Rohingyas, l’ONU crie au nettoyage ethnique, mais Washington ne remet pas en cause le gouvernement birman

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Des réfugiés Rohingyas arrivent au camp de Kutupalong, le 3 septembre 2017 à Ukhiya, au Bangladesh. (AFP/Jasmin RUMI)

La Maison Blanche s’est déclarée cette lundi « profondément troublée » par la crise des Rohingyas en Birmanie sans pour autant mettre en cause le gouvernement d’Aung San Suu Kyi dans la gestion des violences qui ont fait massivement fuir les membres de cette minorité musulmane.
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Mise à jour 12/09/2017 à 12h26

L’exode des Rohingyas se poursuit à la veille de la réunion de l’ONU: des milliers de Rohingyas continuaient mardi à affluer vers le Bangladesh, où plus de 370.000 personnes sont arrivées depuis fin août, un exode massif qui s’apparente à un « nettoyage ethnique » d’après l’ONU, qui réunira mercredi son Conseil de sécurité.

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Plus de 300.000 Rohingyas, selon l’ONU, se sont réfugiés au Bangladesh depuis la vague de violences déclenchée fin août par des attaques contre la police de la part d’une rébellion qui dit vouloir défendre les droits bafoués de cette minorité.

« Les États-Unis sont profondément troublés par la crise en cours en Birmanie », a déclaré Sarah Huckabee Sanders, porte-parole de Donald Trump, lors d’un point de presse.

« Au moins 300.000 personnes sont parties de chez elles après les attaques contre un poste de sécurité le 25 août », a-t-elle poursuivi, sans mettre directement en cause l’armée birmane pour cette répression.

« Nous réitérons notre condamnation de ces attaques et des violences qui s’en sont suivies », a-t-elle ajouté, fidèle à la ligne adoptée par l’administration Trump face à cette crise qualifiée de « nettoyage ethnique » par l’ONU.

En fin de semaine dernière, le département d’État avait affiché la couleur: priorité donnée à l’accès humanitaire, appel à toutes les parties, y compris l’armée, à apaiser les tensions, mais pas de mise en cause directe d’Aung San Suu Kyi qui dirige de facto le pays.

Pendant ce temps, l’ONU parle carrément de «nettoyage ethnique»

Le cap des 300 000 musulmans rohingyas réfugiés depuis le 25 août au Bangladesh pour fuir les violences en Birmanie a été franchi, a estimé lundi l’ONU, dénonçant un «exemple classique de nettoyage ethnique».

Le dalaï lama en personne a exhorté la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix comme lui, à trouver une solution pour les Rohingyas, plus grande population apatride au monde avec un total d’environ un million de personnes.

«On estime à 313 000 le nombre de Rohingyas arrivés au Bangladesh depuis le 25 août», a dit à l’AFP Joseph Tripura, porte-parole du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) de l’ONU. Dimanche, leur nombre était encore estimé à 294.000.

La Maison-Blanche s’est de son côté déclarée lundi «profondément troublée» par la crise des Rohingyas, sans pour autant pour mettre en cause le gouvernement d’Aung San Suu Kyi.

Le flux de Rohingyas fuyant à pied, dans la boue et la pluie, semble se ralentir ces derniers jours, après un pic la semaine dernière. Mais le Bangladesh fait face à une crise humanitaire, les camps étant surpeuplés.

Au total, en comptant les Rohingyas réfugiés après de précédentes violences en Birmanie, au moins 600 000 Rohingyas se trouveraient désormais en Birmanie, des estimations difficiles à confirmer avec précision met en garde l’ONU.

Tout a commencé cette fois-ci avec des attaques de rebelles rohingyas contre la police birmane le 25 août, qui ont déclenché une répression de l’armée. Bilan, au moins 500 morts, la plupart rohingyas, selon l’armée, l’ONU évoquant le double de morts, des villages incendiés et des exactions.

Les rebelles ont déclaré dimanche un cessez-le-feu unilatéral d’un mois, mais le gouvernement birman a répondu qu’il ne négociait pas avec des «terroristes».

«La Birmanie ayant refusé l’accès aux enquêteurs (…), l’évaluation actuelle de la situation ne peut pas être entièrement réalisée, mais la situation semble être un exemple classique de nettoyage ethnique», a déclaré le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme Zeid Ra’ad Al Hussein à l’ouverture de la 36e session du Conseil à Genève.

Rapports et images satellites

«Nous avons reçu de multiples rapports et des images satellites montrant des forces de sécurité et des milices locales brûlant des villages rohingyas, et des informations cohérentes faisant étant d’exécutions extrajudiciaires, y compris de tirs sur des civils en fuite», a-t-il ajouté. Des témoignages en ce sens ont également été recueillis par l’AFP.

Il a appelé le gouvernement birman à «mettre un terme à son opération militaire cruelle» et aux «discriminations généralisées» dont souffrent les Rohingyas.

Le dalaï lama, leader spirituel des Tibétains, admiré par Aung San Suu Kyi, l’a appelée à faire régner «un esprit de paix et de réconciliation» dans son pays, dans une lettre que l’AFP a pu lire.

Dans un premier temps, aucune réaction n’est venue du côté d’Aung San Suu Kyi, critiquée sur la scène internationale pour sa retenue et sa froideur sur ce sujet.

Son rôle n’est pas facilité par la grande autonomie de l’armée, dirigée par des anciens responsable de la junte autodissoute en 2011, qui reste toute puissante dans cette zone de conflit.

Le service de presse d’Aung San Suu Kyi s’est contenté lundi d’annoncer l’intervention de la police dimanche soir dans le centre du pays pour disperser une foule de 400 personnes jetant des pierres sur une boucherie musulmane, premières violences intercommunautaires suscitées par les attaques de la rébellion musulmane rohingya fin août.

En 2012, de violents affrontements ont éclaté dans le pays entre bouddhistes et musulmans faisant près de 200 morts, principalement des musulmans. Les violences anti-musulmanes étaient alors souvent parties de foules bouddhistes en colère.

Aung san Suu Kyi essaye aussi de composer avec un puissant mouvement de moines nationalistes estimant que les musulmans représentent une menace pour la Birmanie, pays bouddhiste à plus de 90%.

Considérés comme des étrangers en Birmanie, les Rohingyas sont victimes de multiples discriminations – travail forcé, extorsion, restrictions à la liberté de mouvement, règles de mariage injustes et confiscation des terres.

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