Les «Proud boys» contre lesquels le général Vance s’était déchaîné s’en tirent à bon compte pour cette fois

Cinq jeunes membres de la Marine royale canadienne ont perturbé stupidement une cérémonie cérémonie traditionnelle autochtone à Halifax le jour de la fête du Canada. (Capture d'écran/45eNord.ca/CBC Nova-Scotia)
Temps de lecture estimé : 3 minutes
Cinq jeunes membres de la Marine royale canadienne ont perturbé stupidement en 2017 une cérémonie cérémonie traditionnelle autochtone à Halifax le jour de la fête du Canada. (Archives/Capture d’écran/45eNord.ca/CBC Nova-Scotia)

Les «Proud boys», un groupe de militaires d’extrême-droite qui avaient perturbé une cérémonie micmaque le 1er juillet dernier et contre lesquels le général Vance s’était déchaîné s’en tirent à bon compte pour cette fois.

Le contre-amiral John Newton, commandant de la Force opérationnelle interarmées (Atlantique) et des Forces maritimes de l’Atlantique, a annoncé jeudi que ces cinq membres des Forces armées canadiennes qui ont été relevées de leurs fonctions et réaffectées à d’autres tâches en attendant les résultats de l’enquête menée par la police militaire réintégreront leur unité opérationnelle et leurs fonctions habituelles, sauf un qui a depuis quitté les Forces.

Les Forces armées canadiennes, prend la peine de préciser le contre-amiral John Newton, « ont pris les mesures nécessaires pour corriger ces écarts de conduite, dans le but de bien expliquer les attentes concernant le comportement éthique et les normes de conduite au sein des FAC », ajoutant que « Toute récidive pourrait entraîner la libération de ces personnes des Forces armées canadiennes. ».

« Je m’attends à ce que tous les membres des Forces Armées canadiennes tirent une leçon de cette situation et démontrent une conduite appropriée et professionnelle qu’ils soient en uniforme ou non. Nous sommes les protecteurs de cette nation et nous devons agir comme il se doit. », a pour sa part commenté le général Vance, chef d’état-major de la Défense.

Mais on est bien loin du ton courroucé qu’il avait employé en juillet.

Après que les cinq jeunes membres de la Marine royale canadienne ont perturbé stupidement une cérémonie traditionnelle autochtone à Halifax le jour de la fête du Canada, la réaction de l’état-major de la Défense avaient été vive et immédiate, le général Jonathan Vance qualifiant leur geste de «déplorable» et n’hésitant pas à évoquer leur libération des Forces.

Il n’y pas de place pour les «suprématistes», pas plus que pour les personnes sans «boussole morale» dans les Forces canadiennes, avait tonné l’état-major.

La perturbation de la cérémonie autochtone

L’histoire a commencé quand les cinq militaires se sont invités le 1er juillet à un «événement spirituel» visant à souligner le triste sort réservé aux Autochtones, au pied de la statue du controversé fondateur de la ville en 1749, le gouverneur britannique Edward Cornwallis.

Peu de temps après avoir fondé Halifax, Edward Cornwallis, alors gouverneur de la Nouvelle-Écosse, avait offert une récompense pour tout «scalp» de Micmacs, après une attaque d’Autochtones contre les colons britanniques.

Les hommes, dont l’un brandissait l’ancien drapeau canadien, le «Red Ensign», ont entonné l’hymne national britannique en s’approchant de la cérémonie, selon une organisatrice autochtone.

Interrogé sur leur appartenance à une organisation en particulier, l’un des hommes dans la vidéo répond: «Les Proud Boys, section des Maritimes», qui est constituée d’«Occidentaux chauvins qui ne s’excuseront plus d’avoir créé le monde moderne», et qui ne font «aucune discrimination fondée sur la race ou la sexualité».

Dans une vidéo de la manifestation à Halifax, on voit aussi les cinq hommes discuter avec des spectateurs à la cérémonie. «C’est une colonie britannique», lance l’un d’eux. «Vous soulignez (votre) patrimoine, eh bien nous aussi!»

Depuis, la chaîne de commandement semble redoubler de prudence pour éviter les dérapages.

Ainsi, à la veille de la manifestation anti-immigration du 20 août à Québec, organisée par le groupe nationaliste identitaire La Meute, Ottawa avait lancé un avertissement les membres des Forces armées canadiennes quant à leur éventuelle participation, leur rappelant qu’en uniforme ou non, les militaires sont soumis à des restrictions en ce qui a trait à leurs activités politiques et à leur déclarations publiques.

Toutefois, après le scandale qu’avait provoqué le comportement des « Proud boys », le ministre de la Défense Harjit Sajjan lui-même surenchérissant en promettant qu' »il y aura des conséquences pour tous les membres des Forces armées canadiennes qui expriment de l’intolérance, qu’ils soient en uniforme ou non », on peut être étonné que les jeunes marins s’en tirent ainsi avec ce que plusieurs percevront comme une simple « tape sur les doigts ». L’état-major ne mentionne même pas d’éventuelles sanctions administratives.

Après cette issue plutôt favorable aux « Proud boys », on peut se demander jusqu’à quel point prendra-t-on au sérieux à l’avenir les avertissements de la hiérarchie.