Les sanctions économiques et diplomatiques : des outils difficiles à manier

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Le numéro un nord-coréen Kim Jong-Un (c), le 14 août 2017 dans un lieu non précisé par l’agence officielle nord-coréenne qui a diffusé la photo. (KCNA VIA KNS/AFP/STR)

Avec ses tests de missiles et nucléaires dans les semaines récentes, la Corée du Nord aura remis de l’avant dans l’actualité les sanctions économiques et diplomatiques. Si ces sanctions ne fonctionnent pas dans le cas de la Corée du Nord, il ne faut pas pour autant conclure à leur inefficacité, comme nous le démontre le cas de l’Iran et de son programme nucléaire.

Alors, comment expliquer que les sanctions ont pu fonctionner dans un cas, mais pas dans l’autre? Par l’impact que ces sanctions peuvent avoir. Et pour mesurer cet impact, il faut tenir compte de plusieurs facteurs. Il y a évidemment ce que les sanctions ciblent, mais il faut aussi tenir compte de la structure politique du pays ciblé, ainsi que de la structure de son économie. S’il s’agit ici des trois principaux facteurs à considérer pour présager de l’efficacité des sanctions, il faut ajouter une autre dimension, humanitaire celle-ci, afin de déterminer l’impact sur les populations civiles.

En effet, il peut être assez facile d’avoir des sanctions très efficaces pour isoler politiquement un pays et arrêter quasiment net son économie, mais de telles sanctions auront un impact catastrophique sur la population locale. Il ne faut jamais oublier que le but premier des sanctions est d’influencer l’attitude et le comportement du pouvoir politique du pays ciblé, pas de faire souffrir sans vergogne des civils. On voit rapidement comment l’utilisation des sanctions peut se retrouver fortement limitée par cet aspect humanitaire.

Si on regarde un peu plus en détails comment les sanctions peuvent affecter les structures économique et politique du pays ciblé, l’histoire nous révèle quelque chose de très intéressant sur le bilan des sanctions internationales : la menace de sanctions aura eu un effet très souvent plus efficace que les sanctions elles-mêmes. Pourquoi? L’anecdote des menaces de sanctions économiques de la Ligue arabe contre le Canada, en 1979, permet de bien comprendre. Dans ce cas précis, nous avons un pays, le Canada, à l’économie assez intégrée au reste de la planète, incluant le Moyen-Orient. De plus, le Canada possède un régime de type démocratie libérale, où il est facile pour la population de s’en prendre directement à la classe politique. Il s’agit ici des deux mécanismes qui rendent la menace de sanctions très efficace. Du point de vue économique, un pays à l’économie fortement intégrée au reste de la planète est très vulnérable à des sanctions. Et si l’impact économique n’est pas suffisant, il faut aussi regarder la capacité de la population à faire pression sur le gouvernement. Dans le cas des démocraties libérales, cette capacité est très forte.

Si les menaces sont si efficaces, cela signifie-t-il qu’il ne faut pas imposer de sanctions à un pays qui résistent à ces menaces? Après tout, si un pays est prêt à assumer des sanctions, cela signifie qu’il n’est peut-être pas si vulnérable. C’est vrai, mais si on ne devait plus jamais appliquer de sanctions, les menaces n’auraient plus aucune crédibilité. De plus, il ne faut pas oublier que certaines sanctions ont des effets positifs. Pour les échecs des sanctions contre la Corée du Nord ou encore la Russie (dans le cas de la crise ukrainienne), il ne faut pas oublier le succès des sanctions dans le cas du nucléaire iranien, ou même pour mettre fin au régime d’apartheid en Afrique du Sud.

Il faut aussi mentionner que les sanctions internationales demeurent l’outil diplomatique le plus puissant pour agir contre un pays en dehors des actions militaires. Les sanctions peuvent aussi, sans nécessairement permettre de changer le comportement d’un pays, l’empêcher de poursuivre des programmes jugés hostiles par la communauté internationale. Sans les sanctions, la Corée du Nord aurait probablement obtenu l’arme nucléaire dans les années 90. Finalement, les sanctions permettent aussi de passer un message clair pour préserver l’intégrité légale et morale de certains régimes internationaux (la non-prolifération nucléaire, le refus des politiques génocidaires, etc.).

Les sanctions internationales, un outil pas toujours efficace? Tout à fait. C’est un outil qui est très difficile à utiliser. Mais malgré cette imperfection, il s’agit d’un outil qui reste utile dans plusieurs cas. Il ne faut donc pas l’écarter, simplement savoir en reconnaître les limites lorsqu’elles surgissent.

Christian Picard détient une maîtrise en Science politique de l'Université Laval (Québec). Bilingue, il est un globe-trotter assumé, ayant été jusqu'en Corée du Nord! Ses intérêts incluent l'OTAN et l'actualité internationale.

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