les autorités nord-coréennes.

Le Conseil de sécurité de l’ONU doit se réunir lundi à 14H00 GMT.