Le renseignement américain mise sur l’intelligence artificielle

0
Inondés de milliards de données brutes à trier, Les services de renseignement américains se tournent vers l’intelligence artificielle. (AFP/Archives/SAUL LOEB)

Inondés de milliards de données brutes à trier, les services de renseignement américains se tournent vers l’intelligence artificielle pour évaluer leur importance et comprendre les événements en cours dans le monde.

La CIA étudie actuellement 137 projets basés sur l’intelligence artificielle, souvent lancés en coopération avec des développeurs de la Silicon Valley, a expliqué cette semaine la responsable du développement technologique de la CIA, Dawn Meyerriecks, au cours d’une conférence sur la sécurité nationale et le renseignement.

Il peut s’agir de prédire des évènements importants, politiques ou autres, en trouvant des corrélations entre des changements dans les flux de données et d’autres informations.

Une autre possibilité est de faire reconnaître par des ordinateurs, sans intervention humaine, des objets ou des individus sur des vidéos qui ont attiré l’attention des analystes de la CIA.

« Le comportement d’un être humain, ce sont des données, et l’intelligence artificielle, c’est un modèle basé sur les données », remarque Chris Hurst, directeur opérationnel de la société Stabilitas, un sous-traitant des services de renseignement américains.

« Là où il y a des modèles comportementaux, je pense que l’intelligence artificielle peut faire mieux » que l’humain, ajoute-t-il.

D’autres responsables d’agences de renseignement américaines participants à la conférence, notamment la NSA, l’agence américaine d’interception des communications, ou encore les services de renseignement du Pentagone, ont indiqué rechercher des solutions basées sur l’intelligence artificielle pour transformer des milliards de micro-données à leur disposition en informations fiables et utilisables par le gouvernement ou sur le champ de bataille.

– Les réseaux sociaux visés –

L’intelligence artificielle peut par exemple permettre de reconstituer rapidement des systèmes informatiques ou des programmes victimes de hackers, selon un de ces responsables.

Mais ce qui intéresse particulièrement les agences de renseignement, c’est de trouver des modèles répétitifs dans des sources d’information comme les réseaux sociaux.

Passer les réseaux sociaux au crible pour y trouver des informations n’est pas nouveau, indique Joseph Gartin, patron de la Kent School, qui forme les analystes de la CIA.

« Ce qui est nouveau, c’est le volume et la rapidité à laquelle les données des réseaux sociaux sont glanées », explique-t-il.

Dans ce cas, les systèmes basés sur l’intelligence artificielle peuvent choisir des mots clés et des noms, ou trouver des répétitions et des corrélations, et apprendre progressivement de ces modèles.

– Huit millions d’analystes ? –

Le volume des informations qui peuvent être collectées augmente de façon exponentielle avec les avancées technologiques des satellites et des communications.

« Si nous devions exploiter manuellement toutes les images satellites que nous nous attendons à recevoir au cours des 20 prochaines années, il faudrait embaucher huit millions d’analystes spécialisés dans l’imagerie », soulignait en juin dernier le directeur de l’agence de renseignement géospatial, Robert Cardillo.

L’objectif de M. Cardillo est d’automatiser 75% des tâches actuellement assumées par les analystes, en se reposant lourdement sur l’intelligence artificielle.

Les espions américains ne sont pas les seuls à se tourner vers les ordinateurs qui apprennent tout seuls. Le président russe Vladimir Poutine a déclaré la semaine dernière que l’intelligence artificielle était l’avenir.

« Celui qui deviendra le leader dans ce domaine sera le maître du monde », a-t-il déclaré selon les agences de presse russes.

Le défi, selon les responsables américains, est que les destinataires des renseignements obtenus par l’intelligence artificielle –la Maison Blanche, les généraux ou les parlementaires– lui fassent confiance.

La CIA envoie chaque jour un rapport à la Maison Blanche et « il nous faut de très, très bonnes sources pour tirer nos conclusions », a souligné Mme Meyerriecks. « Faire une recommandation sur la base d’un processus que personne ne comprend (…), ce n’est pas possible ».

Les commentaires sont fermés.