Irak: le Premier ministre Haider al-Abadi rejette toute forme de référendum sur le Kurdistan

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Le Premier ministre irakien Haider al-Abadi, le 9 août 2015 à Bagdad. (Bureau du Premier ministre irakien/AFP/Archives)

Le Premier ministre irakien Haider al-Abadi a affirmé mardi qu’il rejetait toute forme de référendum sur l’indépendance du Kurdistan irakien, prévu dans moins d’une semaine.

« Le référendum est rejeté, aujourd’hui ou dans le futur, qu’il se tienne dans la région du Kurdistan dans les frontières de 2003 ou dans les zones disputées », a-t-il déclaré à des journalistes.

Le président kurde Massoud Barzani a annoncé qu’il organiserait un référendum d’indépendance le 25 septembre au Kurdistan et le conseil provincial de Kirkouk a indiqué que la consultation s’étendrait aussi à cette région mitoyenne.

Outre les trois provinces qui forment la région autonome du Kurdistan depuis la chute de Saddam Hussein à la suite d’une invasion conduite par les Etats-Unis, les Kurdes revendiquent différents autres territoires à Kirkouk, Ninive et Dyala.

M. Abadi a par ailleurs laissé planer la menace d’une intervention militaire à Kirkouk, où cohabitent des Kurdes, des Arabes et des Turkmènes.

« Si le citoyen de Kirkouk est exposé au danger, c’est notre devoir légitime d’imposer la sécurité », a-t-il dit. « J’ai demandé clairement à la police de Kirkouk de faire son devoir en surveillant la sécurité et ne pas se transformer en un outil (politique). »

« Ne laissez pas entrer Kirkouk dans le conflit », a-il ajouté. Dans cette ville, la sécurité est assurée par les Assayech (services de sécurité kurdes) et la police fédérale, qui dépend de Bagdad.

Après deux votes du Parlement fédéral à Bagdad hostiles au référendum, la plus haute juridiction du pays a décidé lundi la suspension du vote dans la région autonome pour inconstitutionnalité.

M. Barzani a déjà indiqué qu’une victoire du « oui » ne mènerait pas à une déclaration d’indépendance immédiate mais plutôt au début de « discussions sérieuses avec Bagdad » pour « régler tous les problèmes ».

Ce référendum est principalement, assurent les experts, un moyen de pression pour arracher au pouvoir à Bagdad des concessions sur les contentieux du pétrole et des finances.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a de son côté appelé mardi, à nouveau, le Kurdistan irakien à annuler le référendum sur son indépendance prévu le 25 septembre, au risque de perdre les « opportunités dont il profite actuellement ».

« Nous appelons le gouvernement régional du Kurdistan irakien à annuler l’initiative qu’ils ont lancée » pour l’indépendance, a déclaré M. Erdogan dans son discours à l’Assemblée générale annuelle de l’ONU.

« Ignorer la position claire et résolue de la Turquie sur ce sujet pourrait mener à un processus qui priverait le gouvernement régional du Kurdistan irakien des opportunités dont il bénéficie actuellement », a-t-il ajouté.

« Nous devrions tous travailler à construire la tranquillité, la paix, la sécurité et la stabilité dans la région au lieu de déclencher de nouveaux conflits », a-t-il fait valoir.

Le porte-parole du chef de l’État turc avait déjà appelé à l’annulation de cette consultation populaire le 14 septembre, avertissant que son maintien aurait pour effet d' »isoler » Erbil.

Recep Tayyip Erdogan a annoncé que le Conseil de sécurité turc se réunirait le 22 septembre pour discuter de la question.

Le référendum est prévu le 25 septembre dans cette région du nord de l’Irak bénéficiant depuis 1991 d’une autonomie qui s’est élargie au fil des ans.

La quasi-totalité des pays, à l’exception d’Israël, se sont prononcés contre ce scrutin.

Ankara et les autorités du Kurdistan irakien entretiennent des rapports complexes: si leurs échanges commerciaux sont florissants, la Turquie élève régulièrement la voix pour critiquer le projet de création d’un État kurde indépendant.

Ankara est confrontée à une sanglante rébellion séparatiste dans le sud-est de son propre territoire, et redoute l’effet contagieux que pourrait avoir la création d’un État kurde à sa frontière.

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