Le Japon et la Corée du Sud pressent Poutine de sanctionner Pyongyang

Les présidents russe Vladimir Poutine (d) et sud-coréen Moon Jae-In, le 6 septembre 2017 à Vladivostok. (Sputnik/AFP/Michael Klimentyev)
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Les présidents russe Vladimir Poutine (d) et sud-coréen Moon Jae-In, le 6 septembre 2017 à Vladivostok. (Sputnik/AFP/Michael Klimentyev)

Le Premier ministre japonais Shinzo Abe et le président sud-coréen Moon Jae-in, en première ligne face aux ambitions nucléaires nord-coréennes, ont plaidé jeudi pour de nouvelles sanctions contre Pyongyang auprès de Vladimir Poutine, qui s’y oppose et appelle au dialogue.

Depuis l’essai nucléaire nord-coréen de dimanche, d’une puissance sans précédent, Shinzo Abe et Moon Jae-in soutiennent l’idée d’un embargo pétrolier demandé par les États-Unis, qui ont présenté mercredi un projet de résolution en ce sens au Conseil de sécurité de l’ONU.

La Russie insiste elle sur la nécessité d’un dialogue avec la Corée du Nord, tout comme la Chine, principal allié de Pyongyang, qui a cependant dit jeudi son accord à des « mesures nécessaires » des Nations Unies.

« La communauté internationale doit s’unir pour exercer la plus grande pression possible sur la Corée du Nord », a déclaré M. Abe, lors d’un discours au forum économique à Vladivostok (Extrême-Orient russe), auquel il participe avec les présidents russe Vladimir Poutine et sud-coréen Moon Jae-in.

« Nous devons forcer la Corée du Nord à appliquer immédiatement et pleinement toutes les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité de l’ONU et à abandonner ses programmes nucléaire et de missiles de manière complète, vérifiable et irréversible », a-t-il insisté.

La Corée du Nord a revendiqué dimanche l’essai réussi d’une bombe H, la plus puissante jamais testée par Pyongyang.

Selon le Japon, cet essai a dégagé une puissance de 160 kilotonnes, soit plus de dix fois celle de la bombe américaine lancée sur Hiroshima en 1945, sur la base d’informations d’un organisme international.

Loin de reculer face au tollé provoqué dans le monde entier, Pyongyang a organisé mercredi des cérémonies massives en hommage aux scientifiques qui ont réalisé ce test, avec feux d’artifice et rassemblement massif.

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La Corée du Nord a organisé des cérémonies massives en hommage aux scientifiques qui ont réalisé le plus puissant test nucléaire jamais mené par le pays, avec des feux d’artifice et un énorme rassemblement à Pyongyang.

Les habitants de la capitale se sont rassemblés sur les trottoirs mercredi pour applaudir des autobus qui transportaient les scientifiques. Des dizaines de milliers de personnes se sont réunies place Kim Il-Sung pour saluer leur travail.

Le sixième test nucléaire nord-coréen a suscité un déluge de condamnations. Les États-Unis, la Corée du Sud et le Japon entre autres exigent un durcissement des sanctions de l’ONU.

L’agence officielle KCNA a parlé de « test réussi d’une bombe H prête (à être installée) sur un ICBM » ou missile balistique intercontinental.

Lors du rassemblement, des orateurs ont expliqué que l’armée nord-coréenne allait « mettre un terme au destin des impérialistes américains semblables à des gangsters, grâce à des frappes préventives sans merci, s’ils déclenchent finalement une guerre, eux et les hordes de traîtres ».

La bombe à hydrogène est beaucoup plus puissante que la bombe atomique classique.

La bombe H utilise le principe de la fusion nucléaire. Le matériel de fusion est surmonté d’une bombe A, qui sert de détonateur.

Aucun gouvernement étranger n’a confirmé pour l’instant qu’il s’agissait d’une bombe H.

