Le suspect de l’attentat d’Edmonton, Abdulahi Hasan Sharif: un «loup solitaire» connu de la police

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Cinq personnes, dont un policier, ont été blessées samedi soir 30 septembre lorsqu’un véhicule a foncé sur eux, à Edmonton, en Alberta, dans ce qui est considéré comme une «attaque terroriste». (Twitter)
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Cinq personnes, dont un policier, ont été blessées samedi soir 30 septembre lorsqu’un véhicule a foncé sur eux, à Edmonton, en Alberta, dans ce qui est considéré comme une «attaque terroriste». (Twitter)

Le suspect de l’attaque terroriste qui a fait cinq blessés, dont un policier, samedi soir lorsqu’un véhicule a foncé sur eux à Edmonton, en Alberta, est un loup solitaire connu de la police du nom Abdulahi Hasan Sharif.
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Mise à jour 04/10/2017

L’auteur de l’attaque au couteau et à la voiture-bélier à Edmonton (ouest), qui a fait cinq blessés ce week-end, devait être expulsé vers la Somalie par les Américains en 2011 juste avant de s’enfuir au Canada et d’y obtenir un statut de réfugié.

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Le chef de la police d’Edmonton, Rod Knecht, a déclaré que cinq accusations de tentative de meurtre, ainsi que des accusations de conduite dangereuse et de terrorisme seront déposées contre Sharif.

Demandeur d’asile d’origine Somalienne, le suspect, âgé de trente ans, avait fait l’objet d’une enquête de police en 2015 pour ses idées radicales, a indiqué pour sa part révélé Marlin Degrand, commissaire adjoint de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), indiquant qu’il avait été entendu par les services de renseignement dans le cadre d’une enquête sur des menaces d’attaques par des personnes radicalisées aux idées djihadistes.

Mais, après ces interrogatoires, « il n’y avait pas de preuve suffisante pour le poursuivre avec des accusations de terrorisme », et il a été relâché.

Par ailleurs, en 2014, les membres de la communauté somalienne d’Edmonton s’étaient inquiétés publiquement de la problématique des jeunes hommes somaliens radicalisés à Edmonton et, en février 2015, le West Edmonton Mall a été identifié comme une cible terroriste potentielle dans une vidéo du Mouvement Shebaab al-Mujahideen, la branche d’Al-Qaïda en Somalie, responsable de l’attaque en septembre 2013 du Westgate Mall à Nairobi qui avait fait plusieurs dizaines de morts.

Le mouvement appelait ses partisans à attaquer des centres commerciaux aux États-Unis, au Royaume-Uni, en France et au Canada et mentionnait notamment dans sa vidéo, le West Edmonton Mall dans la capitale albertaine comme cible possible.

Le drame de samedi s’est, lui, déroulé en deux temps. Une première attaque survenue près du Stade du Commonwealth où se déroulait un match de football des Eskimos d’Edmonton, dans le cadre d’une soirée d’appréciation envers les militaires et une deuxième quelques heures plus tard, lorsqu’intercepté, le suspect a de nouveau pris la fuite, percutant au passage quatre piétons.

Deux des cinq blessés sont toujours hospitalisés: le policier présente des entailles au visage mais est sorti de l’hôpital dimanche après-midi, a indiqué le chef de la police d’Edmonton.

Le ministre de la sécurité publique, Ralph Goodale, a quant à lui confirmé lors d’une conférence de presse dimanche à Regina que le suspect, qui était en garde à vue, était bel et bien sur une «liste de surveillance de la police».

Le ministre a indiqué que l’équipe intégrée de sécurité nationale de la GRC (EISN) travaillait en étroite collaboration avec la police d’Edmonton à l’enquête. « L’individu était apparemment une apparence sur une liste de surveillance de la police, mais c’est un détail de l’enquête que les autorités vont approfondir », a déclaré Goodale, ajoutant toutefois « Il n’y a pas de conclusions qui peuvent être tirées à l’heure actuelle ».

Le ministre a également déclaré que le niveau national de la menace terroriste pour le Canada était maintenu à «moyen» et que tout indique que la sécurité publique n’est pas menacée.

« Le Canada ne sera pas intimidé par la violence terroriste », a martelé le ministre Goodale. « Nous ne serons pas intimidés par un acte brutal de haine. Ensemble, nous condamnons la violence terroriste, aujourd’hui et tous les jours, et nous ne lui permettrons jamais de nous e,pêcher de vivre notre vie comme nous voulons la vivre « .

L’attentat est le travail d’un « loup solitaire », dont les actes sont difficiles, voire même impossibles à prévoir, avait pour sa part déclaré plus tôt le maire de la ville d’Edmonton, Don Iveson, qui a appelé ses concitoyens à la vigilance et à la solidarité après une nuit éprouvante.

« Le terrorisme consiste à créer une panique, à diviser et à perturber la vie des gens », a dit le maire Iveson. »Il est vital maintenant que nous ne succombions pas à la haine, que nous ne soyons pas intimidés par la violence, et que nous répondions avec amour et force. » « Nous ne serons pas divisés », a déclaré le maire.

Selon l’expert en sécurité nationale Michel Juneau-Katsuya, cité par la télévision publique canadienne, même s’il est probable que l’attaquant était inspiré par l’idéologie terroriste d’un groupe comme le groupe armé État islamique, dont on a retrouvé le drapeau dans la Chevrolet Malibu blanche avec laquelle il a renversé les barrières et frappé le policier qui réglait la circulation près du stade de football, il est «très peu probable», qu’il ait été dirigé par l’organisation djihadiste elle-même.

« C’est le genre d’incident où les individus peuvent agir de leur propre initiative, et c’est ce qui est si terrible et si difficile à enquêter pour les policiers parce que, fondamentalement, vous n’avez pas besoin de formation [pour perpétrer ce genre d’attentat, NDLR]

« Vous avez juste besoin de convictions et d’être prêt à commettre n’importe quelle attaque horrible. Vous trouvez alors un véhicule. Vous trouvez un couteau. Vous trouvez vos victimes ». Rien de plus simple et…de plus imprévisible. Et rien de moins rassurant, pourrait-on ajouter.