Le Kurdistan irakien souffle le chaud et le froid sur le référendum

0
Le président kurde irakien Massoud Barzani (c), lors d’une assemblée à Kirkouk, le 12 septembre 2017. (AFP / Marwan IBRAHIM)

Le président kurde irakien Massoud Barzani a convoqué le Parlement de la région autonome pour endosser vendredi le référendum d’indépendance, tout en laissant la porte ouverte à des négociations sur un report de cette consultation prévue le 25 septembre.
——
Mise à jour 15/09/2017 à 18h54

Le Parlement kurde irakien, basé à Erbil, a approuvé vendredi soir, d’un vote à main levée, le rendez-vous électoral annoncé par le président Massoud Barzani en juin et pour lequel la campagne bat son plein depuis des jours. Sur 68 députés présents, 65 ont voté en faveur du référendum dans une assemblée clairsemée. À l’issue du vote, au milieu de sièges vides, le vote s’tant tenu en l’absence de l’opposition qui a refusé cette séance exceptionnelle, ils se sont levés et ont brandi des drapeaux kurdes et entonné l’hymne du Kurdistan irakien.

Peu après le vote du Parlement régional en faveur de cette consultation qui inquiète les pays voisins tels que la Turquie et l’Iran, la Maison Blanche a réclamé l’abandon du référendum annoncé sur l’indépendance du Kurdistan irakien. Jugeant que la consultation, prévue le 25 septembre, serait « provocatrice » et « déstabilisatrice », Washington réaffirme sa conviction qu’elle serait une entrave à la lutte contre le groupe État islamique (EI) et à la stabilisation des zones libérées.

——

À 19H00 (16H00 GMT), l’assemblée du Kurdistan irakien, basée à Erbil, va « donner un cadre légal » au référendum, dont l’annonce en juin a suscité des remous dans la région.

Ce scrutin inquiète les pays voisins, comme la Turquie ou l’Iran, qui redoutent que le référendum encourage les velléités séparatistes de leurs minorités kurdes.

Il préoccupe également Washington qui voit dans cette consultation une entrave à la lutte contre le groupe État islamique (EI), menée conjointement par Kurdes et Arabes en Syrie par exemple.

Pour tenter d’obtenir un report, les États-Unis et d’autres pays ont présenté à M. Barzani jeudi soir un « projet » proposant des « alternatives » au référendum, selon l’émissaire américain auprès de la coalition anti-djihadiste en Irak, Brett McGurk.

Le président kurde, qui a de nouveau insisté sur l’indépendance comme « unique » choix laissé aux Kurdes et sur l’absence de « partenaire » à Bagdad lors d’un immense meeting dans le nord du pays jeudi, s’est engagé à répondre « rapidement ».

– Dissensions entre partis –

Avant cela, son Parti démocratique du Kurdistan (PDK) était parvenu au terme de longues négociations à se mettre d’accord avec l’autre grande formation kurde, l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) de Jalal Talabani, pour rouvrir une session parlementaire en urgence, l’Assemblée ne s’étant pas réunie depuis deux ans en raison de dissensions entre les différents partis.

D’ailleurs, ce vote rencontre l’opposition d’autres partis kurdes, 30 députés boycottant la séance de vendredi.

Goran (24 sièges sur 111) « ne participera pas à la séance », a indiqué à l’AFP Chorech Haji, un responsable du parti. Et la Jamaa islamiya (6 sièges), proche de l’Iran, a également annoncé refuser d’y assister.

Ce vote voulu par M. Barzani intervient par ailleurs alors que son mandat a expiré en 2015.

Il s’est cependant maintenu au pouvoir, en arguant que l’Irak et le Kurdistan étaient engagés dans une campagne pour repousser les djihadistes et que les conditions ne permettaient pas de tenir des élections.

Cette réunion de l’Assemblée du Kurdistan irakien se tient après que le Parlement fédéral a voté à deux reprises cette semaine des mesures contre le référendum d’indépendance. À chaque fois, les députés kurdes ont quitté la salle en signe de protestation.

Mardi, le Parlement fédéral a voté contre la tenue de cette consultation pour « protéger l’unité de l’Irak », et jeudi, il a limogé le gouverneur de la province disputée de Kirkouk parce qu’il avait décidé, contre l’avis de Bagdad dont il dépend, d’organiser le référendum dans sa région.

– Clivages communautaires –

Le Kurdistan bénéficie depuis 1991 d’une autonomie qui s’est élargie au fil des ans.

En annonçant en juin avoir fixé la date du référendum, M. Barzani a envoyé le signal clair, estiment les experts, que l’Irak entrait dans une nouvelle phase. Après plus de trois années de combat pour chasser les djihadistes qui ont un temps tenu près d’un tiers de l’Irak, le pays revient aux problématiques confessionnelles et ethniques d’avant l’EI.

Les craintes vont notamment grandissantes sur de possibles violences impliquant notamment les peshmergas (combattants kurdes) et la myriade d’unités paramilitaires disséminées à travers le pays qui pourraient se disputer les zones reprises aux djihadistes.

L’influent commandant chiite Hadi al-Ameri, chef de l’organisation Badr, puissant groupe paramilitaire irakien soutenu par Téhéran, a multiplié ces derniers temps les mises en garde contre « la guerre civile ».

Jeudi, la Turquie a averti que la tenue du référendum « aura un prix », une opposition susceptible de compromettre la viabilité d’un éventuel État kurde car le Kurdistan irakien tire l’essentiel de ses recettes de l’exportation de pétrole via un pipeline arrivant au port turc de Ceyhan.

Quant aux 5,5 millions de Kurdes irakiens appelés à se prononcer sur l’indépendance, ils sont eux-mêmes divisés sur l’opportunité de tenir maintenant une telle consultation.

Les commentaires sont fermés.