«Dernier souffle» de l’EI à Raqa

De la fumée au-dessus de la ville de Raqa lors de combats contre l'EI, le 15 août 2017 en Syrie. (AFP/Archives/DELIL SOULEIMAN)
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De la fumée au-dessus de la ville de Raqa lors de combats contre l’EI, le 15 août 2017 en Syrie. (AFP/Archives/DELIL SOULEIMAN)

Chasser les derniers combattants du groupe État islamique (EI) de Raqa sera difficile mais les djihadistes rendent « leur dernier souffle » dans leur ex-« capitale » en Syrie, a affirmé à l’AFP un commandant de la coalition internationale dirigée par Washington.

« C’est un combat difficile. Il y a beaucoup de combattants étrangers (de l’EI) qui ne veulent pas abandonner et ont l’intention de se battre avec acharnement », a souligné ce commandant qui s’exprimait sous le couvert de l’anonymat.

Après des mois de combats, les Forces démocratiques syriennes (FDS) –une alliance de combattants kurdes et arabes soutenue par les Etats-Unis– acculent dans une poche les derniers jihadistes encore présents à Raqa (nord).

« Ils sont isolés dans cette petite section restante mais ne sont pas isolés tous seuls », des civils se trouvant pris au piège parmi eux, a indiqué le commandant depuis un camp de la coalition près de Kobané, dans le nord syrien.

Encerclés, les combattants de l’EI rendent « leur dernier souffle » mais un retrait négocié ne serait pas acceptable, a prévenu ce responsable en charge des opérations de soutien et conseil aux FDS.

« L’ennemi à Raqa doit se rendre ou être anéanti, parce que s’ils (les djihadistes) réussissent à fuir, ils trouveront un moyen de rejoindre l’Europe ou les pays voisins, ou de mener des attaques à l’extérieur de la Syrie », a ajouté le commandant.

Depuis sa prise par l’EI en 2014, Raqa faisait office de « capitale » syrienne de facto du groupe djihadiste sur les territoires conquis entre l’Irak et la Syrie. La ville était le théâtre des pires atrocités commises par le groupe ultraradical.

Aujourd’hui, la coalition pense que les principales décisions de l’EI sont prises dans la ville stratégique de Mayadine plus à l’est, leur prochaine cible.

« Nous irons à Mayadine. Il y a là-bas beaucoup de personnes qui préparent des attaques à l’étranger, sur nos terres, sur les terres de la coalition, nous ne pouvons donc pas permettre (que Mayadine) reste un sanctuaire de l’EI », a affirmé le commandant.

La ville se trouve dans la province riche en pétrole de Deir Ezzor où les FDS et les troupes gouvernementales soutenues par la Russie mènent des offensives distinctes contre l’EI des deux côtés du fleuve Euphrate.

Une « ligne de déconfliction » a été établie pour éviter les incidents entre les différents acteurs engagés dans Deir Ezzor mais les FDS ont accusé à deux reprises la Russie et le régime d’avoir mené des raids sur leurs combattants dans la province.

Interrogé sur les conséquences des deux offensives rivales des FDS et des forces du régime de Damas sur Mayadine, le commandant de la coalition a indiqué qu’elles pourraient être « chaotiques mais ne le sont pas (encore) ».

« Si Mayadine est comme Deir Ezzor, avec les deux forces des deux côtés, nous tracerons une ligne de déconfliction très rapprochée », a-t-il signalé.

La coalition soutient les opérations des FDS à Raqa et Deir Ezzor par des frappes aériennes, des conseillers sur le terrain et des armes.

Selon ce commandant, le facteur décisif dans la progression des FDS dans Raqa a été l’intégration d’un grand nombre de combattants arabes aux côtés des forces kurdes.

La coalition dit avoir entraîné 9.000 membres des FDS, en majorité des Arabes, dont certains originaires de Raqa.

Une grande partie de Raqa a été réduite en ruines après près de quatre mois de violents combats dans la ville et plusieurs années de frappes aériennes contre des cibles de l’EI.

Reconnaissant la tâche titanesque de reconstruction qu’attend les habitants de Raqa, le commandant confie « ne pas savoir comment (l’offensive contre l’EI aurait pu réussir) autrement ».

« Il faut faire de son mieux pour réduire les destructions autant que possible sans laisser les FDS se faire tuer », a-t-il expliqué.

Déclenché par la répression de manifestations prodémocratie et opposant initialement armée et rebelles syriens, le conflit en Syrie s’est complexifié au fil des ans avec l’implication d’autres protagonistes, d’acteurs régionaux et internationaux et de groupes jihadistes, sur un territoire de plus en plus morcelé. Il a fait plus de 330.000 morts et des millions de déplacés.