Tir nord-coréen: réunion du Conseil de sécurité, le Japon furieux, les U.S.A. en appellent à Pékin et Moscou

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Des passants regardent la télévision à Tokyo diffusant une carte de la trajectoire du missile nord-coréen. (KAZUHIRO NOGI/AFP)

Le Conseil de sécurité de l’ONU va se réunir en urgence vendredi après un nouveau tir de missile par la Corée du Nord, a indiqué sa présidence jeudi.

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Mise à jour 15/09/2-17 à 17h43

Le Conseil de sécurité de l’ONU «a condamné fermement» vendredi le dernier tir de missile nord-coréen au-dessus du Japon jugé «hautement provocateur», Le Conseil de sécurité de l’ONU «a condamné fermement» vendredi le dernier tir de missile nord-coréen au-dessus du Japon jugé «hautement provocateur».Les présidents russe Vladimir Poutine et français Emmanuel Macron ont appelé à des «négociations directes» avec Pyongyang pour en finir avec les surenchères. Selon le Kremlin, les deux dirigeants se sont accordés lors d’un entretien téléphonique sur «la nécessité de résoudre cette situation extrêmement compliquée exclusivement par des moyens politiques et diplomatiques, par la reprise de négociations directes». Les discussions entre Pyongyang et cinq grandes puissances – États-Unis, Chine, Japon, Russie et Corée du Sud -, entamées en 2003, sont gelées depuis 2008.

Le président américain Donald Trump de son côté a une nouvelle fois mis en garde la Corée du Nord vendredi, assurant que les États-Unis disposaient de «puissantes» options militaires pour répondre à la poursuite de son programme nucléaire et balistique. «Après avoir vu nos capacités, je suis plus confiant que jamais dans le fait que nos différentes options sont non seulement efficaces, mais également puissantes», a-t-il déclaré dans un discours prononcé à la base militaire d’Andrews devant un bombardier furtif B-2.La Maison-Blanche, pour qui une «option militaire» n’est pas écartée, a souligné vendredi que «le temps était compté».

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La réunion se tiendra à 15H00 (19H00 GMT), a indiqué la présidence éthiopienne du Conseil de sécurité. Un diplomate a précisé qu’elle se tiendra à huis-clos.

Le Conseil de sécurité a voté à l’unanimité lundi un huitième train de sanctions pour pousser Pyongyang à renoncer à ses programmes balistique et nucléaire interdits.

Le texte prévoit notamment un embargo sur les exportations de gaz vers la Corée du Nord, une limitation des exportations de pétrole et de produits raffinés, ainsi que l’interdiction des exportations nord-coréennes de textile.

Mercredi la Corée du Nord avait promis d’accélérer ses programmes militaires interdits, en réponse aux sanctions « maléfiques » imposées par le Conseil de sécurité de l’ONU à la suite de son sixième essai nucléaire.

Après avoir tiré deux missiles intercontinentaux en juillet, la Corée du Nord a réalisé le 3 septembre son sixième essai nucléaire.

Selon le commandement des opérations militaires américaines dans le Pacifique (Pacom) le missile tiré vendredi (heure de Tokyo) est un missile balistique à portée intermédiaire, qui a été lancé au-dessus du nord du Japon avant de s’abîmer en mer à l’Est de l’archipel nippon. Selon la même source, il a été tiré près de Sunan en Corée du Nord et n’a présenté une menace ni pour les États-Unis continentaux ni pour l’île de Guam dans le Pacifique, une base stratégique pour les États-Unis dans la région.

« Lancement de missile! Lancement de missile! Un missile semble avoir été tiré depuis la Corée du Nord. Mettez-vous à l’abri dans un bâtiment ou un sous-sol »: le réveil a été brutal vendredi pour les habitants de la partie nord du Japon, encore une fois à cause de la Corée du Nord.

Sirènes et alertes téléphoniques d’urgence ont retenti peu après 07h00 locales (jeudi 22h00 GMT). Pour la deuxième fois en moins d’un mois, Pyongyang a effrayé le Japon avec un nouveau missile qui est passé au-dessus de l’île septentrionale de Hokkaido.

Les tirs ont beau se répéter, les habitants de cette vaste étendue verdoyante du nord du Japon ne s’y font pas, la crainte est la même.

« Je ne peux pas dire que nous sommes habitués. Pensez, le missile a volé juste au-dessus de notre ville. Ce n’est pas très rassurant », a témoigné pour l’AFP Yoshihiro Saito, qui travaille dans la petite ville de pêcheurs d’Erimo, sur Hokkaido.

« C’est assez effrayant. J’ai entendu dire que le missile était allé s’abîmer à 2.000 kilomètres des côtes, dans le Pacifique », a-t-il poursuivi, alors que 16 de ses collègues pêcheurs travaillaient sous la trajectoire de vol du missile.

Les citoyens du Japon sont certes rodés à devoir se ruer dans un refuge d’urgence, dans un pays à la merci des séismes et tsunamis, mais dans le cas d’un missile, beaucoup ne savent comment réagir. C’est que le temps est extrêmement compté et qu’ils ne savent guère comment se protéger.

« Cela fait vraiment peur. Le gouvernement nous dit de fuir vers des bâtiments stables, mais nous ne pouvons pas le faire rapidement. Nos collègues au large n’ont aucun moyen de se mettre à l’abri », a souligné Yoichi Takahashi, 57 ans, un responsable des pêches à Kushiro sur l’île de Hokkaido.