De nombreux experts expliquent cependant que la bombe de dimanche présentait toutes les caractéristiques d’une bombe à hydrogène à deux étages. Mais il est possible également qu’il se soit agit d’une bombe à fission dopée, qui utilise aussi du combustible de fusion.

Le ministère sud-coréen de la Défense a estimé la puissance de l’explosion à 50 kilotonnes. Le site spécialisé 38 North de Washington a évoqué plus de 100 kilotonnes. Le Japon a parlé de 120 kilotonnes.

Ces chiffres devraient continuer de varier avec l’émergence de nouvelles informations avant que les spécialistes ne parviennent à un consensus.

Mais tous s’accordent à dire que la bombe était bien plus puissante que l’engin américain qui a rasé Hiroshima en 1945 (15 kilotonnes).

Le Nord développe aussi un programme balistique, tirant en juillet deux ICBM qui ont semblé mettre un bonne partie du territoire américain à sa portée.

Séoul et Washington ont déployé jeudi en Corée du Sud quatre lance-missiles Thaad (Terminal High-Altitude Area Defense), le bouclier américain qui provoque la fureur de Pékin. Il s’agit de renforcer les défenses du Sud face aux menaces nord-coréennes, selon le ministère sud-coréen de la Défense.[/toggle]

– ‘Bon sens’-

Des soldats nord-coréens applaudissent un feu d’artifice lors d’un rassemblement géant à Pyongyang en hommage aux scientifiques qui ont réalisé le sixième test nucléaire, le 6 septembre 2017. (AFP/Kim Won-Jin)
« La Corée du Nord lance un défi évident à la paix, la prospérité, la loi et l’ordre dans la région et même dans le monde entier », a averti jeudi Shinzo Abe.

Le président sud-coréen Moon Jae-in, qui avait déjà demandé après l’essai d’infliger « la punition la plus forte » à Pyongyang, a estimé que « le temps est peut-être venu pour des sanctions plus sévères », précisant espérer que cette mesure sera soutenue par la Russie.

Mais Vladimir Poutine reste sur la ligne défendue depuis le début de la semaine, c’est à dire s’opposer aux sanctions et appeler au dialogue diplomatique.

« Il est impossible d’intimider » la Corée du Nord, a-t-il souligné. « Mais je suis convaincu qu’on pourra éviter un conflit à grande échelle faisant recours aux armes de destruction massive dans la région et que nous pourrons régler le problème par des moyens diplomatiques ».

« J’espère que le bons sens l’emportera. Et le plus tôt cela arrive, le mieux ce sera », a-t-il souligné.

À Tallinn, la chef de la diplomatie de l’UE, Federica Mogherini, a annoncé que l’Union européenne préparait ses propres sanctions complétant celles envisagées à l’ONU.

– ‘Dissuasion nécessaire’ –

Les États-Unis, soutenus par le Royaume-Uni et la France, veulent passer au vote dès lundi mais l’attitude de la Chine et de la Russie, qui ont adopté les dernières sanctions mais peuvent bloquer ce texte grâce à leur droit de veto, reste incertaine.

Tout en approuvant le principe de « mesures nécessaires », le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a prévenu que « les sanctions et les pressions » sur le régime de Kim Jong-Un ne pouvaient constituer que « la moitié de la clef pour résoudre » cette crise.

Pékin a également « protesté vigoureusement » auprès de Séoul après l’accélération du déploiement en Corée du Sud du bouclier antimissiles américain Thaad à la suite du nouvel essai nucléaire de Pyongyang.

Moscou et Pékin plaident pour un double moratoire des essais balistiques et nucléaires nord-coréens mais aussi des manoeuvres militaires conjointes entre Américains et Sud-Coréens.

Ni Washington ni Tokyo n’y sont favorables. « Les deux choses qu’on met sur la balance ne sont pas équivalentes », a déclaré jeudi à l’AFP le porte-parole de la diplomatie japonaise, Norio Maruyama.

Ces exercices militaires sont « une dissuasion nécessaire » du régime de Pyongyang, a-t-il assuré, en estimant que « le temps n’est pas pour le dialogue ».