« Cela nous est arrivé deux fois ces derniers temps… Nous allons avoir des jours agités à partir de maintenant », a-t-il déploré auprès de l’AFP.

Isamu Oya, 67 ans, propriétaire d’un restaurant de sushi à Erimo, est dans la même situation de détresse: « Le gouvernement nous dit de nous abriter dans un bâtiment stable ou souterrain, mais il n’y en a pas un ici. Nous n’avons d’autre choix que de ne rien faire. Effrayant, oui, mais nous sommes démunis ».

Les émissions de télévision et programmes de radio du petit-déjeuner ont été pour le moins perturbés, eux qui diffusent habituellement des divertissements et informations distillées de façon moins terrifiante.

Tous les écrans ont affiché le message d’avertissement lorsque le missile balistique à portée intermédiaire a survolé une partie du territoire nippon.

« Fuyez dans un bâtiment ou un sous-sol ». Les opérateurs de télécommunications mobiles ont aussi relayé les alertes publiques par un système de messages d’urgence géolocalisés envoyés à leurs usagers des régions concernées, à l’instar du dispositif de sirènes J-Alert.

Les services de train entre Hokkaido et l’île principale du Japon, Honshu, ont été temporairement suspendus après le tir, et d’autres lignes momentanément arrêtées.

Le trafic aérien dans la région semblait en revanche ne pas être perturbé. Selon Shinya Matsuura, un responsable de l’aéroport d’Obihiro, situé sous la trajectoire de l’engin nord-coréen, les passagers étaient calmes. « Nous sommes simplement soulagés, cela ne nous a pas affectés », a-t-il dit à l’AFP.

Le gouvernement japonais a affirmé, comme à chaque fois, que sa priorité était d’assurer la sécurité de ses citoyens. Aucune chute d’objet suspect, aucun dégât ni dommage touchant des bateaux ou avions n’a été rapporté.

Le Japon condamne « dans les termes les plus forts » le nouveau tir de missile nord-coréen

Le Japon condamne « dans les termes les plus forts » le nouveau tir de missile effectué vendredi matin par la Corée du Nord, a déclaré le porte-parole du gouvernement lors d’un point de presse.

« Le Japon ne tolérera jamais ces provocations à répétition et nous avons protesté vigoureusement auprès de la Corée du Nord », a averti Yoshihide Suga, s’exprimant quelques minutes après que l’engin a survolé le nord de l’archipel nippon.

Il a réitéré ensuite la volonté du Japon d’agir « en lien avec les États-Unis, la Corée du Sud et les autres pays concernés pour répondre de façon appropriée et avec le sens de l’urgence » à ce nouvel acte de Pyongyang.

« Pour le moment, nous n’avons pas eu confirmation d’une quelconque chute d’objet sur le territoire japonais et n’avons pas reçu d’informations au sujets de dégâts causés à des avions ou bateaux », a précisé M. Suga.

Le ministère de la Défense a par ailleurs indiqué que le missile avait atteint une apogée de 750 km et était allé s’abimer dans le Pacifique à environ 2.000 kilomètres à l’est des côtes de l’île de Hokkaido.

Il a aussi calculé que la Corée du Nord avait cette fois choisi un angle de tir nominal, d’où un apogée moins élevé et une distance parcourue plus longue que lors de précédents tirs.

Les principaux ministres du gouvernement Abe se sont réunis vendredi matin durant quelques minutes lors d’un Conseil de sécurité nationale, selon la chaîne publique NHK.

Le Japon « ne tolérera jamais les dangereux actes provocateurs de la Corée du Nord qui menacent la paix dans le monde », a déclaré à son tour vendredi le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, qui revenait dans la matinée (heure de Tokyo) d’une visite en Inde.

« Nous n’admettrons jamais que la Corée du Nord piétine la volonté forte de la communauté internationale envers la paix, volonté que montrent les résolutions de l’ONU, et (que Pyongyang) continue avec des actions scandaleuses », a insisté devant des journalistes M. Abe, tout juste rentré d’une visite en Inde.

« Si la Corée du Nord poursuit dans cette voie, elle n’a pas d’avenir radieux. Nous devons faire en sorte que le régime nord-coréen comprenne cela », a-t-il ajouté.

Washington exige que Pékin et Moscou fassent pression sur Pyongyang après un nouveau tir

Les États-Unis ont enjoint jeudi la Chine et la Russie à faire directement pression « de leur propre chef » sur la Corée du Nord après un nouveau tir de missile balistique « provocateur » de Pyongyang au-dessus du Japon.

La Maison Blanche avait indiqué auparavant que le président Donald Trump avait été informé du tir par le secrétaire général de la Maison Blanche, le général des Marines à la retraite John Kelly.

« La Chine fournit la majeure partie du pétrole de la Corée du Nord. La Russie est le premier employeur de travailleurs forcés nord-coréens », a souligné le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson dans un communiqué.

« La Chine et la Russie doivent indiquer qu’elles ne tolèrent pas ces tirs de missiles inconscients en agissant directement de leur propre chef », a souligné le chef de la diplomatie américaine.

« Ces provocations incessantes ne font que creuser l’isolement économique et diplomatique de la Corée du Nord », a affirmé M. Tillerson, ajoutant que les sanctions prises dans le cadre de l’ONU, y compris une nouvelle série de mesures votées à l’unanimité lundi par le Conseil de sécurité, n’étaient que « le plancher, pas le plafond des actions que nous devrions mettre en oeuvre ».

Il a appelé « toutes les nations à prendre de nouvelles mesures contre le régime de Kim » Jong-Un, le dirigeant nord-coréen.

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